RAZZIAS D'ESCLAVES
« Elles arrachent lentement à leur victime épuisée par ses » blessures ou paralysée de terreur, les antennes, puis l«s » jambes, et si elle ne meurt pas sous ces tortures, elles » remportent toute mutilée vers quelque point isolé où elle » périt sans secours. 11 se rencontre parfois parmi les vain- » queurs des cœurs cléments, qui se contentent d'emporter » les vaincus à quelque distance pour s'en débarrasser, sans » leur faire le moindre mal. »
Dans V Intelligence des Animaux de Biichner, page 87, se trouvent les détails suivants :
« Les portes d'un nid sont souvent gardées par des senti- » nelles qui en défendent l'entrée de diverses façons. Forel » a vu un nid de Colobopsis trimcaia dont les deux ou trois » petites ouvertures étaient gardées par des soldats disposés » de façon que les ouvertures fussent fermées par leur tête qui » en raison de sa grosseur et de sa forme cylindrique res- » semble assez à un bouchon. Le même observateur a vu les » Myrmecina Latreillei se défendre par un artifice semblable » contre les invasions des Strongylognaihus esclavagistes; » seulement dans ce cas ce sont les ouvrières qui bouchent » les trous avec leur tête ou avec leur abdomen. Les Campo- » notus passent la tête par l'ouverture en renversant leurs » antennes, et portent de tout le poids de leur corps un coup » à l'ennemi qui approche. Les fourmis à tertres de Pensyl- » vanie, observées par Mac Cook, postent des sentinelles » dans les ouvertures ; à la première alarme, elles se jettent » sur l'ennemi tandis que la garnison s'organise avec une » rapidité extraordinaire pour faire une sortie en masse.
» Certaines espèces d'un tempérament timide offrent peu » de résistance et prennent vite la fuite avec leurs larves, w leurs chrysalides et leurs reines fécondes. Les Lashis, au » contraire, dont les nids sont très vastes et solidement » établis, les défendent avec courage et habileté. Elles livrent, » dit Forel, de véritables combats de barricades, comblant et » défendant les différents passages Tun après l'autre, si bien » que l'ennemi n'avance que pas à pas, et en a pour long- » temps à moins d'une grande supériorité numérique. Pen- » dant la lutte, une partie des ouvrières prépare des souter- » rains par derrière pour permettre à la garnison de fuir en » cas de nécessité. D'habitude cependant, ces souterrains ont
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» été construits d*avance et Ton voit s'élever au loin pendant » an combat, un nouveau dôme auquel les ouvrières peuvent » travailler assez facilement, grâce à ces voies de communi- » cation.
» Les F, exsecia et pressilàbris dont le corps faible et » tendre a besoin d'être protégé adoptent une tactique par- » ticulière. Évitant les combats singuliers, elles s'avancent » serrées les unes contre les autres et ne se jettent au dos de » Tennemi qu'une fois la victoire assurée. Mais ce qui leur » réussit le mieux, c'est leur manière de se battre plusieurs » contre une. Elles saisissent les pattes de leur adversaire et » les clouent pour ainsi dire à terre, tandis qu'une des leurs a se jette sur son dos et cherche à lui mordre le cou ; mais si » quelque danger vient à les menacer, elles lâchent souvent » prise, de sorte que dans les batailles entre les F. eœsecta » et les F. pratensis, on peut voir un certain nombre de ces » dernières qui sont plus fortes courir çà et là avec une de » leurs petites ennemies accrochée à l'épaule et s*efforçant de » leur lacérer le cou. Si la fourmi qui la porte est prise de » crampes, c'est que la chaîne nerveuse a été atteinte. Par » contre, si une F. exsecia est saisie par derrière par une » F. praiensiSy elle est perdue.
» Les fourmis de gazon suivent à peu près la môme tac- » tique que les F. exsecta. Du reste les Lasius attaquent » aussi leurs ennemies par les jambes et s'y prennent trois, » quatre et môme cinq à la fois. Elles s'entendent très bien à » la guerre de barricades dans leurs nids, et se réservent des » issues souterraines en cas de défaite. Leur supériorité » numérique les fait craindre de la plupart des autres es- » pèces. Forel s'avisa un jour de vider le contenu de dix nids » ûe F. pratensis SiU pied d'un tronc d'arbre qu'habitaient des » Lasius fidiginosus. Ces derniers furent aussitôt assiégés, » mais pas poiir longtemps ; car ayant envoyé des émissaires » à tous les nids amis du voisinage, ils reçurent bientôt de » tels renforts que force fut aux F. pratetisis de prendre la » fuite, laissant derrière elles nombre de morts et leurs » chrysalides que les vainqueurs emportèrent dans leurs nids » pour s'en repaître. »
Mais il n'y a pas que les espèces guerrières ou esclavagistes qui se livrent bataille. Les fourmis agricoles se font aussi la
GUEMfCS CIVILES Tti
?uetfe sf^*c'bi(*aticotfp de férocité. L^-^gfi^lD^s étant pour elles 3e première nécessité, ettes eto font naturellenient le plus grand cas, et quand les protlsimis Tleftneïit à manquer, elles shefchent à s'en procurer aux dépens les unes des autres.
« De tontes les inttes que j*di observées, dit Moggridge, » les plus acharnées se sont toujours produites entre coionies de la même espèce... les plus intéressaïites à étâdter, » sont celles qui ont lîeu lorsqu'une bande de A. Ifœrfmna » en quête de grains, pille un nid voisin et de même race : il » y a toujours résistance prolongée de la part du plus faible, » qui ne réussit que rarement à recouvrer son bien.
» Les autres espèces de fourmis que j'ai observées cessent » bien vite les hostilités; c'est à peine si elles durent quelques » h'eures ou tout au plus une journée ; mais les A, bayfmra » continuent à se battre plusieurs jours, voire même pki- » sieurs semaines de "suite. Je- pus consacrer pas mal de temps » à l'étude d'un de ces conflits qui ne dura pas moins de ifua- » rante-six jours, à savoir du IS janvier au 4 mars.
» Je ne voudrais pas affirmer qu'il n'y eut aucune suspen- »"sion d'armes dans cet intervalle de temps, mais ce que je » sais, c'est qu'à chaque visite que je fis au théâtre de la » guerre, — et j'en fis douze, soit deux par semaine, — j-^asj> sistai à une scène de tiolence et de rapine, ainsi que je vais » le raconter.
» Entre deux nids situés Tun au-dessus de l'autre à en-viren » quinze pieds de distance sur le même talus, circulait une » armée de fourmis. On aurait dit qu'elles étaient en train de » rentrer leur moisson, mais en y regardant bien je m'aper- » çus que tandis que' la masse montait vers le nid d'en haut, V certaines fourmis descendaient vers celui d'en bas. En outre » il se produisait des rixes de temps en temps ; telle fourmi, » en voyant une autre chargée d'une graine, s'emparait de » l'extrémité libre du fardeau et s'efforçait de l'arracher à > son adversaire; et comme ni l'une ni l'autre ne voulait » céder, le groupe se trouvait à la fin entraîné du côté du » plus fort. Parfois d'autres s'en mêlaient et prenant fait et » cause pour l'un des combattants se mettaient à tirer sur » l'autre, qui se laissait arracher l'abdomen plutôt que de » lâcher prise, et n'ayant plus que la tête et les jambes, » entraînée par son ennemie, offrait encore une résistance
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j» désespérée. Dans ces combats les fourmis cherchaient sou- » vent à se prendre par les antennes, sans doute parce que » ces organes sont particulièrement sensibles à la douleur ; » car je remarquai qu'une fois atteintes en ce point elles 9 lâchaient prise à l'instant et semblaient complètement » déroutées.
» Ce ne fut qu'après quelques jours d'observation que j'ar- » rivai à comprendre ce qui se passait. La colonie d'en haut » était en train de piller celle d'en bas, et cette dernière » cherchait à reprendre sou bien de force et à dérober des » graines au nid de l'ennemi. Mais les agresseurs étaient évi- » demment les plus forts et leurs convois se succédaient » d'une manière continue, ramenant à bon port leur part de » butin^ sans représailles appréciables de la part de leurs » victimes.
» Du reste ils semblaient avoir paré à toute éventualité, » car si par hasard une fourmi d'en bas réussissait à sortir » du nid ennemi avec une graine, et à regagner le sien, après » un trajet périlleux de six minutes, ce n'était que pour être » assaillie par une troupe d'adversaires postés évidemment à » dessein et dont l'une se chargeait de rapporter la graine à » domicile.
» Après le 4 mars, je ne vis plus trace d'hostilités entre les » deux nids et celui d'en bas co'ntinua à être habité. Mais je » me rappelle une autre guerre de ce genre, qui après avoir » duré trente et un jours eut pour résultat l'abandon complet » de l'un des nids. Curieux d'en examiner l'intérieur, je le » mis à jour, et m'aperçus alors que tous les greniers en » étaient vides à l'exception d'un seul que les fourmis avaient » dû négliger depuis longtemps, car les racines d'herbes » l'avaient envahi. Chose remarquable, aucune des graines » qui s'y trouvaient n'avait germé.
» Sans doute quelque besoin urgent pousse les fourmis à ces » actes de rapine, et il est certain que les différents nids d'une » même espèce ne se trouvent pas toujours dans les mêmes » conditions à un moment donné. Par exemple, les colonies » dont j'ai parlé plus haut se faisaient la guerre, alors que la » plupart des autres nids étaient clos, et je voyais les bri- » gands braver le vent la pluie et le froid, tandis que le » reste de leurs congénères prenait ses aises sous terre. »