SOMMEIL — PROPRETÉ
» tempérament plus lourd que les ouvrières de môme race, » dorment plus longtemps comme il est facile de le vérifier » par l'observation. Leur sommeil est aussi plus profond, car » il s'interrompt plus difficilement. Pendant qu'un groupe de » fourmis se repose, d'autres vaquent à leurs affaires, et » circulent au milieu des dormeuses en les coudoyant par- » fois avec rudesse. De temps en temps, surviennent de nou- » veaux candidats au sommeil, qui, ne songeant qu'à s'as- » surer une bonne part de lumière et de chaleur, encombrent » les bonnes places et en repoussent leurs camarades assou- » pies J'ai vu des fourmis qui travaillaient dans les galeries, » lâcher soudain la boulette qu'elles tenaient, se mêler au » groupe des reposantes et s'endormir profondément. Du reste, >> assoupies ou non, les fourmis ont bon caractère et se laissent » coudoyer sans colère, alors que les hommes seraient prompts » à se fâcher. Celles dont le sommeil est interrompu, chan- » gent de position, ou bien se peignent un peu; après quoi » elles se rendorment, à moins qu'elles ne soient suffisamment » reposées. Tout en faisant ces observations, je remarquai que » les a soldats » ne se dérangeaient pas aussi facilement que » les autres; leur sommeil persistait en dépit de l'agitation » générale. Du rette, rien que leur manière de s'éveiller » indiquait un tempérament plus lourd et plus indolent. »
Selon Mac Cook, la durée habituelle du sommeil chez les fourmis est d'environ trois heures.
Comme plusieurs autres insectes, les fourmis se livrent à des soins de propreté en vue desquels la nature leur a fourni des appareils pour se peigner, se brosser, etc , etc. Mais il est un trait qui distingue certaines espèces ; c'est qu'elles s'entr'aident dans leur toilette. Citons à ce propos les fourmis du genre Atta, au sujet desquelles Mac Cook nous donne les détails suivants :
« Voyez ce couple ; l'une est en train de « décrasser » l'autre. » Elle a commencé par lécher soigneusement la figure, y » compris les mâchoires qui restent ouvertes durant l'o- » pération ; puis un côté du thorax et des hanches, les » jambes l'une après l'autre, l'abdomen ensuite, l'autre côté » du corps en remontant vers la tête. Survient une troisième » fourmi, elle prête main forte pendant quelque temps, puis » se retire laissant la première à sa besogne. Quant à l'insecte
» que Ton manipule, son attitude exprime une profonde w satisfaction, comme celle d*un chien dont on chatouille le » dos. Elle étend ses membres et les livre souples et relâchés » aux mains de son amie, puis, roulant doucement sur le côté, » voire même sur le dos, semble personnifier la mollesse et » l'abandon. C'est vraiment un plaisir de voir des créatures » jouir ainsi des soins qu'on leur donne.
') J'ai vu une fourmi s'agenouiller devant une autre, » allonger le cou tout en baissant la tête et par son attitude et » son immobilité exprimer nettement ie désir qu'on lui fît sa » toilette. Il n'y avait pas à s'y mépi-endre et l'autre fourmi » se mit aussitôt à l'œuvre. S'il n'était pas dangereux de se » fier aux analogies que l'on rencontre en étudiant la nature, » on ne serait pas loin d'admettre l'existetice d'un système » modifié de bains turcs à l'usage de ces petits êtres.
» En fait de gymnastique, les fourmis sont de véritables » acrobates. Leurs tours m'ont souvent amusé, et j'y revien- ^) drai. Pour le moment je n'en citerai qu'un exemple que V j*eus 1 occasion d'observer un matin au cours des ablutions. » L'atmosphère de mon cabinet de travail s'étant refroidie, » j'avais transporté la fourmilière dans une autre salle qui » était chauffée et l'avais mise devant le feu. Ranimées par » l'influence bienfaisante de la chaleur, les fourmis se mirent » à déployer une activité extraordinaire. Une touffe d'herbes » au centre du casier en fut bientôt couverte. Montant jus- » qu'aux pointes les plus élevées, tantôt elles tournaient en » s'accrochant comme des gymnastes sur un trapèze, tantôt » elles se laissaient pendre par les jambes de derrière tout en » se nettoyant la tête de leurs pattes de devant ou en se » pliant en deux, de manière à se lécher l'abdomen. Il y en » avait qui faisaient leur toilette à deux; j'en vis même trois » qui s'entr*aidaient. En pareil cas, « l'opératrice » séta- » blissait au-dessus de « l'opérée »; toutes deux étendues de » toute leur longueur, se maintenaient dans leur position en » passant autour du brin d'herbe d'un côté une jambe de » devant, de l'autre une jambe de derrière. Celle d'en bas » s'élevait ou s'abaissait suivant les besoins de l'opération à » laquelle elle se livrait avec délices. Quand un changement » de position devenait nécessaire, il s'effectuait avec une » grande agilité. »
JEUX ET aËCRtATIONS 83
Une autre e^^èee de fourmi du ^nre Eciton observée par Bâtes, s'y prend d^ine manière analogue pour faire sa toi* lette : « Çà et là, dit il, j'en voyais qui se faisaient laver et » essuyer les jambes l'une après Tautre par des camarades ; » opération qui consiste à passer la langue et les mâchoires » le long du membre et qui se terminait par un coup de brosse » aux antennes. »
Jeux et récréation, — La vie des fourmis n'est pas entièrement consacrée au travail ; du moins est-il reconnu que certaines espèces ont leurs intervalles de loisir.
Bùobner {Oeistesleben der Thiere, page 163) cite, à ce sujet, les observations célèbres d'Huber :
« Des FornUca pratensis s'étaient rassemblées à la sur- » face de leur nid et se comportaient de manière à faire » croire qu'elles célébraient des jeux à Toccasion de quelque » fête. Se iressant sur leurs pattes de derrière, elles se pas- » saient les pattes de devant autour du corps, s'empoignaient » par les antennes, par les pieds, par les mâchoires, et 1» luttaient amicalement. Puis se lâchant, elles couraient Tune » après l'autre comme si elles jouaient aux cachettes. Celle » qui l'emportait faisait le tour du cercle renversant les » autres comme autant de quilles.
» Ce récit d'Huber a été reproduit dans plusieurs ouvrages » populaires, mais, malgré sa précision, il a rencontré beau- » coup de sceptiques parmi la masse des lecteurs. Forel » dit n'y avoir cru réellement qu'après l'avoir vérifié de » ses propres yeux, et à plusieurs reprises en observant » une colonie de F. pratensis. En ayant soin de s'appro- » cher bien doucement, il put chaque fois les voir se saisir > par les pieds ou par les mâchoires, se rouler par terre, » s'entraîner jusque dans le nid, puis ressortir et ainsi » de suite. Le tout en bonne part, comme il convient entre » concurrents amis. Au moindre souffle de l'observateur les » jeux cessaient. Je comprends, du reste, ajoute Forel, que le » fait passe pour tenir du merveilleux auprès de ceux qui ne î> Vont pas observé, surtout lorsque l'on songe qu'il est » étranger à toute attraction sexuelle. »
Pour les fourmis de l'autre hémisphère, nous avons le témoignage de Mac Cook, qui décrit ainsi une récréation à laquelle il assista :
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« Une douzaine de jeunes reines, sorties ensemble de leur » fourmilière, s'amusaient à monter plusieurs à la fois, sur » un gros caillou, à l'entrée du nid, puis, s'accroupissant » la face au vent, elles se bousculaient et se pinçaient pour » rire ; c'était à qui aurait la meilleure place. Les fourmis » ouvrières ne prenaient aucune part à ces ébats qu'elles » semblaient surveiller ; de temps en temps elles saluaient » les princesses de leurs antennes ou bien leur louchaient Tab- » domen, mais pour le reste elles leur laissaient pleine et » entière liberté. »
Voyons maintenant comment les fourmis se délassent selon Bâtes :
« Les Ecitons ne vivent pas exclusivement pour travailler ; » je les ai vues interrompre leur tache et se livrer, selon toutes » les apparences, à une véritable récréation, mais toujours » dans quelque coin ensoleillé de la. forêt. En pareil cas, le » gros de l'armée et les différentes colonnes se trouvaient dis- » posées comme d'habitude, mais au lieu de se porter en avant, » en pillant de droite et de gauche, elles semblaient tout » d'un coup prises de paresse. Les unes se promenaient sévè- » rement de long en large ; les autres se frottaient les antennes » avec leurs pattes de devant, d'autres enfin se faisaient » réciproquement leur toilette de la manière la plus amu- » santé du monde, »
Suit le passage qui a déjà été cité. « Enfin tout indiquait » qu'en faisant halte les fourrais n'avaient d'autre but que de » se délasser. Ces intervalles de repos et de récréation leur » sont probablement nécessaires pour se préparer à leur be- » sogne; mais rien qu'à les voir, on en venait forcément » à conclure qu'elles étaient tout bonnement en train de » s'amuser *. »
Mœurs funéraires. — Nous avons déjà dit ailleurs que sir John Lubbock avait remarqué le soin avec lequel ses fourmis disposaient de leurs morts. Cette habitude paraît être générale chez beaucoup d'espèces de fourmis ; el e est due sans doute à des nécessités sanitaires ayant provoqué des actes d abord réfléchis qui par sélection naturelle ont donné naissance à un instinct avantageux. Selon Ma: Couk rien chez les
1* Loe, cit.
MOEURS FUNI^RAIRKS 65
foui mis ne présente plus d'intérêt pour Tobseivateur, que leurs mœurs funéraires * :
« Toutes les espèces que j'ai étudiées se comportent de la » môme manière envers les morts. S'ils appartiennent à leur. » colonie, on leur témoigne quelque respect en leur don-/ » nant la sépulture ; s'ils appartiennent à une communauté » étrangère, on en extrait d'abord tous les sucs, puis on » les dépose dans une sorte de fosse commune à l'écart . Je » n'ai pas été à môme de voir de cimetières de fourmis agri- » coles en plein champ, ou d'observer leurs mœurs en ma- » tière de funérailles, mais mes nids artificiels m'ont fourni » quelques données à ce sujet. Voici, par exemple, ce que je » remarquai dans la première colonie. Huit fourmis étran- » gères, que j'y avais introduites, avaient été mises en » pièces. Tout d'abord les colons ne s'occupèrent pas des » restes ; mais une fois habitués à leur nouvelle demeure, ils » recueillirent les membres épars et se mirent à les promener » tout autour de la fourmilière. Le lendemain, môme manège » avec quelques cadavres en plus résultant de décès dans la » colonie. Ce n'était qu'allées et venues de long en large, de » haut en bas, dans tous les coins du casier. Cela dura ainsi » pendant quatre jours. Si, par hasard, une des fourmis » venait à lâcher son fardeau, aussitôt une autre s'en chargeait » et se joignait au cortège. L'embarras, je le comprenais » bien, c'étaient qu'elles ne pouvaient trouver de point suffi- » samment éloigné du nid pour y ensevelir les restes. Mais » elles tenaient tellement à réussir, que rien ne les rebutait » dans leurs recherches. Il semble qu'avec un peu d'intelli- » gence, elles auraient dû reconnaître plus tôt qu'elles se » trouvaient enfermées dans un espace limité. S'en étant enfin » aperçues, elles s'arrangèrent du mieux qu'elles purent ; le » coin le plus éloigné de la surface inférieure fut choisi comme » lieu de sépulture comme étant le plus éloigné des galeries de » la terrasse du haut. Une petite fosse pratiquée contre » la paroi de verre, reçut une partie des cadavres ; le reste » fut disposé dans les fentes. Dès lors cette plateforme devint » le cimetière de la colonie ; les trous, fentes ou coins ser- » valent de tombes, sans pourtant toujours dissimuler les