‹ L'intelligence des animauxChapitre 59 sur 122 · Loc, cit., p · texte numérisé non relu

Loc, cit., p

» restes. D*aHîeurs, les vivants ne Fadoptèpent jamais qu'à » contre-cœur, et souvent, pris de quelque scrupule, ils dé- » terraient les cadavres, les changeaient de place ou les » emportaient au loin à la recherche d'un endroit plus conve- » nable. Dans tous les cas, chaque fois qu'il se produisait un » décès dans la colonie, le mort n'était porté au cimetière » qu'après avoir été promené de tous côtés.

» Je remarquai la même conduite dans des fourmilières de » harbattis et de crudeHs que j'avais établies dans des bocaux » en verre. Tel était leur désir de disposer de leurs morts » en dehors du nid, qu'elles grimpaient avec leur fardeau » le long de la paroi glissante du bocal jusqu'au bord ; corvée » qu'elles ne semblaient {ïuère entreprendre que dans ces fu- » nèbres circonstances. Les chutes n'étaient pas pour les dé- » courager; elles auraient persisté quand môme dans leurs » efforts. Mais, comme les fourmis du casier, elles finirent » par se rendre compte de leur position et adoptèrent comme » cimetière et comme coin aux rebuts la partie de la surface y> la plus éloignée de l'entrée des galeries, c'est à-dire l'autre » extrémité du diamètre tout contre la paroi. Mm« Treat m'af- » firme avoir observé le même manège dans ses nids artificiels » de Formica crudelis. »

» Je lui dois également un renseignement curieux sur » le cérémonial funèbre des fourmis sanguines. Un jour » qu'elle était allée examiner un nid qui se trouvait dans sa » propriété de Vineland, New-Jersey, elle aperçut, près de » l'entrée, un monceau de cadavres d'esclaves (fourmis noires). » C'étaient probablement des carcasses rapportées d'une ex- » pédition récente ; en tous cas, elles appartenaient toutes à » la même espèce. M"^« Treat m'apprit, à ce propos, que les y> fourmis sanguines ne mêlent jamais leurs morts avec ceux » de leurs esclaves ; il parait qu'elles les mettent à part, et » les portent au loin en suivant un système d'isolement. Quelle » analogie avec les coutumes des hommes ! Combien d'entre » eux ne portent-ils pas leurs préjujzés de race, de classe ou » de religion jusqu'aux portes du cimetière où le corps ren) tourne à la terre d'où il est sorti. »

Il est à remarquer que dans tout ce qui précède il n'est pas question d'enterrement proprement dit, tels que le pratiquaient Ihs fourmis de l'Europe méridionale suivant Pline.

CERËAIOiNIflS fiES JTUNËRAILLES S7

Mais le compte rendu de la Société Linnéenne de Tannée ISQI contient un rapport très précis d*après lequel il paraîtrait ^ue les fourmis, à Sydney, ont Thabitude d'cmterrer leurs morts. M""' Hutton, l'auteur du mémoire, n'a pas Tautorité d'un observateur connu ; mais les circonstances ne paraissent pas avoir été de nature à l'induire en erreur. Elle avait tué plusieurs « soldats » d'une tribu de fourmis. Revenant une demi-heure après au lieu du massacre, elle vit qu'une ibule de fourmis entouraient les cadavres et résolut d'observer la manière dont elles se comporteraient.

a En apercevant quatre ou cinq qui s'étaient détachées du » groupe et se dirigeaient vers un petit tertre où se trouvait » un nid, je me mis à les suivre. Elles pénétrèrent à Tin- » térieur et reparurent bientôt avec une nombreuse suite, » marchant en procession, deux à deux. Arrivées à l'endroit » où se trouvaient les cadavres, elles y firent une pause de D quelques minutes, puis, enlevant les corps de leurs cama<y> rades, elles se remirent en marche toujours deux à deux, » une paire portant un mort, la paire suivante faisant cor- » tège et ainsi de suite. Du moins, je pus en compter qua- » rante dans cet ordre, après quoi venait pAle mêle une foule » d'environ deux cents fourmis. De temps à autre les por- » teurs s'arrêtaient et confiaient leur fardeau au couple sui- » vaiit qu'ils relevaient à leur tour. On arriva ainsi à un » endroit sablonneux près de la mer, où une tombe fut » creu-ée pour chaque cadavre et recouverte avec soin après » la mise en terre. Un incident curieux vint accroître l'intérêt » de cette scène déjà si remarquable. Une demi-douzaine de » fourmis au moment où l'on creusait les tombes avaienft » essayé de se dérober à la besogne ; elles furent ramenées de » force, mises à mort sur le champ et jetées dans une fosse » commune. »

Le Révérend W. Farren White, dans un artiele publié par le a Leisure Ilour » (1880), cite le témoignage de M"» Hutton', . et le confirme par ses propres observations :

« J'ai vu, dit-il, ces petits fossoyeurs porter des mort» » avec leurs mâchoires; il y en avait un qui s'oocupait à >j enterrer un cadavre .... A vrai dire un enterrement était i> une opération assez difficile ; en effet, les fourmis avaient 9 adopté comme cimetières de petits piateaux^ que j'av^ai»

» disposés à la surface de leur nid, et dont le rebord est ï> presque vertical. Néanmoins elles ne pouvaient se lé- > soudre à laisser leurs morts à la surface du nid, et ne man- » quaient jamais de les enfouir dans ces cimetières exté- » rieurs. — A quelque temps de là j'enlevai les plateaux et » mis la fourmilière sens dessus dessous ; après quoi je dis- » posai, à la surface, six autres plateaux dont deux étaient » remplis de sucre. Tous les six furent adoptés comme » cimetières, et reçurent nombre de cadavres parmi lesquels » ceux des larves qui avaient péri dans le bouleversement de » la fourmilière.

» Je remarquai un jour, dans une colonie, un cimetière » souterrain, où des fourmis étaient en train d'enterrer leurs » morts en les recouvrant de poussière L'une d'elles, évi- » demment sous le coup d'une profonde émotion, voulait » exhumer les corps mais en était empêchée par les fos- » soyeurs. Le cimetière s'était ici transformé en un vaste » caveau, complètement recouvert ainsi que le passage qui y » conduisait. »

Habitudes particulières a certaines espèces.

Fourmis « coupe feuilles » de la région des Amazones (Œcodoma cephalotes). — M. Bâtes décrit, ainsi qu'il suit, la manière de procéder de ces fourmis :

« Ayant choisi un arbre, elles s'y portent en masse

» Chacune s'établit à la surface d'une feuille, et, se servant » de ses mâchoires comme de ciseaux, y pratique une incision » en forme de demi-cercle; les mâchoires deviennent alors » des tenailles avec lesquelles l'insecte saisit brusquement le » morceau découpé et l'arrache. Quelquefois les feuilles » tombent à terre et s'y accumulent jusqu'à ce qu'une autre * bande de travailleurs les emporte; mais d'habitude chaque » «fourmi se charge de son morceau et le rapporte à domicile. » Comme elles suivent toutes le môme chemin, il se forme » bientôt un sentier dont la surface nette et unie ressemble à » la trace d'une roue de charrette dans l'herbe. »

Le morceau de feuille se porte tout droit au dessus de la tête, de sorte que l'on reconnaît facilement les fourrais qui

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