‹ L'intelligence des animauxChapitre 60 sur 122 · AGRICULTURE DE$ FOURMIS · texte numérisé non relu

AGRICULTURE DE$ FOURMIS

reviennent au nid. Du reste, Tobservation a démontré qu'elles cheminent d'un côté ou de l'autre de la route, suivant qu'elles s'en vont aux provisions ou qu elles en reviennent, et qu'ainsi il existe toujours deux courants de sens contraire. Arrivées au nid, les fourmis remettent leurs feuilhs à des ouvrières d'une sorte plus petite, dont la tâche consiste à les hacher; nous verrons plus loin dans quel but. Ces ouvrières ne prennent jamais part aux travaux du dehors; si elles sortent, ce n'est que pour prendre l'air ou s'exercer, car elles ne font que courir çà et là sans raison. Quelquefois elles s'amusent à grimper sur les morceaux de feuille dont les autres fourmis sont chargées, et se font ainsi porter au logis.

A force d'observations. Bâtes finit par découvrir le but que poursuivent ces fourmis; et, à en croire son témoignage ainsi que celui de Belt et de Millier, il y a de quoi exciter notre curiosité. Il parait que les feuilles ne servent pas directement à l'alimentation des insectes, mais que hachées elles forment des couches sur lesquelles poussent de petits champignons dont se nourrissent les fourmis. On peut donc appeler ces dernières « fourmis maraîchères » puisqu'elles travaillent à préparer un terrain favorable à la culture de certains légumes. En fait de matériaux, elles ne sont pas difficiles ; tout ce qu'elles demandent, c'est que les champignons puissent y pousser. Sous ce rapport, elles font grand cas du blanc de l'écorce d'orange. Il existe cependant certains arbustes dont elles n'estiment que les fleurs. Mais revenons-en à Bâtes :

« Elles tiennent beaucoup à l'aération de leurs demeures » souterraines et pratiquent, à cet eflet, de nombreux trous » qui communiquent avec l'atmosphère et dont elles règlent » l'ouverture de manière à maintenir une température cons- » tante à Tintérieur. Et, d'ailleurs, le soin qu'elles prennent » de n'apporter au nid que des feuilles ni trop sèches, ni trop » humides, s'accorde bien avec le sentiment des besoins d'un » végétal dont la culture réclame des conditions spéciales de » température et d'humidité. Vienne une averse, les fourmis » jettent les morceaux de feuilles mouillées à l'entrée du nid » et ne les rentrent que quand ils sont à peu près secs ; mais » si la pluie persiste, elles les laissent s'empâter dans le sol dé- » trempé et ne s'en occupent plus. Au contraire, par un temps

9« FUURHiS

» 8ec et chaud, elles ne sortent qu'au â*ai8 ou pendant la nuit» » surtout SI elles habitent un endroit exposé a«x ardeurs du » soleil, de manière à ne pas exposer leur récolte à ses rayons » desséchants. Aussitôt rentrées, les feuilles passent aux » mains des petites oavrières qui les hachent. Il arrive parfoi* » aux foïirrais, surtout aux jeunes, de se trom^^r et d'appor- » ter des brins dlierbe, quokfue l'herbe soit prohibée par » la communauté ; mais Terreur est vite reconnue, et jlma- » gine que ta jeum- coupable reçoit une belle réprimande ée^ » la part d'un des régisseui*s.

» Quand un nid a été bouleversé, les fourmis prennent » toutes les peines du monde pour ramasser les provisions » répandues de tous côtés ; quelquefois môme, après avoir » donné un coup de bôche dans un nid. j'ai constaté le lende- » main que la motte de terre que j'avais rejetée ('tait perforée » en tous sens, les fourmis s'étaient frayé un chemin pour ar- » river à leurs provisions enfouies. De même quand elles » émigrent, elles emportent toujours leurs munitions avec. 1» e41ês. »

Le docteur Fr. EUendorf de Wiedenbruck, qui a habité l'Amérique centrale pendant plusieurs années, s'est aussi appliqué à étudier les mœurs de ces fourmis ; la description qu il en fait se trouve dans la Oeisteslehcn dter Thlere de Biichner. Le docteur fait observer qu'il leur serait impossible de se glisser pendant des milles à travers l'herbe la plus courte avec leur fardeau sur la tète :

« C'est pourquoi, dit-il, elles commencent par se frayer un y> chemin d'environ cinq pouces de large en coupant l'herbe y> au ras du sol; les millions d'insectes qui y circulent conti- » nuellement, jour et nuit, ne tardent pas à l'aplanir .... » Vue d'un point élevé, cette mass^ compacte avec ses ban- » nières vertes qui s'agitent au dessus des têtes, fait l'effet » d'un serpent vert de taille gigantesque glissant sur le » sol*. »

Il raconte aussi comment il imagina d^entraver la marche d'une colonne, et ce qui en advint :

€t Une herbe haute et épaisse que les fourmis ne pouvaient 1^ franchir avec leurs fardeaux sur la tête, bordait le chemin

Page 1