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CONSERVATION DES GRAINS

» avaient commencé à pousser, malgré qu'elles fussent com- » plètement enfouies dans la terre. Je savais que dans le cas » de Tun de ces nids, TefTondrement du mur ne datait que de » dix jours, de sorte que les graines avaient dû germer de- » puis lors.

» Du reste les expériences que j'ai faites me portent égale - » ment à attribuer leur conservation à une influence directe » et voulue de la part des fourmis, ou aux vapeurs acides >f qu'elles émettent en certains cas et non aux conditions. » dans lesquelles ces insectes établissent leurs greniers. »

Les expériences auxquelles Moggridge fait allusion avaient consisté en premier lieu à enfermer dans une éprouvette close avec un bouchon, une quantité de fourmis moissonneuses avec leur reine et leurs larves ainsi que diverses graines. En germant toutes sans exception, ces dernières avaient prouvé qu'une atmosphère saturée des exhalaisons des fourmis était impuissante à les conserver. Moggridge en soumit ensuite à des vapeurs d'acide formique, comme le lui avait suggéré M. Darwin ; les graines en souffrirent, mais la germination se produisit quand même. Reste donc à savoir comment les fourmis s'y prennent pour l'empêcher dans leurs greniers.

Quel que soit leur procédé, elles savent évidemment que la siccité est un facteur important; il résulte, en effet, des observations de Moggridge que, quand leurs graines deviennent par trop humides, elles les portent au dehors pour les mettre au soleil, et les rentrent lorsqu'elles les trouvent suffisamment sèches.

Enfin, il parait qu'elles connaissent aussi le meilleur moyen d'enrayer les progrès de la germination lorsque celle-ci se produit dans le nid, car elles rongent toujours le germe en pareil cas. — C'est là, assurément, un des faits psychologiques les plus remarquables chez ces étonnantes créatures.

Fourmis du Texas. — Buckley et le docteur Lincecum furent les premiers à appeler l'attention sur les habitudes de ces fourmis; l'un en 1860*, l'autre en 1861, dans un premier mémoire communiqué à la Société Linnéenne, par M. Darwin, et, en 1866, dans un second mémoire publié dans le compte

1. Académie des sciences nat. Philadelphie^ vol. XII, p. 445.

rendu de TAcadémie des sciences naturelles de ï^hiîadelphie. En 18^7, M. Mac Cook se rendit au Texas exprès pour étudier ces insectes, et il a tout récemment publié le résultat de ses observations dans un livre de trois cents pages. Somme toute, elles confirment celles du docteur Lincecum et, pour ce motif aussi bien qu'en raison de leur valeur intrinsèque, on peut les considérer comme dignes de foi , tout en déplorant qu'elles ne soient pas plus complètes. En voici le résumé :

Les fourmis choisissent, pour y établir leur nid, une région (rouverte d'herbes et de plantes, et y font une clairière en forme de cercle de quinze à vingt pieds de diamètre. Elles nettoient avec le plus grand soin ce disque, et en remplissent les creux de manière à l'aplanir, si bien qu'avec le temps et sous l'influence combinée de la pluie et d'un piétinement continuel, la surfiace en devient ferme et unie. — Au centre, se trouve l'entrée da nid qui affecte souvent la forme d'un cône. Trois ou quatre routes, également soignées, partent du disque et rayonnent dans différentes directions; elles ont chacune plusieurs embranchements. Larges de trois à cinq pouces à l'origine, elles vont en se rétrécissant; quanta leur longueur, elle ne dépasserait pas soixante pieds suivant M. Mac-Cook, pourtant Lincecum en cite une qui avait trois cents pieds de long. — A l'époque de la moisson, les routes sont couvertes de fourmis, les unes se rendant aux provisions et s'éparpiK lant dans la campagne à mesure qu'elles s'éloignent, les autres revenant de tous côtés avec des chargements de graines et formant une masse de plus en plus considérable à mesure qu elles approchent du nid.

La récolte des graines dans les fourrés qui bordent les routes s'opère de la manière suivante :

« Chaque fourmi explore le terrain pour son compte. » Trouve-t-elle une graine qui lui convienne, elle commence » par la dégager du sol dans lequel, soit la pluie, soit le pié- » tinement des passants l'a enfoncée, puis elle la soulève et » l'examine de tous côtés, en la tâtant avec ses mâchoires. » Enfin, raidissant les jambes pour se hausser le corps, elle » replie l'abdomen de manière à en appuyer l'extrémité contre

1. Fourmis agricoles du Tf^as (Lippincott el C*«, Philadelphie,

RÉGOLTe DES «RAINES 09

o la grahie. J*estiine que ce geste a pour but d'^uster le far- » deau d'une façon commode. Une fois chargée, notre mois- » sonneuse reprend le chemin du logis. Les labyrinthes d'un » gazon touffu, les cailloux, mottes de terre, racines en » saillie ou plantes couchées qui encombrent la route, rien ne » la rebute. Malgré un fardeau aussi long, aussi épais et deux » fois plus large que son corps, elle triomphe de tous les obs-* » tacles, et, à force de vigueur et d habileté, finit par regagner » la route, sans s'être jamais trompée de direction. Dès lors, » les difficultés s'aplanissent. Tenant haut la graine, de ma- » nière à éviter tout contact avec le sol, elle prend une allure a plus rapide, une sorte de trot qui Tamènc bien vite au » disqiie^y au centre duquel elle disparait. Telle est, en termes » généraux, et en faisant la part de la nature du terrain et » des graines, et peut-être de l'individu, la façon dont se com- » portent les fourmis moissonneuses. En fait de sympathie et » de secours mutuels, je n'ai pu constater que le fait suivant : » une ouvrière de la petite sorte se trouvait aux prises avec » une grosse graine dont elle avait de la peine à se charger, r> lorsqu'en survinrent successivement deux autres de la *> grande sorte qui lui prêtèrent chacune main forte. »

Outre les graines qu'elles ramassent de la manière que • nous venons de voir, ces fourmis font aussi la cueillette,

comme leurs congénères d'Europe.

a En ce qui concerne la F. crudelis, il paraît à peu près » certain que, quand arrive la saison, elle n'attend pas que les » plantes s'égrènent pour faire sa récolte, et il est de fait que ^* » les habitants d'une fourmilière, sur le tertre de laquelle on

» avait planté des épis de millet pourvus de tiges longues de T> dix-huit pouces, n'hésitèrent pas à grimper à cette hau- » teur pour recueillir les graines ; j'en vis plus de vingt à la » fois à l'œuvre sur un seul épi. »

Les greniers, qui n'ont, du reste, rien de commun avec les chambres à larves, présentent une surface si ferme et si unie, que Mac-Cook imagine que les fourmis doivent s'inspirer « de quelques notions élémentaires de maçonnerie ». — Il en a

1. On appelle ainsi, nous Tavons vu, une sorte de place circulaire située au-dessus de la fourmilière des moissonneuses et que ces dernières entretiennent soigneusement dépourvue de végétation. C'est cette place que quelques espèces transforment en une sorte de champ de culture. {Note du traducteur,')

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trouvé à une profondeur de quatre pieds et croit, d'après le témoignage des habitants du pays, qu'il peut en exister jusqu'à quinze pieds au-dessous du sol.

A l'instar des fourmis de Moggridge et de Sykes, celles du Texas ont pour habitude, suivant Lincecum, de sécher au soleil les graines mouillées. — Mac-Cook a malheureusement négligé ce point. — Quant à la conservation des graines, il n'a aucune explication à nous donner et ignore si l'espèce américaine ronge la radicule issue de la graine en germination à sa première apparition comme le font les fourmis d'Europe. Mais il est surtout deux lacunes qu'on est fondé à lui reprocher. C'est d'abord de ne pas avoir vérifié, par l'expérience, une allégation qu'il paraît admettre, et d'après laquelle les communautés dont certains membres ont succombé à un poison s'en méfieraient à l'avenir; c'est ensuite de ne pas avoir élucidé la question très importante que soulève Lincecum quand il affirme, de la manière la plus positive, que les fourmis du Texas sèment, à la surface de leurs disques, la graine d'une plante particulière, VArislida ou riz de fourmis, pour en obtenir une récolte. Il est certain que cette plante se rencontre souvent à la surface des disques, et que les fourmis sont très friandes de sa graine; mais comment se sèmet-elle? Est-ce par suite de l'intervention de ces insectes ou pousse-t-elle naturellement parce que le disque présente une surface plus libre que le sol environnant.

Suivant le docteur Lincecum, le semis se ferait de bonne heure, afin de profiter des pluies d automne qui le font lever. Dans les premiers jours de novembre, une bordure, large d'environ quatre pouces, commence à percer à la circonférence du disque. Dès lors, les fourmis s'occupent diligemment à écarter du voisinage de cet anneau toutes les herbes étrangères à leur plantation, jusqu'au mois de juin de Tannée suivante, é[)oque à laquelle la maturité s'accomplit, VArisiida éti>nL une plante biennale. Une fois la graine récoltée, les moissonneuses fauchent le chaume et l'enlèvent de manière à préparer le disque pour le semis de l'automne suivant. Lincecum affirme avoir vu les mêmes colonies de fourmis renouveler ce procédé d'ann' e en année, et il ajoute :

« A n'en pas douter, c'est bien là une plante cultivée. Cornj) ment ne pas le reconnaître aux sarclages continuels pendant

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