‹ L'intelligence des animauxChapitre 64 sur 122 · AGRICULTURE - TRAVAUX SOUTERRAINS · texte numérisé non relu

AGRICULTURE - TRAVAUX SOUTERRAINS

» la poussée, au soin avec lequel la graine est récoltée, le » chaume enlevé et le terrain préparé pour un nouveau semis » à l'automne suivant, et ainsi de suite d'année en année, » comme j'ai pu m'en assurer partout où la colonie n'avait » pas à redouter les incursions d'animaux graminivores. »

Le docteur revient sur ce sujet en réponse à une lettre de M. Darwin : « Pour moi, dit-il, il n'y a pas l'ombre d'un doute. » Ce n'est ni en devinant, ni en tirant des conclusions à la » légère que j'ai formé mon opinion. Voilà douze ans que j'ob- » serve les mêmes colonies en toutes saisons, et je garantis » l'exactitude de ce que j'ai avancé dans ma première lettre. » Hier encore, pendant ma tournée, j'ai vu de belles récoltes » de riz à fourmis et partout la preuve d'une culture entendue : i> pas une plante, pas un brin de mauvaise herbe, à moins de » douze pouces tout autour des récoltes. » {Journal de la Société Linnéenne, vol. VI, pages 30-31.)

Or Mac-Cook, tout en reconnaissant qu'il existe des plantations telles que les a décrites Lincecum, rapporte qu'il ne les a observées que dans quelques colonies, et. s'étonne de ne pas en avoir trouvé partout. Il confirme donc en partie les observations du docteur, mais il avoue son incrédulité à l'endroit des semis, et croit tout simplement que les fourmis ont pu reconnaître qu'elles avaient intérêt à é^dxgxiQv V Arisiida dans le sarclage de leurs disques ; il admet du reste que l'hypothèse de r^nsemencement ne dépasse pas les bornes qu'il est permis d'assigner à la capacité intellectuelle des fourmis, et finit par conclure que le fait, selon la formule du verdict écossais, est « non prouvé ».

Voyons maintenant ce que le même observateur a à nous dire sur les travaux souterrains de ces insectes :

« Quand le sol est humide ou de nature tenace, les mineurs » n'ont pas grande difficulté à déblayer leurs galeries, les » débris consistant en petites mottes faciles à porter. Mais » quand le terrain est poudreux, l'opération n'est plus aussi » simple. Elle serait interminable s'il fallait enlever les grains y* de poussière un à un ; mais les fourmis s'y prennent autre- » ment. Elles confectionnent de petites boules, en les roulant » soit contre la surface de la galerie, soit contre la partie 10 inférieure de leurs têtes, soit enfin entre leurs mâchoires. » La manipulation se fait avec les pattes de devant qui

» »rr^ aux côtés de la face, pais recourbées, s*étendent » comme pour porter la main à la bouche. L'abdomen vient » alors presser en se repliant sur la petite motte rassemblée » entre les deux mâchoires ou entre les mâchoires d'une part » €t le dessous de la tôte de l'autre. Voilà comment se prépare > un&chai^e, même dans les galeries latérales où j*ai souvent » vu de« fourmis travailler sur le dos ou sur le cdté, comme 9 les mineurs dans les houillères de Pensylvanie. i>

Citons encore le passage suivant :

« Il est certain que les fourmis agricoles ne se nourrissent » pas exclusivement de graines ; ma colonie du disque n^ 2 » m'en donna la preuve. Sitôt que les fourmis se furent frayé » un passage à travers la boue dont j'avais comblé Touver- » tore de leur nid, elles s'éparpillèrent sur la surface du » disque de tous côtés et disparurent dans l'herbe. Bientôt » après j'en vis revenir un grand nombre chargées de Ter- » mites mâles et femelles qui venaient probablement d'essai- » mer avant l'averse. Les moissonneuses, au comble de l'ex- » citation, couraient deçà et delà de toute leur vitesse. En peu » de temps le vestibule du nid se trouva bondé. A l'entrée ce » n'était qu'une masse -de fourmis qui s'efforçaient en vain de » pénétrer à l'intérieur avec leurs fardeaux, tandis que i> d'autres les mains vides, aiguillonnées par la soif du butin, » jouaient des pieds et des mains pour sortir du nid. D'autres » enfin, renonçant pour le moment à se frayer un chemin » dans leur demeure, déposaient leurs charges et couraient » en chercher d'autres, si bien que d'un côté de l'ouverture » je remarquai une bonne poignée de termites entassés de » cette manière.

» Peu à peu l'encombrement diminua, et les fourmis purent » rentrer leur butin. J'avais été fort étonné de la rapidité » avec laquelle la colonie s'était tout d'abord portée au dehors ; » j'en conclus ensuite que les fourmis savaient d'avance l'effet » que la pluie avait dû produire, et comptaient en profiter. » En somme, j'ai la conviction que parmi leurs habitudes il » faut compter celle de capturer des insectes que la pluie a ' » abattus.

^ Dans l'après-midi' du même jour, en ouvrant une four- » milière, j'y découvris toute une colonie de termites parfai- » tement acclimatée en apparence. Le jour suivant je trouvai'

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» une quantité de spécimens ailés de ces insectes dans les » greniers d'une vaste fourmilièpe; assurément ils étaient » d('stjnés à Talimentation des habitants, y»

L'habitude singulière qu'ont les fourmis de plusieurs espèces de se porter les unes les autres d'un point à un autre, a été remarquée de la plupart des observateurs, et Mac-Cook s'étend tout particulièrement sur ce point. La fourmi qui se charge d'une camarade la prend à mi-corps, la soulève à une certaine hauteur et la maintient ainsi pendant qu'elle marche; l'autre rassemble ses jambes et se tient immobile. Huber avait supposé que c'était affaire de plaisir et d'entente réciproques; mais Mac-Cook s'accorde avec la majorité des observateurs pour y voir une façon primitive de s'indiquer entre fourmis Tendroit où il faut aller prêter main forte.

« Ainsi s'explique l'espèce de racnolement que pratiquent les » fourmis agricoles suivant Lincecum. Là où il n'y a ni chef, » ni direction, ni police, toute entreprise publique telle qu'un » changement de domicile, nécessite le consentement et la » coopération des individus. A priori la manière dont les » fourmis mettent la main sur leurs concitoyennes a plutôt » l'air d'une mesure de coercition, et en somme c'en est » une. Mais toute contrainte cesse dès que le nouveau do- » maine est atteint ; et si les captives ont été amenées de » force dans ce milieu où leurs services sont en réquisition, » c'est que leurs camarades comptaient qu'une fois là elles » consentiraient à coopérer. Il est certain que dans la plupart » des cas, les nouvelles venues ne se font pas prier, et ser> mettent immédiatement à l'œuvre. Mais il n'y a pas d'ap- » parence qu'elles soient surveillées et qu'elles ne puissent » retourner à leur ancienne demeure, si tel est leur bon? » plaisir, i»

Fourmis d'Afrique. — Livingstone raconte que certaines fourmis se sont établies sur une plaine où, chaque année, l'eau séjourne si longtemps que le lotus y mûrit :

a Quand l'inondation se produit, elles se réfugient sur des » plantes, sur les tiges desquelles elles se sont construit à une » hauteur convenable des habitations en terre glaise. L'ex- » périence leur a enseigné à prendre leurs précautions d'à- » vance, car si elles attendaient que l'eau ait envahi leur » territoire, elles ne pourraient se procurer les matériaux

» dont elles construisent leurs demeures aériennes, à moins » de plonger pour chaque bouchée de terre *. »

Fourmi des arbres de VInde et de la Nouvelle-Galles du Sud. — Le propre de cette espèce est de s'établir sur les arbres. D'après le colonel Sykes, les nids sont en forme de sphère, d'environ dix pouces de diamètre. Pour les construire, les insectes ramassent de la bouse de vache et en fabriquent des petites plaques, qu'elles rassemblent comme des tuiles ou des ardoises, de manière à se ménager des ouvertures à l'abri de la pluie. Le toit consiste en une seule plaque qui couvre le nid comme d'une calotte, et l'intérieur se compose de cellules inégales dont les murs sont tapissés d'écaillés ou de plaques comme l'extérieur.

Dans la Nouvelle-Galles du Sud on trouve, en outre, une espèce de fourmis qui habite le tronc des arbres. Le capitaine Cook en parle dans le récit de son expédition : « Elles s'était blissent à l'intérieur des branches dont elles enlèvent la » moelle jusqu'au bout des plus minces, sans que l'arbre » paraisse en souffrir. » Une branche vient-elle à se casser, on en voit sortir des troupes de fourmis. Certaines espèces de nos parages creusent également l'intérieur des arbres; mais pas au môme degré.

Fourmi à miel (Myrmecocystus mexicancs). — On rencontre cette fourmi au Texas et au nouveau Mexique. Le capitaine W. B. Fleeson, qui s'en est tout particulièrement occupé, a fait part de ses observations à l'Académie des sciences de Californie : elles ont également été communiquées à M. Darwin, par M. Henri Edwards. En voici les points les plus saillants :

et Chaque communauté comprend trois sortes différentes de » fourmis, jouant chacune un rôle qui lui est propre dans » l'économie du nid, à savoir :

» V" Des ouvrières de couleur jaune, chargées d'élever et » de nourrir les fourmis de la deuxième catégorie ;

» 2° Des fourmis à miel également de couleur jaune, à ab- » domen sphérique très développé, ayant pour seule et unique » fonction de sécréter une sorte de miel dont les autres sem- » blent se nourrir. Elles ne sortent jamais du nid ;

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