FOURMI A MIEL
. » 3<> Des fourmis noires qui veillent à la sûreté du nid et à » l'alimentation de la première catégorie. Elles sont plus » grosses et plus fortes que les deux autres sortes et armées » de mâchoires formidables. »
Le nid est de forme rectangulaire et d'environ quatre à cinq pieds carrés de surface ; il est placé dans un terrain sablonneux
Fig. 7.
avec arbustes et fleurs. Du reste, il se reconnaît facilement à la colonne serrée de sentinelles noires qui monte la garde sur trois des côtés et dont les deux rangs se meuvent en sens inverse. Dans le croquis (fig. "7) la colonne est représentée par une ligne noire épaisse ; ce sont toujours les côtés de l'est, du nord et de l'ouest qu'elle protège, le côté sud reste ouvert. Qu'un ennemi approche de n'importe quel côté, aussitôt nombre de sentinelles quittent leur poste pour se porter à sa rencontre se dressant sur leurs pattes de derrière et remuant les mâchoires en signe de défi. Tout insecte qui s'aventure trop près du nid est mis en pièces, puis porté au loin, après quoi les soldats reprennent leurs rangs ; ils ne songent qu'à défcn-
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dre leur demeurB, rt ndn à se repaître des «adlsvres de leurs ennemis.
Quant au oâté sud du oamp, sMl i^ste ouvert, c*est pour ne pas entraver les opérations d'une autre bande de fourmis noires qui s*occupe de Tapprovisionnement. Elles vont et viennent dans la direction G À, les unes se dirig<!fant vers le point C, centre du carré, pour y déposer leur butin, les autres repartant du même point pour chercher une nouvelle charge. De C en B où se trouve Touverture de la citadelle, circulent les ouvrières de couleur jaune qui transportent à l'intérieur les provisions que leurs camarades noires ont apportées en C. 11 est à remarquer que chaque sorte s'en tient strictement au parcours qui lui est assigné, et que l'on chercherait vainement une fourmi jaune sur la ligne G A et une fourmi noire sur G B. G'est un admirable exemple de discipline. Le petit cercle en D représente un trou qui paraît servir de tuyau de ventilation ; les fourmis n'en font usage ni pour entrer ni pour sortir.
Quant au nid, outre les galeries d'usage, on y trouve une chambre située à environ trois pieds de profondeur, où les fourmis ont tendu comme une toile d'araignée de leur fabrication. Elle se compose d'un réseau de carrés, d'environ 6 millimètres de côté, et ses extrémités sont assujetties tout autour aux murs de la chambre. Sur chaque carré repose une fourmi de la 2*» catégorie ; elle y passe sa vie dans une réclusion perpétuelle, à confectionner du miel par un procédé analogue à celui des abeilles avec les fleurs, le pollen et les matériaux analogues que lui apportent sans cesse ses camarades de la 1»* catégorie.
Voilà, en résumé, tout ce que l'on sait jusqu'à présent sur les habitudes de ces curieux insectes, dont l'organisation militaire ne le cède en rien à celle des Ëcitons; seulement elle se rattache à un système de défense et non d'aggression. Ge qui est surtout digne de remarque, c'est que se4on toute apparence les ouvrières noires et les ouvrières jaunes appartiennent à « deux genres différents d ; s'il en est ainsi, c'est l'Unique exemple que nous ayons de deux espèces distinctes travaillant côte à côte dans un but commun. On pourrait bien citer, il est vrai, certaines espèces de fourmis et leurs pucerons, mais l'analogie dans ce cas est plus apparente que
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réelle* ; en effet, le concours des pucerons est entièrement passif comme celui des fourmis à miel, tandis que dans l'exemple que nous venons de voir il s'agit d'une coopération active.
Eciiones, — C'est ainsi qu'on appelle un genre de fourmi» de l'Amazone, genre « militaire » par excellence, et qui comprend plusieurs espèces. — Belt, Bâtes et quelques autres naturalistes ont observé ces fourmis avec soin, et nous pouvons nous en rapporter à leur témoignage, auquel j'emprunte les détails qui suivent :
Les Eciton legionis ont au plus haut degré l'instinct de l'organisation militaire. — S'agit-il d'une expédition, — et vivant camme elles le font de meurtre et de rapines, une expédition pour elles est affaire d'approvisionnement, — elles se lèvent en masse et s'avancent en bon ordre sur plusieurs rangs, formant une colonne de plus de cent mètres de long. — De petites troupes d'éclaireurs se détachent du corps d'armée pour se mettre à la recherche d'insectes, de larves, etc. . . Ils explorent chaque feuille, chaque brindille, tous les coins et recoins qui peuvent receler une proie, et rejoignent la colonne avec le butin qu'ils ont pu récolter, à moins qu'il ne dépasse la mesure de leurs forces, auquel cas ils. envoient chercher du renfort. Tout cadavre qu'une fourmi seule ne saurait porter, est mis en morceaux et expédié pièce à pièce. Nombre d'insectes cherchent à se mettre en sûreté en grimpant aux buissons et aux arbustes ; mais leurs ennemis les poursuivent sans pitié de branche en branche. Une fois acculés à l'extrémité de quelque brindille, il leur faut bien se rendre ou tomber dans les mains de la foule meurtrière qui se presse en bas. Quant au butin que les éclaireurs font constamment parvenir au quartier général, il est porté à Tarrière-garde par deux bandes de fourmis qui se tiennent de chaque côté du corps d'armée. Chaque bande s'arrange en colonne sur deux rangs se composant l'un de fourmis allant déposer le butin qu'elles ont reçu, et l'autre de fourmis rêve* nant en chercher. On remarque aussi de chaque côté des individus de pet.te taille et moins foncés que les autres, qui ont l'air d'officiers ; ils vont et viennent le long de la colonne,
1. L'analofçie est bien plus grande avec ce qui se passe chez les espèces efciava^istes où deux espèces travaillent aussi côte a côte, mais chez qui celle collaboration a été obtenue au début par la violence [Trad.).
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tout en demeurant entre certaines limites de parcours qui semblent l'^ur avoir été assignées, et de temps en temps s'arrêtent pour se frotter les antennes avec des camarades dans les rangs comme pour leur donner un ordre. — Lorsque les éclaireurs découvrent un nid de guêpes dans un arbre, un fort détachement s'y porte aussitôt, le dévaste et en retire toutes les larves, tandis que les guêpes voltigent à Tentour, impuissantes à se défendre contre une pareille invasion.
Quand c'est un nid d'une autre espèce de fourmis que ces aventuriers ont rencontré, il arrive souvent que l'armée tout entière vient l'assaillir. — Arrivée sur place, elle se met à l'œuvre avec une énergie extraordinaire, creusant, minant, sapant de tous côtés jusqu'à ce que toutes les richesses cachr^es sous terre soient à sa merci. La manière dont les fourmis savent organiser leur travail, en pareille circonstance, est fort remarquable. Celles qui sont occupées à creuser au fond d'un trou, ne perdent pas leur temps à emporter les débris, elles les passent à d'autres, qui les font parvenir à la surface. Celles qui sont au dehors s'en emparent, les emportent juste assez loin pour quils ne puissent retomber dans le trou, puis reviennent à la hâte se poster à i'ouverture. M. Bâtes est tout émerveillé d'une pareille marque de prévoyance. Ce n'est pas* à dire que la répartition du travail se fasse d'une manière bien stricte ; car telle fourmi qui creusait change d'occupation et se met à transporter les débris et vice versa. Mais il n'en existe pas moins une véritable coopération pratiquée avec intelligence. Voici, du reste, un exemple que j'emprunte à Bâtes :
« Le lendemain matin, il n'y avait trace de fourmis ni à » l'endroit où je les avais vues le jour précédent ni sous les » arbres; mais environ cent mètres plus loin, je rencontrai » l'armée, évidemment en maraude comme la veille, quoique » suivant une tactique différente à cause de la nature du » terrain. Elle était échelonnée sur le penchant d'un mon- » ticule de terre légère qu'elle avait perforé en plusieurs en » droits jusqu'à une profondeur de huit à dix pouccîs. A » l'ouverture de chaque trou se trouvait une masse de fourmis » dont les unes aidaient leurs camarades d'en bas à hisser de* » gros insectes du genre Formica et les passaient à d'au- » très qui les mettaient en pièces et en remettaient à leur
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» tour les morceaux à une bande de débardeurs chargés de » les emporter. »
Les Ecitones de cette espèce n'ont pas de demeure fixe, et vivent, pour ainsi dire, toujours en campagne. A la nuit, ils campent dans quelque endroit dont le sol crevassé leur offre un abri pour leur butin. Le lendemain matin, Tarmée reprend sa marche, et en moins de deux heures, il ne reste plus une seule fourmi des myriades qui couvraient le terrain.
Plus grosses que les précédentes, les Eciion hamaia marchent en masse ou en colonnes dans leurs expéditions, suivant la proie qu'elles ont en vue. Si, par exemple, elles en veulent à une certaine espèce de fourmis qui abritent leurs jeunes dans le creux de bûches pourries, elles se forment en colonnes, de manière à explorer de tous côtés. Une des bandes vient-elle à rencontrer un tronc abattu, vite elle s'éparpille à sa surface et en examine chaque trou, chaque fente.
« Parmi les ouvrières, dit M. Bell, il y en a de plusieurs » tailles, et les plus petites rendent de grands services ; elles » pénètrent dans le moindre trou et vont chercher leur proie » jusque dans les ramifications les plus extrêmes. Quand des » HypoclUiea sont attaquées dans leur nid, elles se précipiw tent au dehors avec leurs larves et leurs chrysalides dans les » mâchoires, mais les Ecitones les interceptent avec une agi- » lité extraordinaire et les dépouillent si rapidement que je » n'ai jamais pu me rendre un compte exact de leur manière » de s'y prendre. Aussitôt le butin saisi, elles se hâtent de » rejoindre la colonne du côté du retour.
» A l'entour du nid assiégé, à voir le désordre qui semble » régner parmi les Ecitons, on dirait qu'elles ont perdu la » tête ; mais elles sont si bien à leur affaire, que pas une » Hypoclinea ne leur échappe ; du reste, elles ne cherchent » pas à faire de mal, mais seulement à s'emparer des jeunes. »
Les colonnes de VEcUon hamata se composent presque entièrement d'ouvrières de différentes tailles, mais, comme dans le cas de VEciton legionis, à des intervalles de deux ou trois mètres l'on remarque de grosses fourmis, de couleur claire, qui s'arrétant, courant en arrière, et se servant de leurs antennes comrue pour donner des ordres, paraissent remplir les fonctions d'officiers et diiiger la marche de la colonne.
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En ce qui concerne les habitudes de l'espèce» M. Belt nons donne les détails suivants :
a Les yeux des Ecitons sont très petits ; chez certaines es- » pèces ils sont tout à fait rudimentaires, et manquent abso- » lument chez d'autres. Sous ce rapport, elles contrastent » singulièrement avec les Pseudomyrma qui fourragent » isolément, et ont des yeux très développés. L'imperfection » de la vue chez les Ecitons est tout à l'avantage de la » communauté, et favorise leur tactique. Pourvues d'yeux » plus clairvoyants, elles ne manqueraient pas de se disper- » ser, chacune allant là où elle aurait aperçu un objet digne » d'attention. Comme la plupart des autres espèces, elles se » suivent à la piste, et je suis porté à croire qu'elles se don- » nent avis de tout ce qui peut les intéresser , au moyen » d'odeurs plus ou moins fortes et de nature variée qu'elles » ont la faculté de répandre. Je remarquai un jour une co- » lonne à'Eciton hamata qui cheminait au bas d'un talus » haut de six pieds, et dont le côté avait une inclinaison » presque verticale. Il s'était formé en un pomt un groupe » d'une douzaine de fourmis qui paraissaient se consulter. » Tout d'un coup Tune d'elles quitte ses camarades et grimpe » à toutes jambes jusqu'au haut du talus. Les autres suivent » ses traces, mais en allant et revenant sur la piste, de ma- » nière à Taffirmer. Pour les mettre en défaut, je gratte un » peu le terrain en avant du point où elles sont parvenues ; » elles s'arrêtent, font plusieurs détours, retrouvent la piste, » et continuent leur route en toute sécurité. Arrivées en haut » du talus, elles pénètrent dans un taillis qui paraît giboyeux. » En peu de temps le reste de la colonne fut mis au courant » de l'entreprise et se précipita en masse vers le terrain de » chasse. Les Ecitons se distinguent entre toutes les fourmis » en ce qu'elles n'ont point de demeure fixe ; quand elles ont » épuisé les ressources d'une région, elles se portent sur un » autre point, et je ne crois pas que VEciton hamata reste » plus de quatre ou cinq jours dans le même endroit. J'ai » souvent rencontré des colonnes d'émigrants, et elles sont » faciles à reconnaître avec leurs officiers au teint clair, éche- » lonnés le long des côtés. Chacune de ces bandes comprend » des milliers de fourmis et atteint une longueur extraordi- » naire ; j'en ai mesuré qui avaient plus de trois cents mètres.
ORGANISATION HILITAIRE fit
-X» EUeis eampënt dans le creux des arbres, et quelcfuefois » sous de gros troncs abattus, qaand eUes y trouvent.des ca- » viles convenables. Je découvris un jour toute une colonie » qui, semblable à un immense essaim d'abeilles, accroché » par dessous à u'q tronc d*arbre, pendait en grappe jusqu^à » terre. A voir les longues jambes des fourmis, on aurait dit * un réseau de fils contenant cette masse d'insectes dont le » volume égalait au moins un mètre cube. Au dehors, plu- » sieurs colonnes s'^ocunpaient à apporter, les unes des larves, 2> les autres des membres d'insectes qu'elles avaient dépecf^s. » Ce qui me surprit surtout, ce fut de voir dans ce nid vivMiit » des passages tubulaires qui conduisaient au centre de la » masse, et où s'engageaient les fourmis chargées de butin. » Ayant plongé un long bâton jusqu'au milieu de la grappe, je » Yen retirai couvert de fourmis. portant des larves et des » chrysalides qui étaient sans doute tenues au chaud par » l'essaim qui les entourait. Outre les ouvrières foncées et » les officiers de couleur claire, je remarquai certains spéci- » mens munis d'énormes mâchoires qu'ils ouvraient d'une » manière menaçante, tout en se promenant. »
Le lecteur se rappelle sans doute que nous avons parlé •d'une espèce de fourmis qui manifeste de la sympathie pour ses amies en. détresse ; c'est de VEcUon hamata qu'il s'agissait.
Gomme mœurs, VEcitan drepanophora lui. ressemble beaucoup ; du reste, sous ce rapport Ijbs diverses espèces d'Eciion ne diffèrent que par des détails. M. Baies raconte les 'expériences qu'il fit avec une colonne dE. drepanophora. Chaque fois qu'il la dérangeait ou qu'il lui dérobait une fourmi, des messagers couraient annoncer l'incident plusieurs mètres en arrière et aussitôt un mouvement de retraite s'opérait en ce point. Les colonnes ne sont que sur quatre ou au plus six rangs, mais en revanche elles s'étendent sur une longueur de plus d'un demi-mille. C'est cette espèce, qui, suivant M. Bâtes, choisit quelque coin ensoleillé d'une clairière pour se livrer à ses récréations.
Arrivons maintenant à YEciton prœdaior qu'a observé le même auteur :
a Petite et d'un rouge foncé, elle ressemble beaucoup, dit X) Baies, à la fourmi rouge ordinaire que Ton rencontre en An-
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» gleterre. Elle est très répandue à Ega où elle a été décou- » verte. A rencontre des autres Ecitons, elle dispose ses armées » non en colonnes mais en phalanges serrées où se pressent » des myriades de fourmis. Rien de plus remarquable que la » rapidité de marche de ces masses. Partout où elles passent, » elles sèment le trouble et l'alarme. Balayant la surface du » sol, montant jusqu'au sommet des arbres peu élevés pour » en examiner chaque feuille, rien ne leur échappe. Viennent- » elles à rencontrer un amas de matières végétales en décom- » position, où le butin abonde, aussitôt elles se concentrent » en ce point ; à voir cette masse luisante s'agiter sur place, » on dirait un flot de liquide rouge foncé. En peu de temps la » fouille est achevée, et la phalange se remet en marche. Elle » trouve une proie facile parmi les insectes au corps mou et » inactif, qu'elles dépècent pour en faciliter le transport, » selon les traditions de la race Ecitone. Sur un terrain uni » une de ces phalanges couvrirait environ six mètres carrés ; » en l'examinant de près on s'aperçoit qu'elle se compose non » pas d'une masse de fourmis marchant toutes ensemble dans » la même direction, mais- d'un certain nombre de colonnes » contiguës qui s'écartent plus ou moins par moments pour » se rejoindre ensuite. Parfois môme les côtés de la phalange » s'éparpillent comme une nuée de tirailleurs. Je n'ai jamais » réussi à découvrir un nid de ces fourmis. »
Restent deux espèces aveugles d'Ecitons, qui se distinguent par leurs habitudes. Bâtes nous donne sur leur compte les renseignements suivants :
« Les armées de ces deux espèces [E. vastator et E, erra- » tica), marchent toujours à couvert sous un abri que les four- » mis construisent rapidement à mesure qu'elles avancent. » Procédant ainsi pas à pas, pour ainsi dire, l'expédition finit » par rencontrer un terrain de chasse dont elle explore tous » les coins. Quant aux tunnels par lesquels cheminent cçs >^ aveugles, ils sont souvent d'une longueur considérable'; » j'en ai relevé qui avaient jusqu'à deux cents •nièti'es. Les » grains de terre dont se composent les arcades sont pris sur » place et, ajustés à sec, au lieu d'être cimentés avec de la » salive comme dans les tunnels des Termites. Les Ecitons » construisent les deux côtés simultanément, et font preuve » d'une grande habileté en ajustant la clef de voûte sans