FACULTÉ DE RAISONNEMENT
sonneuses » d'Europe se plairaient assez à ce genre de gymnastique, et Belt en dit autant des fourmis « coupe-feuilles » des Amazones. — Le docteur Bastian, dans son ouvrage sur « le cerveau considéré comme organe de Tintelligence », émet l'avis que « le manque d'intelligence que paraissent manifester nos fourmis d'Angleterre, lorsqu'elles s'effrayent d'un saut, peut fort bien n'être que le résultat d'une vue imparfaite » (pages 241 242) ; il n'en resterait pas moins à expliquer pourquoi des fourmis se trouvant au-dessous d'un casier, qu'elles . pouvaient toucher de leurs antennes, ne songèrent même pas à amonceler la terre qu'elles avaient sous la main.
Il ne faudrait pas toutefois conclure de ce qui précède, que les fourmis de Sir John Lubbock sont privées de toute capacité intellectuelle ; l'expérience suivante montre qu'il n'en est pas ainsi :
et Ayant mis quelques provisions dans une boite peu pro- » fonde, munie d'un couvercle en verre et d'un seul trou sur » le côté, j'y introduisis des Lasiiis niger, qui eurent bientôt » fait connaissance avec les lieux. Lorsque les rapports » entre le nid et la boîte se furent bien établis, et que je » pus compter une trentaine d insectes en circulation, je » répandis un peu de terre fine devant le trou, de manière à » le couvrir d'une couche d'un demi-pouce d'épaisseur, puis » j'enlevai les lourmis qui se trouvaient dans la boîte. Aussitôt » qu'elles se furent remises de l'émotion que leur avait causée » ma façon d'agir, elles firent plusieurs fois le tour de la boîte » dans l'espoir de trouver une autre entrée. Mais n'y réussis- » sant pas, elles se mirent à creuser juste au-dessus du trou, » de manière à en déblayer l'ouverture, après quoi elles » reprirent leur travail d'approvisionnement. »
L'expérience fut répétée plusieurs fois avec les Lasius niger et des L. fîaviiSy et toujours avec le même résultat.
Il paraît donc que ces fourmis ne sont pas absolument ■ dépourvues de raisonnement ; leurs efforts pour découvrir une nouvelle entrée qui leur permit de pénétrer dans la boîte, sans avoir à dégager le trou qu'elles connaissaient, prouvent qu'elles se rendaient compte des circonstances, et qu'elles faisaient appel à une faculté adaptive, qui, pour être élémentaire n'en appartient pas moins au domaine de la raison.
Parmi les données sur 1 intelligence générale des fourmis, il
convient de citer le résultat d'observations rigoureuses pratiquées d'heure en heure, de 6 heures 30 du matin à 10 heures du soir, pendant trois mois sans interruption, et dont le but était de reconnaître si les fourmis appliquent le principe de la division du travail. 11 fut démontré que, pendant Thiver, alors que la communauté est plus ou moins engourdie, certains individus sont chargés de Tapprovisionneraent, et sont remplacés en cas d'accident. Voici du reste comment Sir John Lubbock résume les notes qu'il prit pendant cette longue période d'observation :
<( Tout d'abord ce furent les fourmis numérotées 5, 6 et 7, » quis'occupèrent de pourvoir à l'alimentation. Le 22novem- » breetle 11 décembre, le miel fut visité par une quatrième » fourmi n^ 8 ; mais à part cela, toute la besogne de Tappro- » visionnement se fit par l'entremise des numéros 5 et 6, aidés » de temps en temps par leur camarade n*» 7. Gomme on aurait » pu m'objecter que ces trois insectes obéissaient tout simple- » ment à un instinct de gourmandise ou à un besoin d'activité » hors du commun, je séquestrai la fourmi n° 6, au moment » où elle sortait pour aller au miel, le 5 décembre. Or le f> même soir, il s'en présentait une autre [n^ 9) et, comme » d'après mes notes, c'était la première (en dehors du premier » groupe) qui fût sortie depuis plusieurs jours, nous sommes » en droit de conclure que ce n'était point là un effet du » hasard. La nouvelle fourmi prit la place du n^ 6 et le 11 jan- » vier, le n^ 5 ayant été enfermé à son tour, elle accomplit à » elle seule avec quelque assistance de la part du n** 7, le » transport des provisions. — Le 17, je la séquestrai et le 19 » elle fut remplacée par une nouvelle recrue (n° 10) qui le 22 » et les jours suivants se fit aider par une amie (n» 11). Tout » cela me paraît fort curieux. Ainsi du l®*" novembre au 5 jan- » vier, à part une ou deux exceptions dues au hasard, trois » fourmis font toute la besogne, l'une d'elles se contentant de » prêter la main de temps en temps! — Je séquestre ses deux » amies, et alors seulement il s'en présente une autre. Au » bout d'une semaine, je l'enferme à son tour; deux autres » viennent la remplacer. Voyons maintenant ce qui se passe » dans l'autre nid 1 ; U je n'interviens pas, et les mêmes » fourmis s'occupent du ménage du commencement jusqu'à » la fin »