‹ L'intelligence des animauxChapitre 73 sur 122 · DÈS SENS SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

DÈS SENS SPÉCIAUX

Les abeilles et les guêpes ont bien meilleure vue que les fourmis. Non seulement elles aperçoivent les objets de plus loin, mais elles en distinguent la couleur. Pour le démontrer, Sir John Lubbock imagina de mettre du miel sur des morceaux de papier de môme forme mais de couleurs différentes, et de changer leur disposition après avoir constaté qu'une abeille avait fait plusieurs visites à l'un des papiers (A). A son retour l'insecte, au lieu d'aller se poser sur le papier B qui avait remplacé A, se rendit directement en A malgré son changement de position. L'expérience fut répétée à plusieurs reprises tant avec des abeilles qu'avec des guêpes et comme elle aboutit toujours au même résultat, il faut bien en conclure que les insectes, dès leurs premières visites au papier A, en associaient la couleur avec l'idée du miel et s'en rapportaient ensuite plus volontiers au souvenir de cette couleur qu'à celui de la position qu'occupait le papier. On put ainsi établir qu'ils distinguaient le vert, le rouge, le jaune et le bleu, et de plus, qu'ils manifestaient une préférence marquée pour certaines couleurs. De toute une série de papiers comprenant du noir, du blanc, du jaune, de l'orange, du vert, du bleu et du rouge, le jaune et l'orange furent visités vingt et une fois et les

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autres quatre fois seulement par les deux ou trois abeilles qui y eurent accès. L'ordre des couleurs ayant été interverti, l'orange et le jaune reçurent encore vingt-deux visites sur un total de trente-deux. Le bleu paraît aussi attirer les insectes.

Quant à l'odorat, Sir John Lubbock a constaté que quelques gouttes d'eau de Cologne, répandues à l'entrée d'une ruche, ont pour effet d'attirer une troupe d'abeilles qui sortent pour se rendre compte de ce qui se passe. D'autres odeurs produisent lé môme résultat ; mais si Ton répète l'expérience plusieurs fois, les abeilles s'y accoutument et ne se dérangent plus.

Enfin en ce qui concerne l'ouïe, chez les abeilles comme chejz }es fourmis, Sir Jobn Lubbock fut impuissant à en reconnaître l'existence. Il est bon toutefois de citer à ce sujet un fait qu'Huber fut le premier à signaler ; à savoir que la reine fait entendre un son particulier en réponse au sifflement caractéristique d'une larve reine, et qu'au moyen d'une espèce de bourdonnement elle peut semer la consternation dans toute la ruche et frapper les abeilles d'immobilité et de stupeur.

Sens de la direction.

Voici ce que rapporte Sir John Lubboek :

« Comme les abeilles, les guêpes cherchent toujours à se » rendre d'un point à un autre par le chemin le plus court. » Le 6 août j'observai pendant plusieurs heures les mouve- » ments d'une guêpe qui avait pénétré dans ma chambre par » une fenêtre ouverte. Son nid se trouvait de l'autre côté ée » la maison, à proximité d'une autre fenêtre qui était fermée» » et contre laquelle elle venait constamment se buter. Dix » jours de suite et plusieurs fois chaque jour cette même » guêpe (je l'avais marquée) revint me faire visite, entrant » par la fenêtre ouverte et cherchant à sortir par celle qui » était fermée et ne se décidant à reprendre le chemin par » lequel elle était venue qu*après des heures d'efforts infrucj> tueux. »

On peut juger par là non seulement de l'énergie de Tiûstinct

SENS Jm LA DIRECTION 13Î5

qui porte l'insecte à prendre le chemin le plus court et de l'importance du rôle qu'y joue le sentiment de la direction ; , mais aussi du temps qu'il faut à l'expérience individuelle pour reconnaître les propriétés d'une substance jusqu'alors inconnue comme le verre ; j'aurai du reste occasion de revenir à ce sujet plus loin.

Et maintenant nous allons voir que ce sentiment de la direction dépend en grande partie de l'observation d'objets particuliers.

Sir John Lubbock affirme qu'il ne connaît pas d'exemple d'abeil'es qui aient su effectuer leur retour après avoir été emportées à une grande distance tout d'une traite. Mais en éloignant le miel peu à peu de vingt mètres à chaque fois, il leur apprit à venir dans sa chambre. En d'autres termes sans cet apprentissage graduel, le sentiment de la direction ne suffirait pas à guider les abeilles. Reste à savoir si elles auraient pu retrouver le chemin du nid après un seul voyage, si au lieu d'être transportées au miel, soit à une distance de 200 mètres, elles l'avaient découvert elles-mêmes et avaient pris note de certains points de repère pendant leur vol. Quoi qu'il en soit, il n'en demeure pas moins établi que dans les conditions où se fit l'expérience, il fallut leur enseigner la route petit à petit, et cela suffit pour prouver que le sens de la direction ne leur permettrait pas à lui seul de faire une seconde fois un trajet de 200 mètres.

Ce résultat se trouve du reste incidemment confirmé par une autre série d'expériences faites dans un autre but. Notons d'abord les détails que nous donne l'observateur sur la disposition des lieux. « Ma chambre est de forme carrée avec » deux fenêtres au sud-ouest donnant sur la ruche, et une » autre au sud-est. » Outre l'entrée principale de la ruche, on y avait pratiqué une petite ouverture en poterne communiquant avec la chambre. Cela posé, voici les différentes observations de Sir John Lubbock dans l'ordre où elles furent enregistrées:

« 6 h. 50 matin. — Une abeille sortit pir la petite porte. » Comme après s'être repue, elle paraissait ne pas savoir com- » ment retrouver son chemin, je la remis dans la ruche.

» A T h. 10, elle sortit de nouveau ; je la laissai faire son » repas, puis je lui fis réintégrer son domicile.

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» 10 h. 15. — Troisième sortie de la même abeille, toujours » incapable de rentrer seule à la ruche.

» 10 h. 55. — Quatrième sortie et même désorientât ion. » Quoique certain qu'elle désirait réellement retourner à sa » ruche et non rester en dehors, je résolus d'en avoir la » preuve et je la laissai sortir dans le jardin par une fenêtre » donnant sur un autre côté : aussitôt elle se rendit à la » ruche. 1

» 11 h. 15. — Cinquième sortie ; l'abeille ne peut encore se » passer de mon aide.

» 11 h. 20. — Expérience analogue à la précédente.

» 11 h. 30. — Septième sortie; l'abeille retourne toute » seule à la ruche.

» 11 h. 40. — Huitième sortie ; retour spontané.

i> 12 h. 30. — Comme on le voit l'abeille était restée plus » longtemps dans la ruche cette fois. Elle parut tout d'abord » oublier le chemin quand elle voulut s'en retourner; mais » après avoir cherché pendant quelque temps, elle finit par » retrouver l'entrée de la ruche.

» 24 août. — A 7 h. 30 du matin, une abeille pénétra dans » ma chambre par l'ouverture en poterne. Après s'être ras- » sas'ée de miel, elle voulut rentrer au logis ; mais quoi- » qu'elle ne témoignât d'aucun trouble, il était évident qu'elle » ne savait où chercher l'entrée de la ruche. Je la laisse vol- » tiger contre la fenêtre jusqu'à 8 heures, puis je la remets » dans la ruche.

D 29 août. — A 10 h. 10, une abeille vient se poser sur le » miel, à 10 h. 12, elle s'en va à la fenêtre et y reste à bour- » donner. Ail h. 12, convaincu qu'elle est bien désorientée, » je me décide à la rapatrier.

» Celles là même qui paraissaient connaître l'ouverture de » la ruche volaient à l'autre fenêtre si je les en approchais, » et se dépaysaient complètement. f

» Je dois à cette circonstance d'avoir perdu nombre » d'abeilles qui, pénétrant dans ma chambre à mon insu,' D finissaient par périr à Tentour de la fenêtre. » 1

Ainsi môme une abeille qui s'est rendue au miel de son propre mouvement, ne se trouve pas suffisamment guidée par le sens de la direction pour rentrer d'elle-même à la ruche, ou du moins pour retrouver l'ouverture insolite dont elle a fait

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