‹ L'intelligence des animauxChapitre 74 sur 122 · SENS DE LA DIRECTION · texte numérisé non relu

SENS DE LA DIRECTION

usage. Il est probable que si la fenêtre de côté avait été ouverte, rinsecte aurait su tourner le coin de la maison et rentrer par rouverture principale de la ruche ; mais, comme on Ta vu, il lui fallut de cinq à six voyages pour apprendre à connaître le chemin entre l'ouverture en poterne et l'endroit où se trouvait sa pâture. Mais voici qui est encore plus concluant. Sir John Lubbock avait marqué une guêpe qui était venue se poser sur le miel dans sa chambre.

a Le lendemain, 1 h. 25 du matin, elle revint et après s'être » régaKe pendant trois minutes, se mit à voltiger à l'aventure » dans l'appartement, si bien que je crus devoir lui venir en T> aide. Une fois en dehors de la fenêtre elle se dirigea droit )> vers son nid. Ainsi que je l'ai expliqué, ma chambre a des » fenêtres de deux côtés ; celle qui donnait sur le nid était )> fermée et par conséquent la guêpe avait à faire un détour » en sortant par celle qui était ouverte.

» A 7 h. 45, je la vis revenir. J'avais déplacé le miel d'envi- » ron deux mètres, tout en le mettant en évidence ; la guêpe » eut beaucoup de peine à le retrouver. Cette fois comme T> avant, elle alla se buter contre la fenêtre la plus proche de T> son nid et je dus la faire sortir à 8 h. 2.

» 8 h. 15. — Nouvelle incursion de six minutes suivie d'une » démonstration inutile devant la fenêtre fermée à laquelle » je mis fin à 8 h. 35, en portant l'insecte à la fenêtre ouverte. » Cela me paraît prouver que les guêpes ont le sentiment de » la direction et ne se guident pas seulement par la vue

» 8 h. 24. — Visite de quatre minutes ; mais cette fois la » guêpe ne fait qu'aller à la fenêtre fermée et s'échappe par » celle qui est ouverte après avoir fait deux ou trois fois le » tour de la chambre.

» 9 h. 50. — La guêpe se comporte comme la dernière fois, » sauf qu'elle ne reste que trois minutes en contact avec le » miel, et qu'elle ne fait pas le tour de la chambre.

» 9 h. 36. — Incursion identique à la pr^^cédente quant aux » épisodes. A partir de ce moment les visites de la guêpe se » ressemblent toutes :

» Arrivée à 9 h. 50, elle ressort par la fenêtre ouverte à 9 h. 53

138 ABEILLKS ET GUÊPES

» Arrivée à 10 h. 47, elle ressort par la fenêtre ouverte à 10 h." 50

etc., etc.

» Comme pendant toute cette série d'observations, la guêpe y> se dirige sans lu^siter vers la fenêtre ouverte, il est évident » qu'elle s'était familiarisée avec le chemin. »

Le sentiment de la direction rend de grands services aux abeilles lorsqu'il s'agit de retrouver la ruche ; l'observation suivante de MM. Kirby et Spence en fait foi :

« En vain, durant notre séjour à Saint-Nicolas, nous cher- D châmes un point quelconque en dehors de la ville d'où nous » pussions nous faire une idée de son étendue et de sa confi- » guration. Partout les arbres interceptent la vue, et, quant » aux abeilles domiciliées dans cette cité campagnarde, nous » les défions d'apercevoir leurs ruches, excepté d'en haut, » en les dominant presque verticalement; il faut donc bien » qu'elles sachent retrouver leurs demeures d'instinct »

Cette conclusion n'est cependant pas entièrement rigoureuse; il se peut très bien que les abeilles prennent note de certains points de repère, et se familiarisent peu à peu avec les lieux. Pour s'en assurer par expérience il faudrait leur couvrir les yeux, ou mieux encore, pour ne pas les effrayer, on pourrait déplacer une ruche et constater si les abeilles prennent leur essor librement comme d'habitude, ou s'il leur faut d'abord apprendre à se reconnaître. ;

C'est, du reste, ce qu'a fait M. John Topham, de Marlborough House, Torquay, et il rend compte de son expérience dans une lettre que l'on trouvera à la page 484 du 1X« volume du journal anglais Nature :

a Le 29 octobre 1873, à la tombée de la nuit, je déplaçai de

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