‹ L'intelligence des animauxChapitre 76 sur 122 · Les Passions ehe% les Animaux^ p · texte numérisé non relu

Les Passions ehe% les Animaux^ p

certain nombre de ruches sur des bateaux qui, sous la surveillance d'un gardi' n, descendent lentement les rivières, et qup malgré le déplacement continuel qui en résulte, les abeilles savent toujours retrouver leur demeure.

Ici je me permettrai d'ouvrir une parenthèse pour citer la seule observation dont je puisse garantir l'authenticité relativement à la dl.<tance que parcourent les abeilles en butinant. Le professeur Hugh Blackburn, de l'Université de Glasgow, constate la présence de ces insectes chaque printemps au moment de la floraison dans une serre à pêchers, alors qu'il n'existe pas à sa connaissance de ruche plus rapprochée que les siennes qui se trouvent à une distance de dix milles.

Somme toute, et à défaut de preuves autres que celle dont nous disposons, il nous faut bien conclure que le sentiment de la direction, dont quelques-unes des expériences de Sir John Lubbock ont établi Texistence incontestable chez les hyménoptères, est un facteur important de leur orientation dans leurs allées et venues au logis ; quoique, à en juger par d'autres expériences du même observateur, il ne saurait suffire parfois sans l'observation de certains points de repère.

Comme exemple de ce dernier cas, je citerai une observation de M. Bâtes, qui a remarqué que des Polistes car^ nifeœ de Santarem, en sortant de leur trou dans le sable, pour aller chasser les mouches dans la forêt, décrivent deux ou trois cercles dans Tair comme pour bien noter la position de leur logis afin de le retrouver sans difficulté. Le fait a été pleinement confirmé depuis par M. Belt. Il a constaté que ces guêpes relèvent avec le plus grand soin le gisement des objets dont elles veulent garder le souvenir et le récit de ses observations mérite par son intérêt d'être cité in exteyiso :

« Ayant remarqué une de ces guêpes des sables [Polistes D carnifex) qui faisait la chasse aux chenilles dans mon » jardin, je lui trouvai une proie de près d'un pouce de long » et la lui présentai au bout d'un bâton. Aussitôt elle s'en » saisit, et se mit à la mordre tout le long du corps depuis la » queue jusqu'à la tête. Lorsqu'elle l'eût transformée en une » espèce de pâte, elle la partagea en deux, fit une boulette de » l'une des moitiés et se mit en devoir de l'emporter. Mais » comme elle se trouvait au milieu d'un massif de petites » feuilles sur une plante grimpante, elle voulut tout d'abord

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» apprendre à reconnaître l'endroit où elle laissait l'autre » moitié. A.U lieu de s'envoler d'un trait, elle commença par » voltiger tout auprès pendant quelques secondes, puis elle se » mit à décrire des cercles, d'abord tout petits, en face du » point qu'elle aurait à retrouver plus tard, puis pliis grands, » de manière à faire le tour de la plante. Je la croyais partie ; y> mais elle revint encore jeter un dernier coup d'œil sur sa » cachette, puis elle s'envola pour de bon. Il est à supposer » qu elle ne fit que déposer son butin entre les mains de ses » compagnes au nid, car en moins de deux minutes elle était » revenue, fit le tour de la plante, vint se poser sur une » feuille près du chemin qui f.onduisait à sa proie et disparut » dans le feuillage. Or, les restes de la chenille se trouvaient » sur une feuille qui ne touchait pas à celle sur laquelle la » guêpe s'était posée, si bien qu'en courant à son butin cette » dernière glissa entre les deux et se perdit dans le massif. » Elle se dégagea promptement, et, ayant fait de nouveau >î le tour de la plante, revint se poser comme la première » fois, tout auprès de trois petites cosses que j'avais re- » marquées dès le commencement comme servant de point y> de repère et que l'insecte avait évidemment aussi relevées. » Cette fois encore Tespace qu'il fallait franchir pour at- » teindre la chenille sur sa feuille dérouta la guêpe. Pareille » mésaventure lui advint cinq ou six fois de suite, sans la » décourager ; chaque fois elle recommençait son manège, » tout en manifestant de l'humeur par l'intensité croissante » de son bourdonnement. Enfin le hasard lui ayant fait ren- » contrer sa proie, elle s'en saisit vivement, et comme il n'y » avait plus rien à ( mporter elle s'envola droit à son nid sans » plus se préoccuper de la nature des lieux. Voilà qui témoi- » gne d'une pensée intelligente et non d'un instinct aveugle ; » on s'étonne de voir en action chez un insecte le même genre » de procédé intellectuel que chez l'homme, constitué d'une » manière si différente* »

MÉMOIRE

En citant plus haut les observations de Sir John Lubbock, j'ai eu l'occasion de raconter comment une guêpe, qui était

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venue se régaler de miel dans sa chambre, s'était butée contre une fenêtre fermée qui donnait sur son nid, etcomm*»nt il lui avait fallu l'intervention de Sir John, à trois reprises différentes, pour arriver à concevoir que la fenêtre du côté opposé lui offrait une issue. — A sa quatrième visite, elle fit encore une tentative du côté de la fenêtre fermée, puis comme si elle se rappelait qu'il y en avait quelque part une autre oii elle n'avait pas à se buter contre un obstacle incompréhensible, elle fit deux ou trois fois le tour de la chambre et s'envola par la croisée ouverte, s'étant ainsi rendu compte par elle-même de la disposition de l'appartement et de la distinction à établir entre les deux croisées, elle voulut encore, comme par acquit de conscience, pousser une pointe les deux fois suivantes du côté où elle s'était trouvée arrêtée, mais s'apercevant que l'obstacle existait toujours, elle revint du même coup vers la fenêtre qu'elle savait libre. A partir de ce moment, elle sembla avoir reconnu que les circonstances lui imposaient un détour, et pendant les quarante voyages qu'elle fit encore ce jour-là, aussi bien que pendant les cent et quelques qu'elle fît les deux jours suivants, elle s'en revint toujours tout droit par la fenêtre ouverte.

Par contre, une autre guêpe, le lendemain même du jour où elle avait appris, comme la précédente, à sortir de la chambre de Sir John Lubbock, et où elle avait fait une cinquantaine de tournées dans l'espace de cinq heures, parut avoir oublié en partie son expérience de la veille.

« Ce n'était plus la même décision, dit Sir John ; constam- » ment il ^lui arrivait d'aller échouer contre la fenêtre fer- » mée. »

Comme point de ressemblance entre la faculté du souvenir chez ces insectes et la mémoire chez l'homme, remarquons en passant, qu'elle varie suivant les individus :

« Parmi les abeilles qui sortaient de la ruche par la petite » ouverture en poterne (c'est toujours Sir John qui parle), les » unes apprenaient en quelques leçons à la retrouver ; les >; autres n'y parvenaient qu'avec peine. Il y en eut même une » que j'eus beau faire rentrer par la poterne à plusieurs re- » prises, pendant les dix jours qu'elle vint au miel, c'est-à- » dire du 9 au 19 inclusivement sauf le 13, jamais elle ne sut » en retrouver l'ouverture. J'ai remarqué qu'une Ibis mises

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» en contact avec du miel, les abeilles y revenaient toujours » tôt ou tard. Ainsi, le 11 juillet 1874, par un temps lourd et » orageux qui semblait agacer les abeilles, j'en avais porté » une douzaine à Tassiette au miel. Il n'en revint qu'une ce » jour-là, et elle ne fit que deux visites ; mais le lendemain il » s'en présenta plusieurs. »

Cette observation a son importance, car elle prouve que les abeilles peuvent garder tout un jour pour le moins le souvenir de l'endroit où elles ont trouvé du miel, et qu elles y pensent plus ou moins, puisqu'elles y reviennent pour butiner.

Comme le principe de la continuité dans l'association des idées est, en quelque sorte le fondement de toute psychologie, il importe d'en étudier attentivement les premiers indices dans la mémoire des hyménoptères. Il parait certain que chez eux l'idée de localité n'est pas un élément indispensable de tout rapprochement de conception ; l'observation suivante de Sir John Lubbock en fait foi :

a J'ai pu garder un spécimen de Polisles gallica pendant » près de neuf mois. Cette guêpe se régalait volontiers sur » ma main, mais dans les commencements elle manifesta » quelque inquiétude en sortant soudard comme pour se tenir

» prête à piquer Peu à peu, elle parut s'accoutumer à

» moi, et quand je la prenais dans la main, elle semblait » compter sur un régal. J'en vins même à la caresser sans » Teffrayer, et pendant plusieurs mois, je ne lui vis jamais » sortir son dard. »

Voici encore une expérience du même observateur qui prouve l'existence de certains souvenirs en dehors de la mémoire des lieux. Sir John mit une abeille dans un bocal en verre dont le fond était tourné vers une fenêtre, et la laissa bourdonner pendant quelque temps contre la paroi transparente à travers laquelle elle cherchait à regagner le grand air. Il la dirigea ensuite vers l'ouverture, et lui ayant ainsi montré de quel côté il fallait sortir, il constata qu'elle savait désormais se tirer d'affaire toute seule. L'insecte s'était donc montré capable d'apprécier entre le verre et l'air une différence qui devait échapper à sa vue. Il s'était rappelé qu'en volant d'abord dans le sens opposé à la fenêtre, puis, dans le même sens, après avoir tourné le bord du bocal, il éviterait l'obstacle transparent qui rari*était ; ce qui diffèfé, comme acte mné-

nionique, de l'association de l'idée de miel ou de telle autre substance avec celle d'un lieu déterminé.

Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'une mouche placée dans les mômes conditions, ait su sortir spontanément du bocal. Il est vrai que dans un appartement les mouches ne volent pas toujours vers les fenêtres, et par suite, celle dont il est question aurait pu éviter le fond du bocal sans faire acte d'intelligence.

Pendant que j'en suis à citer des exemples de mémoire chez les hyménoptères, il me faut absolument revenir sur les observations de MM. Belt et Bâtes, dont j'ai parlé à la fin du paragraphe précédent, car elles prouvent que les polistes de Santarem [Polistes carnifex) prennent des précautions parfaitement évidentes pour se graver dans la mémoire le souvenir de l'endroit oii elles désirent retourner. M. Bâtes alfirme de plus, qu'après une inspection de ce genre, elles reviennent au même point sans la moindre hésitation, après une heure d'absence. Il est également démontré par le récit de M. Belt, que l'insecte sait, à l'occasion, relever ses points de repère avec beaucoup de minutie, si bien, qu'à son retour, le fouillis le plus inextricable n'( s' pas pour lui faire perdre son assurance.

Quant à la durée du souvenir, Stickenez raconte que des abeilles que l'on avait établies dans une ruche, continuèrent pendant plusieurs années à essaimer dans le trou qu'elle s avaient occupé sous un toit avant leur déménagement.

Huber rapporte également un fait analogue. Il avait mis un pot de miel à la disposition des abeilles, sur sa fenêtre, pendant l'automne. L'hiver venu, il enleva le miel et ferma les volets. Quand il les rouvrit au printemps, les abeilles se présentèrent de nouveau à la fenêtre, quoiqu'il n'y eût plus de miel.

Ces deux exemples sont plus que suffisants pour démontrer que la mémoire des abeilles est comparable à celle des fourmis qui, nous l'avons vu, peuvent gaider un souvenir pendant plusieurs mois au moins.

Émotions.

U résulte d'expériences faites par Sir John Lubbock, que

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