HABITUDES GÉNÉRALES
chaque millésime, les malades, les aliénés et autres bouches inutiles? Personne n'a jamais, que je sache, attiré l'attention sur la difficulté du problème que présente cet instinct du massacre chez les guêpes, et, du reste, je n'en parle que pour faire remarquer qu'elle est encore plus grande que dans le cas des abeilles. Pour mon compte je ne vois d'autre manière de la surmonter qu'en supposant qu'à une époque antérieure, ou sous d'autres climats, les guêpes ont pu vivre tout l'hiver comme les abeilles, et que l'instinct qui les pousse à exterminer leurs nymphes et qui était alors tout à leur avantage (comme il profite actuellement aux abeilles), a survécu aux modifications de leur existence.
Quelques jours avant l'essaimage, il se produit un grand mouvement, accompagné de force bourdonnements, dans la ruche dont la température monte de 92^ à 104° Fahr. Des éclaireurs s'en vont en reconnaissance pour découvrir un emplacement convenable pour la nouvelle colonie, puis ils reviennent guider l'essaim qui quitte la ruche avec la reine, tandis que le reste des abeilles s'occupent de l'élevage des larves. A mesure que ces dernières arrivent à maturité, elles forment .un essaim et s'en vont à leur tour. Suivant Bùchner, les « essaims de seconde classe » n'ont point d'éclaireurs et volent à l'aventure avec leurs jeunes reines; il leur manque l'expérience et la sagesse de leurs aînées. Le même auteur nous renseigne sur la manière dont les éclaireurs d'essaims de première classe poussent leurs reconnaissances.
« M. de Fravière, dit-il, eut occasion de constater leur » prudence et la précision de leurs procédés. Il avait placé » une ruche vide et d'un genre tout nouveau sur le devant de » sa maison, de manière à pouvoir observer tout ce qui se » passerait au dedans ou au dehors sans se déranger et sans » déranger les abeilles. Tout d'abord il en vint une qui se » mit à examiner l'édifice. Après en avoir fait le tour et » palpé l'extérieur de ses antennes, elle se posa sur la plan- » chette et fit une visite minutieuse à Tintérieur qu'elle sonda » de tous côtés. Satisfaite de son inspection, elle s'en alla » chercher une cinquantaine d'amies qui, comme leur guide, » se livrèrent aux investigations les plus complètes. Appa- » remment que le résultat fut aussi heureux que la première » fois, car bientôt tout un essaim vint s'établir dans la ruche.
iliS ABEILLES ET GUÊPES
» Mais il est encore plus curieux de noter les procèdes des » éclaireurs qui prennent possession d'une ruche ou d'une » boîte pour un essaim qui se prépare ou qui est d(^jà en » mouvement. Bien que le nouveau logis soit encore inha- ' » bité, ils ne l'en considèrent pas moins comme acquis à leur » communauté, veillent à sa défense contre étrangers ou' » ennemis, et s'évertuent avec un soin méticuleux à le mettre » en état de propreté. Ils précèdent quelquefois l'essaim de r> huit jours. »
Guerres — C'est l'espoir du butin qui, la plupart du temps, pousse les abeilles comme les fourmis, à se faire la guerre; et les faits irrécusables que rapportent de nombreux observatours dénotent une forte dos3 d'intelligence de la part des « abeilles brigands ». Le but de ces dernières est de ramasser du miel à peu de frais en pillant d'autres ruches. Parmi ces larrons, il y en a qui procèdent solitairement, d'autres qui agissent de concert. L'abeille chez laquelle l'inclination au vol s'est développée isolément, ne peut avoir recours à la violence pour piller une colonie étrangère, il lui faut agir à la dérobée. « Leur air, la manière circonspecte » dont elles se glissent dans la ruche, montrent qu'elles se » rendent compte de leur mauvaise action ; tandis que les » abeilles propriétaires légitimes du logis entrent d'emblée et » franchement, comme c'est leur droit. » Qu'un de ces larrons solitaires réussisse à se saisir de butin, l'exemple devient contagieux; d'autres membres de la communauté l'imitent et ainsi toute une tribu peut en venir à s'adonner à la maraude. Dans ce cas le vol se fait à main armée ; les pillards se précipitent en masse sur la ruche, livrent bataille aux habitants et s'ils ont dessus, s'en vont chercher la reine et la mettent à mort, ce qui démoralise l'ennemi et met la ruche à leur merci. Il est à remarquer qu'après un succès de ce genre, l'esprit de conquête ne fait que se développer, les abeillesbrigands se passionnent pour le vol, et finissent par constituer de redoutables tribus de pillards. Quant aux habitants de la ruche assiégée, une fois vaincus et privés de leur reine, non seulement ils cessent toute résistance, mais souvent encore ils passent à l'ennemi, l'aident à rompre les cellules et à transporter le miel à son logis. <t Après avoir vidé une ruche, » la bande s'en prend à une autre et ainsi de suite, à moins