‹ L'intelligence des animauxChapitre 87 sur 122 · Introduction à VEntomologie^ II, p · texte numérisé non relu

Introduction à VEntomologie^ II, p

a Voyons, dit-il, si ce n'est pas dans le grand principe des » gradations que la nature nous révèle sa méthode. Voici les » deux extrêmes d'une courte série; en bas de réchelle, les » abeilles sauvages, qui enferment leur miel dans leurs vieux » cocons et parfois aussi dans de petits tubes en cire ou » dans des cellules isolées, de forme arrondie mais très irré- » gulière ; en haut, les abeilles à ruche avec leurs cellules sur

» deux couches Entre les cellules perfectionnées de Tune

a et les cellules d'une simphcité primitive de l'autre, se ran- » gent celles de l'abeille mexicaine, Mclipona domestica, que » Pierre Huber a décrites et représentées avec le plus grand

» soin Cet insecte construit un rayon à peu près ré-

» gulier de petits cylindres en cire, dans lesquels les jeunes » éclosent. et de plus un certain nombre de cellules plus » vastes servant de réceptacles à miel. Celles-ci sont presque » sphériques, et sensiblement égales comme grandeur ; il n'y » a, du reste, aucun ordre dans leur assemblage. Mais ce » qu'il importe de remarquer, c'est qu'espacées comme elles » le sont, ces cellules ne manqueraient pas de s'intersecter, » si les abeilles achevaient de leur donner la forme sphérique, 9 ce qu'elles n'ont garde de faire ; au contraire, là où elles » prévoient une intersection, elles insèrent entre les sphères » des cellules à parois planes, si bien que chaque cellule pré- )j sente une surface sphérique à l'extérieur et une ou plu- » sieurs surfaces plates suivant le nombre des cellules aux- » quelles elle adhère. Les sphères étant à peu près de môme » grandeur, il arrive souvent à une cellule de reposer sur » trois autres, et dans ce cas, les trois surfaces plates forment » une pyramide qui, comme la fait remarquer Huber, imite » grossièrement, mais d'une manière évidente, la base à trois » faces des cellules de l'abeille de ruche

» En réfléchissant, Tidée me vint que si la Mélipone espa- » çait ses sphères à distance Tune de l'autre, leur donnait » une grandeur uniforme et en formait un assemblage symé- » trique en deux couches, elle produirait certainement un » rayon aussi parfait que celui de l'abeille à ruche. En con- » séquence je m'adressai à M. le professeur Miller, de Cam- » bridge, et avec les renseignements que ce géomètre voulut ' » bien me donner, je pus établir certaines conclusions dont il » me certifie l'exactitude. »

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Darwin cite ces conclusions qui confirment entièrement sa théorie, après quoi il ajoute :

« Nous sommes donc autorises à croire que si Ton pouvait » modifier quelque peu les instincts actuels de la Mélipone, » instincts qui n'ont rien de bien remarquable, cette abeille » s'acquitterait d'un travail aussi merveilleux que celui de » Tabeille à ruche. 11 n'y a pour cela qu'à lui supposer la » capacité nécessaire pour construire des sphères parfaites et » égales; chose assez simple puisqu'elle possède déjà lesélé- » ments de cette faculté et que d'ailleurs nombre d'insectes » pratiquent des perforations parfaitement cylindriques, sans » apparence d'autre expédient que celui de tourner sur un » point comme centre. Il faudrait, en outre, qu'elle établisse » ses cellules sphériques à niveau, disposition qu'elle adopte » déjà pour ses tubes de cire; et enfin qu'elle juge avec pré- » cision à quelle distance de ses camarades il lui convient de » travailler lorsqu'elles sont plusieurs à construire leurs » sphères. Ce dernier point est le plus difficile à concéder; » mais rappelons-nous que Tinsecte sait déjà espacer ses cel- » Iules insuffisamment pour qu'elles s'entrecoupent, et qu'aux » intersections elle construit des parois parfaitement planes. » C'est donc, à mon avis, par suite de modifications d'ins- » tinct de ce genre, aboutissant en somme à des facultés qui » ne sont guère plus remarquables que celles qui permet- » tent à l'oiseau de bâtir son nid, que la Nature a fini par » faire de l'abeille à ruche Tarchitecte achevé que nous con- » naissons *. »

Mais, Darwin ne s'en tint pas là. Pour mettre sa théorie à l'épreuve, il introduisit des plaques de cire dans une ruche et put constater que les abeilles opéraient sur elles comme le comiK)rtaient ses prévisions; c'est-à-dire qu'elles commençaient par creuser de petits trous également distants les uns des autres et espacés de manière à ce que leurs parois s interseotitôsent une fois la grandeur normale d'une cellule atteinte. Quand elles en arrivaient à ce point, elles cessaient de creuser pour se mettre à construire des parois suivant les plans d'intersection. D'autres expériences faites avec des tablettes de cire de couleur vermillon et de peu d'épaisseur,

1. Origine du espèeet. Instinct de la construction celklaire.

<6i ABEILLES ET GUÊPES

démontrèrent que les abeilles travaillaient avec une vitesse à peu près uniforme et de chaque côté des tablettes, de sorte que chaque paire de trou se faisant vis-à-vis avait un fond commun et plat. Ces fonds, autant que Ton en pouvait juger, « se trouvaient exactement dans le plan imaginaire d'mtersection des perforations de sens opposé » et par conséquent, si répaisseur des tablettes avait permis aux abeilles de donner à leurs excavations la profondeur (et le diamètre) de cellules ordinaires, l'intersection combinée des fonds adjacents et opposés aurait donné lieu à des fonds en pyramide, comme dans Texpérience avec une plaque de grande épaisseur.

En recouvrant en partie de cire rouge les cellules en voie de construction Darwin put également s'assurer qu'Huber avait eu raison d'affirmer que plusieurs abeilles travaillent à tour de rôle aux différentes cellules; grain à grain, elles enlevaient la cire de l'endroit où on l'avait mise pour l'incorporer tout autour des parois grandissantes des cellules aussi habilement qu'un peintre étalant de la couleur avec son pinceau.

Ayant exposé son système, Darwin conclut en ces termes :

a Le travail, dit-'il, semble résulter d'un accord entre plu- » sieurs abeilles, qui, guidées par leur instinct, se tiennent » à la même distance les unes des autres et s'efforcent de » décrire des sphères égales dont elles cloisonnent les plans » d'intersection. »

Non seulement cette théorie suffit à toutes les explications, mais elle se trouve entièrement confirmée par l'expérience et l'observation, et a bien par conséquent le caractère d'une démonstration rigoureuse. Elle diffère de celle de Buffon en ce qu'elle embrasse toutes les circonstances et les explique par l'effet d'une cause vraisemblable. A la « pression » fortuite du grand naturaliste, elle substitue un principe bien ordonné ; celui de la sélection naturelle. Mais on peut attribuer à l'effet d'une pression arbitraire, sinon la formation de cellules hexagonales à fond pyramidal d une symétrie parfaite, du moins l'intersection des cellules cylindriques de maintes espèces d'abeilles, telle que les Mélipones qui existaient autrefois. Or chaque intersection de ce genre, résultant de l'encombrement d'un nid, devait nécessairement produire une économie dans la consommation de la cire, [»ar la substitution

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