ARCHITECTURE
d'une simple cloison à deux parois cylindriques. Dès lors on voit comment la sélection naturelle aura pu pousser au développement d'un instinct tendant au rapprochement, c'est-à-dire au croisement des cellules ; instinct qui, s'étant perfectionné par la force môme des choses, aurait son apogée dans l'abeille de ruche.
Et en effet, comme le remarque très bien Darwin, m la fa- » brication de la cire est une grosse affaire pour les abeilles, » et il est reconnu qu'elles éprouvent souvent quelque diffi- » culte à se procurer une quantité suffisante de nectar. » M. Tegetmeier m'apprend que, d'après des expériences » faites à ce sujet, une ruche consomme de douze à quinze » livres de sucre à l'état solide pour fabriquer une livre de » cire ; de sorte que pour en sécréter la quantité nécessaire à » la constitution de leurs rayons, il faut que les abeilles d'une » ruche ramassent et absorbent une quantité prodigieuse de » nectar. D'ailleurs, nombre d'abeilles sont condamnées à » plusieurs jours d'inaction pendant que la sécrétion s'o- » père. . . Donc les abeilles sauvages gagneraient beaucoup à » donner à leurs cellules plus de régularité, à les rapprocher » et à les agglomérer comme les Mélipones, car alors une » portion considérable de la surface de chaque cellule ser- » virait de parois aux voisines, d'où résulterait une grande » économie de travail et de cire. De môme, et pour la môme » raison, les Mélipones auraient intérêt à resserrer leurs » cellules et à s'astreindre à plus de régularité dans leur ?/ construction ; les surfaces sphériques seraient remplacées » par des surfaces planes, et il en résulterait un rayon aussi » parfait que celui de l'abeille de ruche. Ce point atteint, la » sélection naturelle ne saurait conduire au delà, puisque, » selon toute apparence, le rayon de l'abeille de ruche réa- » lise le maximum d'économie au point de vue du travail et » de la consommation de cire. »
Voilà donc l'origine et le perfectionnement de l'instinct de la construction cellulaire, expliqué d'une manière complète et définitive. Mais s'il y a lieu d'attribuer cet instinct à l'action de la sélection naturelle, il faut cependant reconnaître qu'il n'est pas purement mécanique et qu'il subit constamment un contrôle intellectuel. Darwin en fournit un exemple : o C'était, dit-il, un spectacle curieux, quand une
» difficulté se présentait, comme lorsque deux morceaux de » rayon faisaient angle à leur jonction, de voir les abeilles » défaire et refaire la même cellule à plusieurs reprises et » parfois en revenir à une forme qu'elles avaient tout d'abord » condamnée *. »
Iluber, de son côté, raconte qu'une abeille occupée à bâtir sur de la cire que ses camarades avaient déjà façonnée, s'y était mal prise, de sorte qu'au lieu de continuer l'édifice suivant le plan de ses devancièrps, elle lui avait imprimé une direction oblique qui produisait un vilain angle « Une autre » abeille s'en aperçut, démolit sous nos yeux toute la partie » mal construite et en confia les matériaux aux premiers ar- » chitectes dans l'ordre voulu, afin que la direction première » lut rigoureusement suivie. »
Citons aussi le passage suivant tiré de Biîcliner : « Si les abeilles, dsns leurs constructions, suivaient d'ins- » tinct un plan immuable, les cellules ne manqueraient pas 7> d'avoir toutes la même forme, tandis qu'elles varient con- » sidérablement entre elles II n'est presque pas de rayon » qui n'en contienne d'inachevées ou de forme irrégulière, » surtout au point de rencontre des différentes divisions. Ces » petits architectes commencent toujours leurs opérations en » plusieurs points à la fois, ce qui leur permet d'aller plus » vite et de travailler en plus grand nombre; à cet effet, ils » construisent de haut en bas des espèces de troncs de cône » aplatis ou de pyramides pendantes qu'ils réunissent ensuite » pendant l'hiver. Or, le long des joints, le rapprochement » de certaines cellules, rallongement démesuré des autres, » produisent forcément des irrégularités. 11 s'en présente » également dans les deux ou trois rang'^es de cellules qui » servent de passage enlre les grandes cellules de cire dite » tf à bourdons » et celles des neutres ; ainsi que parmi les » cellules qui rattachent les rayons aux parois de verre des » ruches. Enfin, quand la nature des lieux ne permet pas aux » abeilles de suivre leur plan habituel, loin de s'y entêter elles » savent fort bien s'adapter aux circonstances et modifier, » comme il convient, la structure de leurs cellules et de leurs » rayons. F. Huber s'ingénia plusieurs fois à mettre leur