Mémoires sur les Insectes, tome VI, page
MOEURS PARTIGI'UËRES 109
l'autre cloison, dont la destruction serait fatale aux larves qui ne sont point encore arrivées à maturité.
V Abeille cardeuse entoure son nid d'une couche de cire qu'elle recouvre d'une mousse épaisse. Elle travaille de concert avec plusieurs compagnes qui forment comme une chaîne et se passent les débris de mousse. Un long passage conduit au nid et l'on prétend que l'entrée de ce tunnel est gardée par un poste qui repousse les fourmis et autres intrus.
Guêpes. — Ces insectes se servent généralement, pour construire leurs nids, de poussière de bois qu'ils se procurent en raclant la surface de pièces de bois qui ont souffert des intempéries de l'air, et dont ils font, avec l'aide de leur salive, une espèce de papier mâché. Elles utilisent également les morceaux de papier qu'elles trouvent, reconnaissant sans doute en eux une substance analogue à celle qu'elles fabriquent. Comme elles ne font pas de provisions pour Thiver, elles n'ont pas besoin de magasin à miel; aussi ne construisent-elles que des cellules à larves, de forme parfois cylindrique ou sphérique, mais plus généralement hexagonale, comme celle qu'affectent les abeilles à ruche. Leur manière de procéder, tout en différant de celle des abeilles, permet de croire qu'en l'analysant avec soin, on y trouverait Tapplication de la théorie par laquelle Darwin explique la transition de la forme cylindrique à la forme hexagonale, formes qui se rencontrent constamment dans un même nid.
La Guêpe maçonne bâtit son nid en terre glaise et le suspend à une branche d'arbre. D'après M. Bâtes, à qui l'on doit la description de cet insecte, chaque fois qu'elle apporte une boulette de terre, elle la place sur la paroi qu'elle est en train de construire, l'étalé avec ses mâchoires et l'aplanit avec ses pattes. Quand le nid est fini, elle y met une provision d'araignées et autres insectes qu'elle a préalablement paralysés en les piquant. Le reste de vie qu'elle leur laisse sert à les conserver jusqu'au moment où les larves en font leur pâture.
Les Guêpes bouchères ont recours au môme expédient pour conserver leur proie. Quand elles reviennent à leur nid avec le produit de leur chasse, elles le déposent toujours à l'entrée pour aller d'abord s'assurer qu'aucun ennemi ne s'est glissé à l'intérieur pendant leur absence. Fabre raconte qu'ayant
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VU une guêpe du genre Sphex entrer dans son trou, il en-* leva la sauterelle morte ou paralysée qu'elle avait déposée à rentrée, et la plaça en un point assez éloigné. Lorsque l'insecte sortit de sa demeure, il se mit à chercher sa proie de tous côtés, et l'ayant enfin trouvée, il revint avec elle et la déposa comme la fois précédente, pour aller faire sa tournée à rintérieur. Quarante fois de suite, Fabre lui joua le même tour sans qu'elle modifiât, en aucune manière, sa façon, d'agir; chaque fois elle revint avec sa proie jusqu'à l'entrée de son logis, et pénétra seule à l'intérieur pour l'inspecter.
M. Mivart, dans ses Leçons tirées de la Nature, fait observer que l'instinct qui pousse cet insecte à piquer le ganglion de sa victime, ne trouve pas son explication dans la théorie Darwinienne de l'origine des instincts. Dans mon prochain ouvrage je m'occuperai de cette théorie, et j'aurai à examiner l'objection de M. Mivart et la question que Darwin luimême a soulevée, à savoir : pourquoi y a-t-il des instincts chez les insectes neutres, eux qui ne paraissent avoir aucun moyen de communiquer à l'espèce, par hérédité, les instincts acquis par l'individu?
Intelligence générale.
Je citerai d'abord à ce sujet les observations de Sir John Lubbock, et pour commencer, celles qui ont trait à la faculté d'orientation :
a J'ai constaté, dit-il, que certaines abeilles sont bien )) plus intelligentes que d'autres sous ce rapport. Une abeille » que j'avais régalée plusieurs fois et qui avait voltigé à » travers ma chambre, réussit à s'échapper du bocal au » bout d'un quart d'heure la première fois ; la seconde fois, » elle en sortit aussitôt mise. Une autre abeille venait au » miel par une fenêtre ouverte toutes les fois qu'il m'arri- » vait de fermer la petite porte de la ruche.
)) En somme, les abeilles me paraissent moins sagaces en » matière de découvertes que je ne m'y attendais. Un jour » que plusieurs d'entre elles étaient fort occupées à butiner » sur une épine vinette (c'était le 14 avril 1872), je mis du » miel dans une soucoupe que je plaçai entre deux touffes
INTELLIGENCK GÉNÉRALE 171
» de fleurs très rapprochées Tune de l'autre. Il était alon \ » 9 h. 30 ; à 3 h. 30, quoique les fleurs eussent été fort » couraes, pas une abeille n'avait encore fait attention au » miel. J'en mis alors un peu sur l'une des touffes de fleurs ; T> aussitôt, les abeilles se mirent à le sucer avec avidité et » d'eux d'entre elles y prirent tellement goût que passé » 5 heures du soir, elles y revenaient encore.
» En rentrant chez moi, une après-midi, je trouvai au » moins une centaine d'abeilles qui avaient pénétré dans » ma chambre par la poterne de la ruche et s'étaient toutes » portées à la fenêtre sans s'être aperçues d'un pot de miel » qui se trouvait à l'ombre dans un coin à environ trois D pieds et demi de la fenêtre.
» Le 29 avril 1872, de 10 heures du matin à 6 heures du » soir, de toute une bande d'abeilles qui butinaient sur des » pieds de myosotis, une seule vint visiter une soucoupe de » miel que j'avais placée tout auprès.
» Une autre fois, à 10 h. 30 du matin, je mis du miel dans » un trou du mur qui faisait face aux ruches; ce mur avait » environ cinq pieds de haut et n'était éloigné des ruches y> que de quatre ; les abeilles ne découvrirent rien de toute » la journée.
D Le 30 mars 1873, à 9 h. du matin par un beau soleil, » alors que les abeilles déployaient la plus grande activité, » je plaçai un verre contenant du miel sur le mur vis-à-vis » des ruches ; la journée se passa sans qu'une seule abeille » s'en avisât. Le 20 avril, je répétai l'expérience avec le T> même résultat.
» Le 19 septembre, le contenu d'un verre à miel, placé » à 9 h. 30 du matin, juste en face d'une ruche à environ » quatre pieds de distance , n'attira l'attention d'aucune » abeille pendant le reste du jour.
» Comme je pensais que l'on pourrait m'objecter que la » faute en était au miel s'il n'attirait pas les abeilles, je le » remis encore sur le mur pendant trois heures le jour sui- » vant, puis comme aucun insecte n'y venait, je le plaçai tout » près de la planchette de la ruche. Au bout d'un quart » d'heure, deux abeilles l'aperçurent, et bientôt il s'en pré- » senta d'autres en assez grand nombre... En définitive, je » trouve que les guêpes savent mieux découvrir un chemin
» que les abeilles. Celles que je soumis à l'épreuve de la » cloche de verre (dont il a été question dans le paragraphe » sur la Mémoire), en sortirent sans difficulté. »
Deux autres passages également empruntés à Sir John Lubbock me serviront à compléter ce résumé de ses observations. En voici un :
« 11 est un fait, dit-il, qui ne laissa pas de me frapper. Un » jour la guêpe dont j'ai déjà parlé s'englua les ailes avec » du sirop si bien qu'elle ne pouvait plus voler. J'avais déjà » vu la même chose arriver à des abeilles, et je n'avais eu » en pareil cas qu'à les mettre sur la planchette de la ruche ; » leurs camarades les avaient promptement nettoyées. Mais » ne connaissant pas le nid de la guêpe je ne pouvais avoir » recours à cet expédient et je croyais bien que c'en était » fait de Tinsecte. Cependant, Tidée me vint d'essayer de la » laver, m'attendaiit bien à ce que les terreurs de l'opéra- » tion lui ôtassent toute envie de venir désormais. Bref, je » la mis d'abord dans une bouteille à moitié pleine d'eau » que je secouai jusqu'à ce que le miel lut complètement » dissous, puis dans une bouteille vide en plein soleil. Quand » elle eût bien séché, je lui rendis la liberté, or treize » minutes s'étaient à peine écoulées qu'à ma grande surprise y> je la vis revenir comme si de rien n'était, et, qui plus est, » elle multiplia ses visites pendant toute l'après-miJi.
» Vivement intéressé par le résultat de cette expérience, » je la répétai, avec une autre guêpe marquée dont je pro- » longeai l'immersion dans l'eau jusqu'à ce qu'elle fut de- » venue insensible. Une fois hors de l'eau, elle se rétablit » rapidement, fit honneur au régal que je lui offris et s'en » retourna tranquillement à son nid. Elle revint au bout » d'un certain temps, comme d'habitude, et le lendemain » matin elle fut la première à se présenter.
» Je ne pus observer ces guêpes que pendant quelques » jours ; mais je réussis à en garder une de l'espèce Polisies » gallica pendant l'espace de neuf mois. »
C'est di cette dernière qu'il a été question dans le paragraphe sur la Mémoire ; se montrer susceptible d'un pareil apprivoisement, c'était bien certainement de la part de l'insecte faire preuve d'une intelligence générale assez déveoppée ; les instincts héréditaires avaient subi de notables
modifications au cours de l'expérience individuelle résultant de rapprivofsement.
Voici maintenant l'autre passage auquel j'ai fait allusion :
« On entend souvent dire que les abeilles d'une ruche se » connaissent, et que tout intrus qui pénètre parmi elles est » immédiatement découvert et pris à partie. De prime abord, » il semble qu'il y ait là preuve de beaucoup d intelligence. » Mais il se peut que chaque ruche ait son odeur caracté- » ristique. — Langshalft, dans son traité sur l'abeille à miel, » dit que les membres d'une communauté reconnaissent leurs » concitoyens par l'odorat, et qu'en aspergeant différentes » colonies de sirop parfumé, on pourrait, vraisemblablement, » les mêler sans danger. D'ailleurs, ajoute-t-il, autre chose est » une abeille qui s'en revient à son domicile légal chargée de » butin, autre chose une maraudeuse affamée; on dit même » qu'une abeille pourvue de miel peut pénétrer impunément » dans une ruche étrangère... Et puis une abeille voleuse vous » a je ne sais quel aspect fripon qui doit la révéler à un œil » exercé, de même que pour un agent adroit un pick -pocket » se trahit par ses allures. On ne peut se méprendre à son air » furtif et inquiet, reflet d'une conscience mal à l'aise. En tout » cas, la surprise et l'alarme qu'une abeille qui pénètre par » hasÉ^rd dans une ruche, doit naturellement manifester, suf- » firaient sans doute à la trahir.
» Aussi le l'ait d'une reconnaissance mutuelle entre abeilles » ne constitue-t il pas, à mon avis, une preuve d'intelligence à » laquelle on puisse attacher grande importance.
» Quant à Tavidité avec laquelle ces insectes recherchent le » miel, elle résulte plutôt de leur zèle pour le bien public que de » l'envie de se procurer une jouissance personnelle; ce n'est » donc pas à proprement parler de la gourmandise. Néanmoins, » à en juger par ce que nous voyons tous les jours, ce n'est pas y> un côté du caractère de l'abeille qui témoigne de beaucoup > d'intelligence. Elle ne sait pas résister à un appât, et se » précipite follement là où ses camarades ont trouvé la mort, » sans souci de leurs cadavres auxquels elle vient ajouter le M sien. Pour se faire une idée d'un pareil aveuglement, il faut » avoir assisté à l'invasion d'une boutique de pâtissier par » des myriades d'abeilles affamées. J'en ai vu des milliers que » l'on retirait du sirop où elles avaient péri, tandis qu'il en
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» venait encore par bandes innombrables se jeter sur les » sucreries même en ébiillition, sur le plancher qu'elles cou* » \raient, sur les fenêtres qu'elles obscurcissaient, les unes » se traînant par terre, ou volant, les autres embarbouillées » et incapables de bouger et pas une sur dix à même d'em- » porter le fruit de son larcin. »
Passons maintenant aux autres observateurs. Huber, le premier, remarqua que quand une ruche est attaquée par le Sphinx à tôte-^de-mort, les abeilles lui en ferment rentrée par une barrière de cire et de propolis dans laquelle elles pratiquent un trou juste assez grand pour les laisser passer et par conséquent trop petit pour leur ennemi. En rapportant son observation, il a soin de nous dire que ce ne fut qu'après avoir essuyé plusieurs attaques, que les abeilles eurent recours à leur barricade. Si elles avaient agi purement d'instinct, elles auraient adopté d'emblée cet expédient. Huber constata également qu'une de ces barrières construite en 1804 fut démolie en 1805, année, qui ainsi que la suivante, ne produisit pas de phalène à tête-de-mort. Mais pendant l'automne de 180*7, cet insecte apparut en nombre, et aussitôt les abeilles se barricadèrent contre leurs ennemis. L'année suivante, elles rasèrent de nouveau leurs fortifications.
A la page 280 du tome II de ses Observations sur les Abeilles, le même observateur cite un fait qui a toute l'apparence d'une action raisonnée, c'est-à-dire impliquant la faculté de conclure du particulier au général. Un fragment s'étaH détaché d'un rayon; les abeilles, après l'avoir consolidé avec de la cire dans sa nouvelle position, s'étaient évidemment dit que ce qui était arrivé à l'un pouvait arriver aux autres, car elles renforcèrent les attaches de tous les rayons. Le fait était curieux, et Huber avoue qu'il ne put réprimer son étonnement en présence d'une manifestation d'un caractère si purement rationnel en apparence.
Nous trouvons d'ailleurs dans Watson (Du raisonnement chez les animcmœ, page 448), un exemple du même genre mais plus remarquable encore, que l'auteur dit avoir emprunté au livre du docteur Brown sur les abeilles.
« Les attaches d'un des rayons du centre d'une ruche » avaient cédé sous le poids d'un excédent de miel, et le rayon x> s'était trouvé porté contre un au^e, si bien que les abeilles
» ne pouvaient plus passer entre les deux. Cet accident occa- » sionna beaucoup d'émoi dans la colonie et sitôt qu'il fut » possible d'obstîrver ce qui se passait à Tinlérieur, on put » constater que les abeilles avaient construit horizontalement » entre les deux rayons deux poutres et retiré, au dessus y> d'elles, assez de miel et de cire pour se faire un passage ; » une autre poutre servait à maintenir le rayon qui s'était » détaché et de nouvelles attaches en cire l'assujettissaient à » la fenêtre. Mais le plus étonnant, en tout ceci, c'est qu'une » fois le rayon solidement établi, les abeilles enlevèrent les » premières poutres qui n'avaient plus de raison d'être. Ce » fut l'affaire d'eftviron dix jours de travail. »
De même Darwin, dans son manuscrit, cite un cas presque analogue qui se trouve à la page 88 des Recherches psychologiques de sir B. Brodie (édition de 1854) et que voici :
« Un fragment considérable de rayon, en tombant, était » venu s'enchevêtrer au niilieu de la ruche. Aussitôt les » abeilles se mirent à eh construire un autre sur le plancher » pour soutenir le fragment et l'empêcher de descendre plus » bas ; puis elles s'occupèrent de relier le fragment au rayon » dont il s'était détaché en comblant l'intervalle. Gela fait, » l'édifice qui avait été élevé sur le plancher fut enlevé ; ce » qui montre bien qu'en le construisant les abeilles ne le » destinaient qu'à un usage temporaire. »
Voici encore une remarque générale du docteur Dzierzon, éleveur expérimenté, qui le premier découvrit la parthénogenèse des abeilles :
« A voir, dit-il, ces insectes réparer les avaries de leurs » cellules et de leurs rayons, élever des piliers pour soutenir » les portions qu'un accident a fait se détacher, les river pour » ainsi dire en place et reconstituer le tout , construire D des ponts suspendus , fabriquer chaînes et échelles, on » s'étonne forcément de leur sagacité. »
Enfin voici qui confirme tout ce qui précède :
<t Les abeilles, dit Jesse *, montrent à surmonter l'embarras » que leur cause la surface glissante du verre une habileté » qui dépasse ce que l'on peut concevoiren fait d'instinct. J'ai
i. Bhûnmfs, vol I, pa^s 22-13 (3* édilioo).
» coutume de mettre sur mes ruches de paille de petits » globes de verre que je veux faire remplir de miel ; et j'ai » toujours remarqué qu'avant de commencer à construire les » rayons, les abeilles ne manquaient jamais de disposer à in- » tervalles réguliers une quantité de petites plaques de cire » qui leur donnent prise sur la surface glissante du verre. » Chacune d'elles se cramponne à lune de ces plaques avec » ses pattes du milieu et avec celles de devant aux jambes de » derrière de l'abeille qui est au-dessus d'elle. Ainsi se forme » une échelle qui permet aux travailleuses d'arriver jusqu'en » haut pour y commencer leurs rayons. »
Dans sa brochure sur Les abeilles et leur élevage en Italie (Berlin, 1855), M. Kleine dit que, si pendant l'absence des abeilles, on substitue une ruche avec des rayons vides à la leur, elles manifestent à leur retour la plus grande perplexité. Tout d'abord , comme la nouvelle ruche se trouve exactement à la place de Tancienne, les insectes y pénètrent sans soupçon. — Mais une fois à l'intérieur, ils s'arrêtent à la vue des rayons vides, « ne s'y reconnaissent plus, ressor- » tent sans déposer leur butin, prennent leur volée, font le » tour du rucher avec beaucoup de soin, pour s'assurer » qu'elles n'ont pas fait erreur, puis convaincues qu'elles sont » bien au bon endroit, elles rentrent. Mais ce n'est qu'après » avoir répété ce manège bien des fois qu'elles finissent par se » résigner à un état de choses auquel elles ne comprennent » rien, et alors elles se décident à déposer leur butin et va- » quent aux différents travaux que réclament les circons- » tances. Comme chaque nouvelle arrivante se comporte de » môme, il en résulte une confusion qui dure jusque bien » avant dans la soirée, et l'inquiétude manifestée par les » abeilles est telle qu'un éleveur ne peut la contempler sans » un sentiment de profonde sympathie. »
Si l'on introduit une nouvelle reine dans ces circonstances, elle est vite adoptée par les abeilles « qui, en arrivant dans une » demeure étrangère, sentent qu'elles n'y ont aucun droit et » sont trop pénétrées de l'erreur qu'elles ont commise, pour » en vouloir à la reine qu'elles trouvent sur les lieux ; peut- » être, pensent-elles, que c'est par tolérance qu'on ne leur fait » pas payer leur intrusion et qu'elles ont lieu d'être recon- » naissantes d'un bon procédé qui ne leur est pas familier ».
Aussi M. Kleine a-t-il recours à l'expédient de la substitution des ruches quand il veut faire un échange de reines. .
Bùchner fait allusion à l'exemple qui précède et en ajoute un autre que voici :
« Un coup de vent avait renversé une ruche en paille dans » le rucher d'un éleveur ami de l'auteur et dont le nom ne » tardera pas à être connu, alors que les abeilles étaient en » pleine besogne, et il en était résulté un désordre considé- » rable à l'intérieur. Le propriétaire fit les réparations néces- » saires, remit en place un rayon qui s'était détaché et ré- » tablit la ruche de manière à ce qu'elle ne donnât plus prise » au vent, dans l'espoir que l'accident n'aurait pas d'autres » suites. Mais quand il examina la ruche à quelques jours de » là, il la trouva déserte; les abeilles n'ayant plus confiance » en leur demeure par le mauvais temps, et redoutant un » autre malheur, avaient cherché un refuge dans les autres » ruches. »
Le docteur Érasme Darwin, dans son livre intitulé Zoonomia, affirme que les abeilles que l'on transporte à la Barbade où il n'y a pas d'hiver, cessent de faire provision de miel. Au contraire, au dire de Kirby et Spence, « tout naturaliste sait » que plusieurs espèces d'abeilles font provision de miel dans » les climats les plus chauds, et qu'il n'est pas d'exemple » authentique, à aucune époque ou dans aucun climat, d'une » modification dans les procédés qui caractérisent l'abeille » de ruche ».
Pourtant, des observations plus récentes tendraient à confirmer l'opinion du docteur Darwin. D'après une notice qui a paru dans Nature (vol, XVII, p. 373), les abeilles d'Europe que l'on transporte en Australie, n'y conservent leur amour du travail que pendant deux ou trois ans. Au bout de ce temps, elles cessent peu à peu de récolter du miel et finissent par vivre dans Toisiveté. La môme revue publie, dans un numéro suivant (page 411), la lettre d'un correspondant d'après lequel les abeilles transportées en Californie se comporteraient d'une façon analogue ; mais on les maintient dans leurs bonnes habitudes en soutirant leur miel à mesure qu'elles le récoltent.
11 paraît établi que les abeilles et les guêpes peuvent distinguer les personnes et môme reconnaître celles qu'elles ont
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rhabituée de voir et qu'elles considèrent comme des amies. Les éleveurs qui visitent souvent leups ruehes et donnent ainsi à leurs abeilles l'oeoasion de se familiariser avec eux, sont presque unanimes à penser que ces insectes les reconnaissent à en juger par Tusage très restreint qu'ils font de leur dard. D'ailleurs, les exemples ne manquent pas. Il y a celui de Guerinzius * qui, ayant permis à une espèce de guêpes, parti* culière à Natal, d'établir entre les montants de la porte de sa maison un nid quMl dérangeait souvent, ne fut jamais piqué qu'une seule fois, et encore par une jeune guêpe, tandis qu'aucun Cafre ne s'aventurait impunément non seulement à franchir la porte, mais môme à en approcher^. Cette faculté de distinguer les personnes indique un degré d'intelligence plus élevé que Ton n'aurait pu s*y attendre chez des insectes; mais d'après Bingley, les abeilles feraient, en outre, preuve d'une grande docilité entre les mains de ceux qu'elles connaissent.
« M. Wildman, dit-il, dont les idées sur l'élevage des abeilles » sont bien connues, avait un secret qui lui permettait quand » cela lui plaisait d'attirer sur sa tête, sur ses épaules ou sur » sa personne, toute une ruche d'abeilles. On Ta vu boire un » verre de vin, la tête et le visage couverts d'une épaisse » couche d'abeilles dont plusieurs tombèrent dans la coupe » sans le piquer. Il jouait au général avec elles, les disposant » en ordre de bataille sur une table, puis les formant en ré- » giments, bataillons et compagnies qui, imbus d'une discipline » toute militaire, attendaient qu'il leur commandât de mar- » cher. A peine Tordre était-il sorti de sa bouche, que la masse » s'ébranlait comme une armée de soldats. Enfin, il leur apprit » également à faire preuve de politesse en ne cherchant » jamais à piquer les nombreux spectateurs qui, de temps à » autre, venaient assister à ces curieuses séances. »
On reconnaît également la marque de l'intelligence au procédé dont les abeilles ne font usage que quand la longueur des corolles les empêche d'en extraire le miel par leur méthode ordinaire ; Huber avait remarqué qu'en pareil cas elles per-