‹ L'intelligence des animauxChapitre 93 sur 122 · La Nature, p · texte numérisé non relu

La Nature, p

» tances favorables à l'hygiène. Un ami de Tauteur, M. Hein- » rich Lehrs , de Darmstadt , remarqua que pendant une » épidémie de dysenterie dont la majeure partie de son » rucher eut à souffrir (les abeilles n'étant plus à même de » retenir leurs excréments) , une ruche avait été moins » éprouvée que les autres. En l'examinant de près, il s'aper- » eut que, par derrière, elle était toute maculée de déjections, » que déversait une sorte d'égouttoir établi par les habitants. » Un morceau de Tenveloppe de terre glaise s'était détaché » à cet endroit et avait mis à découvert une petite ouverture » qui conduisait tout droit â la partie de la ruche où les » abeilles se rassemblaient en hiver. Celles-ci n'avaient eu ' » garde de perdre une si belle occasion de surmonter une » difficulté que compliquaient encore les circonstances. »

Lorsque des souris, des limaces, etc.. pénètrent dans une ruche, ce qui arrive parfois, elles sont vite mises à mort et recouvertes d'une couche de propolis. Réaumur* raconte l'aventure d'un escargot qui s'était ainsi fourvoyé. Les abeilles ne pouvant faire usage de leur dard contre la coquille de l'animal, en enduisirent le bord de cire et de résine de manière à la fixer contre la paroi de la ruche, et l'escargot n'eut plus qu'à mourir de faim et de manque d'air. Si l'enveloppe de propolis ne suffit pas à empêcher la putréfaction (ce qui arrive dans le cas d'une souris), les abeilles détachent de la carcasse toutes les parties putrescibles et les portent au dehors. Les cadavres de leurs camarades sont également déposés au loin ; le fait est indubitable. Du reste nous avons vu quelque chose d'analogue chez les fourmis. D'après Bùchner, les abeilles enterreraient môme leurs morts à l'occasion ; mais comme il n'apporte à l'appui de son dire que des preuves fort insuffisantes, nous ne saurions admettre le fait jusqu'à nouvel ordre.

Pour le reste, je ne puis mieux faire que de citer le passage où le même auteur résume d'une manière aussi complète que concise, tout ce que l'on sait sur le système de ventilation que les abeilles pratiquent dans leurs ruches:

a Rien de plus curieux, dit-il, que le procédé des abeilles » qui, pendant Tété ou les grandes chaleurs, ont mission

!• Voir Kirby et Spence^ vol. II, page 229.

INTELLIGENCE GÉNÉRALE ISt

» de veiller au renouvellement de Tair nécessaire à la respi- » ration de la communauté et à rabaissement de la tempéra- » ture dans la ruche. Cette dernière précaution est d'autant » plus nécessaire qu'une température trop élevée, tout en » étant nuisible aux abeilles elles-mêmes, ferait fondre In D cire. Les infectes préposés à la ventilation s'alignent à » différents étages dans l'intérieur, et d'un battement conti- » nu et rapide de leurs ailes, agitent l'air et produisent » ensemble un fort courant qui circule par toute la ruche. » D'autres abeilles postées à l'entrée de la ruche, éventent » dans le même sens et accélèrent la sortie de 1 air. Le cou- » rant qui en résulte est assez fort en ce point pour emporter y> de petits morceaux de papier, et pour éteindre une allu- » mette (lluber). On le sent facilement en tendant la main.

» Les ailes battent si rapidement qu'on ne les voit pas re- » muer ; ce qui n'empêche pas les insectes de fonctionner » assez longtemps car Huber dit en avoir vus à l'œuvre peii- » dant vingt- cinq minutes d'une seule traite. Quand ils sont » fatigués, d'autres viennent les relever. Malgré toutes ces » précautions, il paraît, d'après ce que rapporte .lesse, que » par de très fortes chaleurs les abeilles sont quelquefois im- » puissantes à abaisser suffisamment la température, la circ^ » fond, et ce contre-temps, en surexcitant les abeilles, les ren<l » d'un abord dangereux. En pareil cas, elles sortent en masso » de la ruche et cherchent à en couvrir la surface pour la pro- » téger contre les rayons brûlants du soleil. Mais ce qu'il y a » de plus remarquable dans leur système de ventilation, c'est » qu'il est le résultat évident des conditions de l'élevage et » qu'il doit son origine à un inconvénient tout particulier. » Car il n'aurait aucune raison d'être à l'état sauvage, le creux » d'un arbre ou la fente d'un rocher fournissant aux abeilles » une demeure qui ne laisse rien à désirer au point de vue de » lespace et de l'aération ; c'est l'étroitf sse de la ruche arti- » ficielle qui le rend nécessaire. Et de fait les abeilles qu'Hu- » ber avait logées dïins de grandes ruches hautes de cinq » pieds y renoncèrent presque entièrement. 11 s'en suit que » cet expédient ne se rattache à aucun instinct, et qu'il est le » résultat d'une application intellectuelle des données de l'ex- » périence aux conditions d'existence. »

Je passe maintenant à une observation qui met en relief la

1U2 AbËiLLËS ET GUÊPES

«agacito et la prudence des guêpes ; je la tiehs du Wvër^itd J. W. Mossman, de TarHiigton (rectorat de Wràéby)i fet je la crois inédite. Ayant ramassé dans son verger une j^otntiàie qfeii lui paraissait en parfait état, il s'aperçut que ce n'était guère plus qu'une coque remplie de guêpes qu'une Secousse lit soiHir une à une par un petit trou dans la peau :

tt Ce trou était juste assez grand pour livrer passage à une » Seule guêpe, et ce qui me (ï*appa, c'est qu'au lieu de sortir » la tête la première, elles sortaient à reculons, bratidiâsant » leur dard d'une façon menaçante. Une fois dégagée du troU, » la première qui sortit fit un tour sur elle-même et s'envola » sans chercher à m'attaquer. Celles qui suivirent se corhpor- » tèrent de même. J'en observai ainsi une douzaine avant de » jeter la pomme dans laquelle il semblait en rester encore un » bon nombre.

» La manière dont ces insectes opéraient leur sortie me pa- » rut à ce moment témoigner d'une faculté analogue à la ré- » flexion chez l'homme, — et je n'ai pas modifié mon opinion » dj=»puis. Ils avaient sans doute compris qu'en sortant la » tête la première du trou étroit qui formait l'unique issue » hors de la pomme, ils seraient à la merci de leurs enne- » mis qui pourraient les exterminer en détail, tandis qu'en » sortant à reculons , ils pouvaient se protéger avec leur » dard. C'était assurément faire preuve de sagesse et de » prévoyance. »

Quant à la tactique qu'adoptent les guêpes en chasse, les exemples suivants serviront à l'exposer :

« Dans une lettre publiée par le New-Yôrit Wôrlii, » M. Seth Green raconte qu'un matin, pendant qu'il était en » train de surveiller un nid d'araignée, une guêpe vint se po- » ser à un ou deux pouces du nid, du côté opposé à l'entrée, » vers laquelle elle s'avança en silence. Arrivée tout près de » Touverture. elle s'arrêta, attendit un instant dans une im- » mobilité complète, puis allongeant une antenne, elle la fit » vibrer quelque peu à Toritice. Cette démonstration eut » l'effet voulu, et la maîtresse du logis, une araignée dont la » taille ne laissait rien à désirer, vint voir ce qui pouvait bien » réclamer son attention. Mais, au moment même où, en sor- » tant, elle donnait le plus de prise à son ennemie, celle-ci, » prompte comme l'éclair, lui enfonça son dard dans lé corps,

tMTËLLlGEtlCE GÉ^àALE ^83

» la laàiit âSlnâ péihé et i^^esque instantanément. Aprè§ une* if répétition de son stratagème, la guêpe ne voyant plus sortir iD personne en conclut probàbleinénî que le nid était à sa » merci. En touis cas, elle jugea que le moment était Veiid d*y » pétiéti^er et d'en flnii^ avec les jeunes ; bientôt après elle rfe- » tirait seé victiines utië à Uîlë. »

M. Henri Cecil, décrltant une observation faite par le consul kërlin, écrit ce qui suit [Natuire, vol. XVlI, page 311) :

te Un jour que j'étais a&sis à là croisée de nia chambre » qui donnait âur le jardin, je vis, à mon grand étotinemeht, » une êroésë araignée, d'une espèce rare, traverser ëri bdù- » Mht Tappui de la fehétré. Son attitude indiquait la t)ehr, » et ce ijUi nié confirina dans cette idée; ce fut qu'elle ne 1» ct*aighit pas de s'approcliér de moi. En toute hâte, elle » tint se cacher sous le rebord Intérieur de là fenôtrfe, et » presque aussitôt, une belle guêpe entra en bourdonnant » et se mit à voler par toute la chambre, comme si elle » chet'ehait quelque chose. — Ne trouvant rien, elle vint se » poser sur Tappui de la fenêtre qu'elle parcourut en tous te sens, absolument comme un chien qui cherche ou qui a » perdu une piste. Il ne lui fallut pas longtemps pour décôu- » vrir celle de l'araignée et partant, sa retraite, où elle vint » la relanfcer. SoUs le coup de la piqûre qui venait certaine- » ment de lui être faite, Taraignée s'enfuit de nouveau et dlla to se réfugier sous le Ht, ou plutôt sous les pièces de bois qui » supportaient le matelas. Mais la guêpe avait vu la dirèc- » tion prise, et décrivant cercle sur cercle comme un chien » courant, elle retrouva facilement la piste et la suivit ri- » goureusement jusqu'au point où elle trouva Taraignëe. » Traquée de cachette en cachette^ l'infortunée passa de » ia chambre au corridor et du corridor à une vaste salle » au milieu de laquelle elle finit par succomber sous le coup » des nombreuses piqûres qu'elle avait subies. C'était le » moment pOut* la guêpe de s'emparer de sa proie; s'étant » assurée qu*il n'y avait plus de résistance à craindre, » elle saisit l'araignée entre ses longues pattes de derrière » et se préparait à l'emporter à la façon d'un aigle, quand te j'intervins et enrichis ma collection des deux insectes. »

Dans l'ouvrage que j'ai déjà souvent cité, M. Belt décrit la manière dont guêpes et fourmis luttent entre elles, pour

se procurer la sécrétion sucrée du Cercope écumeux [Aphrophoi-a spumaria] :

« De môme, dit-il, que dans les savanes, j'ai vu une guêpe » visiter en môme temps que des fourmis les glandes à miel » de l'acacia, dit hulls-horn [corne de bœuf) \ de même à » Saint-Domingue, j'eus l'occasion d'observer une autre » es])èco de guêpes (Ncctarina) à l'œuvre parmi des groupes » d'Aphrophores dont elles disputaient à chaque instant » l'exploitation aux fourmis. Du reste, de part et d'autre, » même procédé pour obtenir le miel, consistant à cha- » touiller les insectes pour provoquer l'exsudation. Quand » une guêpe arrivait à un groupe d'Aphrophores exploité » par une fourmi, au lieu d'entamer une lutte avec sa con- » currente sur la feuille, elle s'élevait au-dessus d'elle, » la surveillait tout en voltigeant, et sitôt que le moment » lui paraissait favorable, fondait dessus et la jetait en » bas. Tout cela se faisait si rapidement, que je ne pus » voir clairement si le coup était porté avec les pattes ou » avec les mâchoires ; je crois pourtant que c'était avec les » pattes. Souvent, une guê])e essayait de débarrasser une » feuille des fourmis qui avaient déjà pris possession d'un » groupe d'Aphrophores, il lui fallait quelquefois porter » quatre ou cinq coups à une fourmi avant de lui faire lâcher » prise. Parfois aussi elle réussissait du premier coup et les » chutes se succédaient rapidement ; je crus remarquer que » certaines se distinguaient par leur adresse. Du reste, » à peine la feuille était-elle libre, que c'était bientôt à » recommencer ; et les renforts de fourmis qui se présen- » talent sans ces.^e, finissaient par lasser la guêpe. Mais » quand il lui arrivait d'être la première sur une feuille, le » cas était différent ; en jetant à bas les éclaireurs ennemis, » elle les empêchait de former à leur retour une p ste qui » indiquât le chemin au reste de la bande. Je remarquai » que les guêpes ne se laissaient jamais approcher par leurs » petits adversaires qui, une fois cramponnés à leurs pattes, » n'auraient pas facilement lâché prise. »

Le docteur Erasme Darwin {Zoonomia, I, page 183) enregistre une observation qui, à force d'être citée, est devenue pour ainsi dire classique. Une guêpe cherchait à enlever de terre une grosse mouche dont le poids dépassait ses forces ;

n'y réussissant pas, elle détacha la tête et l'abdomen et s'envola avec le thorax, mais comme les ailes donnaient prise au vent et la faisaient dévier, elle s'abattit de nouveau, enleva d'abord une aile, puis l'autre et put enfin s'éloigner sans plus d'ennuis.

Si le fait avait besoin d'être confirmé, les preuves à l'appui ne manquent pas. En voici quelques-unes :

Et d'abord dans un article de M. R. S. Newall F. R. S. [Nature, vol. XXI, page 494), se trouve le passage suivant :

« Un jour que j'étais en train d'examiner un pommier, » une guêpe vint se poser sur une feuille qu'une chenille » avait roulée en cornet pour en faire son nid. Trouvant » les deux bouts fermés, elle détacha prestement de la feuille, » vers l'une de ses extrémités, un morceau d'environ quatre » millimètres de diamètre , puis elle alla faire du bruit à » l'autre extrémité. La chenille effrayée sortit par le trou » que son ennemi avait préparé et fut aussitôt lardée. Mais » comme il n'était pas facile de l'emporter d'un seul coup » vu sa grosseur, la guêpe en fit deux morceaux et partit » avec l'une des moitiés. Au bout de quelque temps, je la » vis revenir chercher l'autre morceau. »

Bûchner [Loc. cit., page 297) dit tenir de M. H. Lowenfels le récit d'un fait du même genre :

« En m'approchant (c'est M. Lowenfels qui parle), je vis » que c'était une guêpe qui cherchait à enlever de terre une » grosse mouche qu'elle avait tuée. Elle finit par réussir, » mais à peine s'était-elle élevée de quelques pouces dans h l'air, que le vent agissant sur les ailes de la mouche pa- » ralysa tous ses efforts, si bien qu'elle se trouva emportée » malgré elle dans la direction où il soufflait. Voyant cela, » elle se laissa tomber à terre, pour couper les ailes de sa » proie, puis repartit sans encombre cette fois, bien que le » poids de son fardeau dépassât le sien. »

Bûchner cite également deux observations fort importantes, qui se confirment mutuellement à raison de leur similitude. La première lui fut communiquée par M. Albert Schliiter dans une lettre écrite au Texas. Ayant raconté comme quoi il avait vu un frelon de grande taille poursuivre une cigale et la piquer à mort, il ajoute :

a L'assassin monta sur sa victime dont la taille l'emportait

186 à§feiLLEâ Èf 6bËI>i:s

to de benueéutl sUif la dieiine, en saisit le ëOrpé livëë d&lr pattes a et étendant ses ailes fit mine dte s'envoler. MâiS l'étitrfeprise » était au-dessus de ses forces, et après bleil des éfWf ts il lui » fallut y rehôrtcer. A clieta! sufr le cadavre et Ithhioblle sauf » un battement d'ailes par ci par là, il semblait se livrer à » des réiaetions ^ui ne lardèrent pas à portet* leur fri it. Il y » avait tout près de là un tronc dé nlûbier haut de dix ou » ëou2e plédS ; le ft^elon s'ten fit un auxiliaire, triltner sa » proie jusqu'au pied de Vûthr^ et la hisser juà4u'att haut, » n'était pas thince besogne ; rtiais érifln il en Vint à bout, » puis après un temps de repos, il sisislt de nouVeau son far- » deau, s'élança dans Tair et disparut à travers les praiHes. 1» Il pouvait maintenir à la hauteur de son point dé dëpâi^t ce » qu'il n'avait pu enlever de terre, n

Quant à l'autre observation, la vdici :

« Th. Mfechrian (Coniptes rendus dé rAcâdémlé deS sciences » naturelles, Philadelphie, Janvier 22, 1878) vit une Vespa » macutata se comporter d'une manière analbgue. Après » avoir fait de vains efforts poUr s'élever dfe terre ai^eë uiie » sauterelle qu'elle avait tuée, elle avisa un meriâiër â une » trentaine de pieds de l'endroit où elle se trouvait, et, sV » élarit hissée avec sa proie, se lança dans l'àlr. Je ri'dppelle » pas cela de l'instinct pur et simple, ajouté l'bbservateut* ; » j'y vois l'œuvre de la réflexion et d'un râisonhemerit enf> tendu. »

La perte des antennes à le ddh d'ëffalt-er lés abeilles éncofe plus que les fburmis. Huber en fit l'expériénbe sur une reine et constata que l'opération l'avait complèteitterlt égarée ; elle courait follement de côté et d'autre, lali»$ait tohibér ses œufs au hasard et ne semblait même plus savoir àti juste comment prendre sa nourrltUi^ë. L'introduction d'une reitie étrangère, également mutilée ne lui causa aucun Sentiment de colère, et n'émut pas davantage les neutres qui se jetèrent au contraire . sur une autre reine étrangère qu'on avait intrbdUite sans la mutiler. Lorsque la reine inUtilée sortit de la rdche, aucune ouvrière ne la suivit.

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