‹ L'intelligence des animauxChapitre 14 sur 38 · PUCES ET PUNAISES. M · texte numérisé non relu

PUCES ET PUNAISES. M

veilles exécutées par des puces savantes, que Ton montrait sur la place de la Bourse, pour la somme de soixante centimes. Je les ai vues, dit-il, avec mes yeux d'entomologiste, armés de plusieurs loupes.

Quatre puces faisaient Texercice et se tenaient debout sur leurs pattes de derrière armées d'une pique, qui était un petit éclat de bois très-mince.

Deux puces étaient attelées à une berline d'or h quatres roues, avec un postillon et elles traînaient cette berline. Une troisième puce était assise sur le siège du cocher avec un petit éclat de bois qui figurait le fouet. Deux autres puces traînaient un canon sur un affût. Ce petit bijou était admirable, il n'y manquait pas une vis, pas un écrou. Toutes ces merveilles et quelques autres encore, s'exécutaient sur une glace polie. Les puces chevaux étaient attachées avec une chaîne d'or par leurs cuisses de derrière; on m'a dit, ajoute Walckenaer, que jamais on ne leur ôtait cette chaîne. Elles vivaient ainsi depuis deux ans et demi. Pas une n'était morte dans cette intervalle. On les nourrissait en les posant sur un bras d' homme qu'elles suçaient. Quand elles ne voulaient pas traîner le canon ou la berline, l'homme prenait un charbon allumé qu'il promenait au-dessus d'elles, et aussitôt elles se remuaient et recommençaient leurs exercices.

Ces puces ont, en 1425, montré leur talent rare à Paris et dans les principales villes de province : partout elles ont confondu l'orgueil humain.

Mais à quoi sert l'intelligence sans le cœur? Il a été dit que le plus petit animal, le moins utile en apparence, nous étonnerait parla patience, le courage,

l'esprit , ajoutons par le sentiment et la tendresse maternelle.

Quand les puces ont pondu leurs œufs dans la poussière, dans les fentes des planchers, sur les coussins où dorment les animaux, dans lés langes des jeunes enfants, quand les larves blanches et transparentes, sans pattes, très-remuantes, en sortent se tortillant comme des petites anguilles, la mère puce va leur dégorger dans la bouche le sang dont elle s'est remplie, et on voit sous leur peau transparente se colorer le tube digestif. Ainsi la légère souffrance qu'elle nous cause, la goutte de sang qu'elle nous enlève, c'est la vie de ses enfants.

N'accusez plus de méchanceté cette pauvre et tendre mère ; si elle vous mord, c'est qu'elle y est contrainte et forcée. La nature lui a imposé cette loi, elle ne peut s'y soustraire, mais croyez-le bien, elle agit avec tous les égards, tous les ménagements, avec tous les procédés d'un insecte gastronome, si l'on veut, mais qui n'est certes ni glouton, ni méchant. Une fois repue, la puce se hâte de lâcher prise, on dirait qu'elle a des scrupules de conscience. Le théâtre de son méfait, elle l'abandonne, vive, sautillante, alerte, chatouillant tout le voisinage, d'une patte légère et douce comme pour engourdir et calmer la douleur minime d'ailleurs, que sa piqûre a déterminée. Pourquoi Linnée donne-t-il à la puce de l'homme la qualification d'irritante? C'est la punaise des lits, c'est ce fléau des nuits que Linnée eut dû baptiser ainsi. Que la puce agace par sa piqûre ceux d'entre nous dont le système nerveux nest pas dûment équilibré par le

syslèine sanguin, d'accord ; mais elle irinllp, pIIp ne martyrise personne.

La puce ne possède pas le liquide acre, infect de la punaise. Celle-ci ne se contente pas de percer les chairs, d'en extraire le sang dont elle se sustente. Dans laplaie qu'elle a ouTcrtc, au lieu du san^qu'elle a dérobé, elle introduit un liquide acre, mordant, sécrété par elle.

Déplorable compensation!

Je me suis toujours délié des gens plats et ennemis de la luiriiêre. La punaise cl l'homme sont les plus directs et les plus cruels ennemis du genre humain. Leur méchanceté rst d'autant plus dangereuse qu'elle est serviepar une intelligence plus développée.

Valmont de Bomare rapporte qu'nn curieux, vou- j . , m i ici lant découvrir comment

t punaise était avertie de la présence de l'homme, a l'expérience que voici : Il s'est couché dans un t suspendu et sans ciel, au milieu d'une chambre i il n'y avait aucun meuble; il a mis sur le planter une punaise qui, conduite sans doute par l'oral, a hésité quelque temps sur les moyens qu'elle

prendrait pour arriver au lit : elle a enfin pris le parti de monter à la muraille par le chemin le plus court ; elle a gagné le plafond toujours en suivant une ligne droite, qui devait passer au-dessus du lit, et lorsqu'elle y est parvenue, elle s'est laissé tomber sur le nez de l'observateur. N'est-ce pas encore là un acte d'intelligence?

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