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140 DE L'I]S•TELlIGE^'CE CHEZ LES ANIMAUX.
elle tant que dura son mal et dès qu'il en fut quitte, il devint tranquille, avec la même affection, qui n'a jamais changé. Cependant, son goût excessif pour cette fille, paraissait être inspiré par quelques circonstances relatives à son service à la cuisine, plulôt que par sa personne; car cette fille ayant été remplacée par une autre, l'affection du perroquet ne fit que change d'objet et parut être au même degré dès le premio jour pour cette nouvelle fille de cuisine et, par consé quent, avant que ses soins eussent pu inspirer et fo der cet attachement.
Je regrette ce dernier trait, mais s'il prouve de ^Ba banalité dans le sentiment de Jaco, cela ne touck —je pas à son intelligence. Jaco était un habile flatteim^ r, il avait appris tout ce qu'on pouvait obtenir des b(^ ïines en les caressant. Lç procédé lui ayant réussi a^€c la première, il a jugé bon de l'employer avec la seconde. Qui osera dire que Jaco est un imbécile ?
Les talents des perroquets de celte espèce, ne se bornent pas, dit Buffon, à l'imitation de la parole ; ils apprennent aussi 5 contrefaire certains gestes et ce*'tains mouvements. Scaliger en a vu un qui imitait L ^ danse des savoyards en répétant leur chanson ; il ai -^ mait à entendre chanter ; et lorsqu'il voyait danser > il sautait aussi, mais de la plus mauvaise grâce di ' monde, portant les pattes en dedans et retomban -^ lourdement : c'était là sa plus grande gaieté. On lu ^ vovait aussi une joie folie et un babil intarissabli ^ dans l'ivresse ; car tous les perroquets aiment le viu.^ particulièrement le vin d'Espagne et le muscat, e^ l'on avait déjà remar(|ué, du temps de Pline, les^
accès de gaieté que leur donnent les fumées de cette liqueur.
Buffon semble vraiment se plaire en des contradictions. Après avoir reconnu l'intelligence du perroquet, il dit: «Ce jeu d'un langage sans idée a je ne sais quoi de bizarre et de grotesque, et sans être plus vide que tant d'autres propos, il est toujours plus amusant.» Il raconte à ce sujet l'anecdote empruntée par Wil- /ughby à Clusius. Il s'agit d'un perroquet qui, lorsqu'on lui disait : Riez, perroquet, riez, riait effectivernent et l'instant d'après, s'écriait avec un grand éclat : O le grand sot qui me fait rire! Un autre qui avait vieilli avec son maître et partageait avec lui les infirmités du grand âge , accoutumé à ne plus guère entenc3re que cesmols : Je suis malade, lorsqu'on lui démanchait : Qu'as-tu, perroquet, qu'as-tu? — Je suis malade, répondait-il d'un ton douloureux et en s'éten- ^ant sur le foyer, je suis malade.
On trouve aussi dans les annales de Constantin Ma- Jiassés, l'histoire du jeune prince Léon, fils de l'empereur Basile, condamné à la mort par ce père impitoyable, que les gémissements de tout ce qui Tenvironnait ne pouvaient toucher, et dont les accents de l'oiseau qui avait appris à déplorer la mort du jeune homme émurent enfin le cœur barbare.
Je n'admets pas que le jeu de langage du perroquet soit sans idée. Que cet oiseau ne puisse établir comme nous, une série de rapports dans les idées, et tenir un raisonnement, cela est vrai; mais dire que ce langage est sans idée, c'est impossible. Quand vous demandez à un perroquet s'iladéjeuné, il sait parfaitement vous
répondre s'il a satisfait ce besoin. Il ne yous dira jamais qu'il a déjeuné si cela n'est pas yrai, à moins que YOUS ne le forciez à dire non quand il doit dire oui. Mais, dans ce cas, il n'y aura que changement de terme et dans son intellect, non voudra dire oui. Tout n'est que convention.
Voici une autre preuve que le langage du perroquet représente des idées. Des jeunes filles d'une même rue passaient, pour aller à leur pension, devant une maison oii se trouvait un perroquet ; Tune d'elles avait de belles nattes de cheveux tombant sur ses épaules. Le perroquet avait sans doute entendu appeler cette jeune fille, « la belle aux nattes. » Depuis ce jour, toutes les fois que cette jeune enfant passait devant le perroquet, sans que personne lui dit rien, il la reconnaissait et l'appelait la belle aux naties. Évidemment la vue de la jeune fille, la vue de sa chevelure rappelait chez l'oiseau l'idée de la belle aux nattes. Il n'a jamais adressé ce compliment à aucune des autres personnes qui passaient devant lui.
Un des plus célèbres parleurs était un perroquet gris qui appartenait au colonel O'Kelly. Non-seulement cet oiseau extraordinaire récitait un grand nombre de phrases, mais encore il répondait à beaucoup (le questions. Il sifflait aussi plusieurs airs. Il battait la mesure avec une grande science. Son oreille était si parfaite que si, par hasard, il se trompait sur une note, il se corrigeait et reprenait ensuite la mesure à partir de l'endroit où il s'était interrompu. Est-ce là simplement de la mémoire? N'y a-t-il pas de l'intelli- «^^cnce, de l'association d'idées? Ce même perroquet
exprimait ses besoins à Taide de la parole articulée, et donnait des ordres sur un ton qui annonçait un être doué de jugement. Le révérend Herbert a rendu justice à la prodigieuse faculté mimique de cet oiseau. « Je l'ai entendu, dit-il, chanter environ cinquante airs de toute nature, psaumes solennels, ballades facétieuses et vulgaires, dont il articulait chaque mot aussi distinctement que l'eût pu faire le gosier humain le mieux exercé. Lorsqu'il était dans la mue et qu'il l'était point d'humeur à chanter, il répondait à toutes es sollicitations en tournant le dos et en répétant plusieurs fois : PoUey est malade. »
Quand nous connaîtrons mieux les animaux, que ous ne mêlerons plus les questions religieuses avec ^squestions scientifiques, nous les jugerons autrement ^on ne le fait généralement. Nous leur accorderons ^^e intelligence en rapport avec leur organisation, '^ec leurs besoins, et aussi avec leurs sentiments. ^^ peut-on trouver, chez des êtres, un attachement plus grand que celui des deux perroquets du k' acteur Franklin ? « J'ai connu, dit-il, deux perro- I ^eis qui avaient vécu ensemble quatre années. La femelle tomba en langueur, ses jambes en lièrent. Ce- *^ientles symptômes de la goutte, maladie à laquelle -ous les oiseaux de celte famille sont très-sujets, en Angleterre. Il ne lui était plus possible de descendre, tii de prendre sa nourriture comme autrefois, mais le raàle la lui portait assidûment dans son bec. 11 continua de la nourrir ainsi pendant quatre mois. Les intirmités de sa compagne augmentaient, hélas I de jour en jour, au point qu'elle ne fut plus capable de
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se tenir sur la perche. Elle restait accroupie au fond de sa cage, faisant de temps en temps d'infructueux efforts pour regagner la perche. Mais le màle était là qui se tenait près d'elle, et qui secondait de toutes ses forces les faibles tentatives de sa chère moitié. Saisissant la malade par le bec ou par la partie supérieure de l'aile, il cherchait à la soulever, et renouvelait plusieurs fois ses efforts. Sa constance, ses gestes, sa continuelle sollicitude, tout indiquait dans cet oiseau affectionné le plus ardent désir de soulager la faiblesse et les souffrances de sa compagne.
Mais la scène devint encore plus intéressante lorsque la femelle fut sur le point d'expirer. Son époux infortuné allait et venait autour d'elle sans relâche. Ses assiduités et ses tendres soins redoublèrent. cherchait à lui ouvrir le bec pour y glisser quelque nourriture. 11 courait à elle et s'en retournait d'un air agité, avec une extrême inquiétude. Par intervalleB| il poussait les cris les plus plaintifs; tandis que, d'antres fois, les yeux fixés sur elle, il gardait un môme silence. Enfin, sa compagne rendit le dernier soupir. Dès ce moment, il languit et mourut au bout de quelques semaines.
Qu'on vienne maintenant proclamer le sentimeni et rintelligence des hommes, Taffection des maris!
L'A IGLE
Si le nom de certains animaux est employé conuiio terme de mépris, celui de Taigle, au contraire, est synonyme d'intelligence, il représente, pour tout le
onde, les plus grandes facultés intellectuelles. Et pendant, peu de naturalistes ont observé l'intelliînce de ce roi des oiseaux. Il nous faut pénétrer, ec Anderson, dans les forêts vierges de TAmérique, mr avoir quelques observations à cet égard.
« En automne, dit-il, au moment où des milliers oiseaux fuient le nord et se rapprochent du soleil, issez votre barque effleurer Teau du Mississipi. Quand >ns verrez deux arbres, dont la cime dépasse toutes s autres cimes , s'élever en face l'un de l'autre, sur s bords du fleuve, levez les yeux; T aigle est là , îrché sur le faîte d'un de ces arbres ; son œil étini^lle dans son orbite ; il parait brûler comme la imme ; il contemple attentivement toute l'étendue des iiix; souvent son regard s'arrête sur le sol; il obîrve, il attend ; tous les bruits qui se font entendre, les écoute, il les recueille, il les distingue; celui du aumqui effleure à peine les feuillages ne lui échappe as. Sur l'arbre opposé, Taigle femelle reste en sennelle : de moment en moment son cri semble exorler le mâle à la patience ; il y répond par un Bttement d^ ailes, pat* une inclinaison de tout son orps et par un glapissement dont la discordance et éclat ressemblent à Téclat de rire d'un maniaque ; ^is il se redresse : à son immobilité, à son silence, 0U8 le croiriez de marbre. Les canards de toute spèce, les poules d'eati, les outardes fuient par ba^ iillons serrés que le cours d'eau emporte ; proie que aigle dédaigne et que ce mépris sauve de la mort, 'nson, que le vent fait voler sur le courant, arrive n6n jusqu'à l'ouïe des deux brigands ; ce son a le
retentissement et la raucité d'un instrument de cuivre. La femelle avertit le mâle par un appel composé de deux notes ; tout le corps de Taigle frémit, deux ou trois coups de bec, dont il frappe rudement son plumage, le préparent à son expédition : il va partir.
Le cygne vient comme un vaisseau flottant dans Tair, son cou d'une blancheur déneige, étendu en avant, Toeil étincelant d'inquiétude. Le mouvement précipité de ses deux ailes suffit à peine à soutenir la masse de son corps et ses pattes qui se reploient sous sa queue disparaissent à Tœil.
Il approche lentement, victime dévouée. Un cri de guerre se fait entendre ; Taigle part avec la rapidité de rétoile qui file ou de l'éclair qui resplendit. Le ' cygne voit son bourreau, abaisse son cou, décrit un demi-cercle, et manœuvre dans l'agonie de la crainte pour échapper à la mort. Une seule chose lui reste, c'est de se plonger dans le courant ; mais l'aigle prévoit la ruse; il force sa proie à rester dans Taireu se tenant sans relâche au-dessous d'elle et en menaçant de la frapper au ventre et sous les ailes. Cette profondeur de combinaison, que l'homme envierait à l'oiseau, ne manque jamais d'atteindre son but; le cygne s'affaiblit, se lasse et perd tout espoir de salut; . mais alors son ennemi craint encore qu'il n'aille tomber dans Peau du fleuve: un coup de serre de l'aigle frappe la victime sous l'aile et le précipite obliquement sur le rivage.
Tant de puissance, d'adresse, d'activité, de prudence ont achevé la conquête. Vous ne verriez pas sans elTroi le triomphe de l'aigle : il enfonce profondément
ses armes^ (l*airain dans le cœur du cygne mourant, il bat des ailes, il hurle de joie ; les dernières convulsions de l'oiseau Tenivrent; il lève sa tête chauve vers le ciel, et ses yeux enflammés d'orgueil se colorent comme le sang, sa femelle vient le rejoindre, tous deux retournent le cygne, percent sa poitrine de leur bec et se gorgent du sang encore chaud qui en jaillit. »
« Dans ce drame terrible, dit Adrien Léonard, l'intelligence s'unit à l'instinct; il est impossible de n'y pas reconnaître T^tlention, Tobservation, la réflexion ; une prévoyance qui naît de Texpérience, des combinaisons qui supposent la mémoire, une intelligence, qui satisfait une passion, un langage qui éveille des idées , une volonté qui la dirige. »
LES H IRONDELLES
Tendresse. — Fidélité et fralernilé.
Un jour saint François d'Assise étant occupé à sermonner des populations idolâtres, le babillage des hirondelles empêchait ses paroles de parvenir aux oreilles de son auditoire, il s'adressa directement à ses intemiptrices en ces termes : « Voilà bien des heures que vous babillez, ô hirondelles mes sœurs ; taisez donc un peu vos becs [teneatis silentium) que je m'explique à mon tour et que je fasse entendre à ces bra- Tes gens la parole de Dieu. » Ce que les hirondelles byant, se turent soudain, dit Thistoire, et écoutèrent aTCC un recueillement profond le verbe du saint homme*
Croyez-vous que saint François d'Assise^ qui n'était pas un imbécile , aurait appelé les hirondelles ses sœurs, sMls n'avait pas remarque l'intelligence de ces charmants petits oiseaux? II savait sans aucun doute aussi que le Psalmiste compare Thomme pieux à l'hirondelle qui aime à suspendre son nid aux voûtes du temple saint , pour faire entendre de bonne heure à ses petits les louanges de l'éternel . La confiance, avec laquelle les hirondelles nichent aux élises, et jusque sous nos toits, ne prouve-t-elle déjà en faveur de leur intelligence.
On a remarqué, que plus les animaux vivaient près de l'homme, plus leurs aptitudes intellectuelles étaient développées, Toussenel, qui n'est ni docteur, ni même académicien, avec lequel je prenais si grand plaisir à causer lorsque je demeurais à Paris, Toussenel est, sans contredit l'auteur qui a le mieux parlé des hirondelles. «Le peuple a eu raison, disait-il, d'appeler les hirondelles les oiseaux du bon Dieu, car il n'est pas une espèce animale sur laquelle Dieu ait versé, avec une partialité plus visible, ses grâces et ses dons ; et même parmi les hommes, beaucoup seraient en droit d'envier à l'hirondelle quelques-unes des facultés de son esprit et des vertus de son cœur. C'est mieux que la tourterelle et le moineau franc pour la tendresse, mieux que Philémon etBaucis pour la fidélité, mieux que la perdrix pour le dévouement maternel, mieux que la bergeronnette pour la charité sociale , mieux que le faucon pour la puissance du vol, la finesse de la vue et la légèreté.
L'hirondelle est essentiellement l'amie de Thomme.
Dans les campagnes, où les enfants n'ont aucune pitié pour les oiseaux, les hirondelles sont respectées. Il n'est pas rare devoir aux toits des fermes dix, quinze, et même jusqu'à vingt nids d'hirondelles. Le plus mauvais garnement n'oserait pas y toucher. Il faut * bien le dire, ce n'est point par un sentiment de pitié pour ces innocentes créatures, qui nous débarrassent d'une quantité d'insectes nuisibles , c'est parce qu'on dit que toucher aux nids d'hirondelles, cela porte malheur. Enfin, s'il n'y avait pas de superstitions plus mauvaises, on pourrait, sans inconvénient, laisser le peuple dans ses croyances, d'autant que l'hirondelle pourrait elle-même lui donner des leçons de fidélitr conjugale et de tendresse maternelle. L'union des hirondelles dure, selon Toussenel , autant qu'elles-mê- 'mes, autant que leur affection pour les lieux qui les ont vues naître ou qui furent le berceau de leur premier amour.
L'espèce est féconde en Artémises qui portent jusqu'au tombeau le deuil de leur époux. La science indifférente ne s'est pas assez occupée d'analyser toutes les circonstances qui accompagnent la mort de tantd'hiondelles qui se noient. Dans ces cas de mort violente ou de fin prématurée, on voit de charitables voisines se charger de la tutelle des enfants du couple défunt et pourvoir généreusement à l'éducation et à la nourriture des pauvres orphelins. Quelle leçon pour les mauvaises mères qui n'ont pas même soin des leurs et qui les déposent quelquefois sur la voie publique comme un paquet de linge sale, quand elles ne les étouffent pas!
152 DK I.'INTELI.IRESCE CHEZ LES ANISIAUÏ.
Avic d'aussi bons instincts, av^c un sentiment aussi vit, comment voulez-vous qu'un être ne soil pas intelligent?
L'iiirondcllc de fenêtre, dit Dupont (de Nemours), est trég-distinguée, pa^ mi les oiseaux, par son intelligence et sa moralité. Les idées arrifent à son cerveau ivee une eitréme promptitude et ses organes obéiawnt de même aux volontés qu'elles y font naîtra. Sa tendresse pour aea petits, la reconaaissanee de' ceux-ci, l'amour codjugal, filial, paternel, s'épanchent sans ceue dans le nid par une mut titude d'expressions affectueuses et douces qui se confondent. Tous les membres de la faimUe éprouvent un sentiment qu'ils ne peuvent o)uoonir etqu'îls manifestent àla fois par un délicieux gazouillement. Tous semblent encore plus pressés de dire : « Je t'aime, tu es beau, lu es bon. Ab ! combien je t'aime ! » que d'écouter ce que disent les autres.
Cependant lorsqu'il s'agit d» rendre service à la voisine, la voix qui demande le secours est entendue ;
celle qui l'accorJe et qui le commande esl écoulée. Tout le monde coimaît l'Iiisloirn de cette hirondelle qui ayant, je ne .sais comment, un lil h lu \vMe^ s'était
Elle pend*il iu linul ilu fil.
accrochée accidentellement à une corniche du collège des Quatre-Nations (Institut). Sa force épuisée, elle pendait au bout du fil, rju'elte relevait quelquelbis en voulant voler, et jetait de plaintifs gémisHemeuts. ■Routes les hirondelles du vaste bassin entre le pont
(les Tuileries et le poîit Neuf, et peut être plus loin, s'étaient réunies au nombre de plusieurs centaines. Elles formaient un nuage et toutes poussaient des cris d'alarme et de pitié. Après une assez longue hésitation et un conseil tumultueux, l'une d'entre elles inventa le moyen de délivrer leur malheureuse compagne ; elle communiqua, sans doute, le moyen aux autres, et le mit en exécution. On fit place : toutes celles qui étaient à portée vinrent à leur tour, comme à une course de bague, donner en passant un coup de bec au fil. Ces coups, dirigés sur le même point, se succédaient de seconde en seconde et incommodaient très-fort la pauvre captive, mais en peu de temps le fil fut coupé et la pendue délivrée. La troupe, seulement un peu éclaircie, resta jusqu'à, la nuit, parlant toujours, mais d'une voix qui n avait plus d'anxiété et exprimant comme des félicitations mutuelles.
Batgowki a communiqué un autre exemple de cette intelligente fraternité des hirondelles. Un moineau s'était emparé d'un nid d'hirondelles et le défendait vigoureusement. Les anciens maîtres, n'ayant pu rentrer dans leur héritage, invoquèrent leurs confédérés dont la foule et les menaces ne purent pas davantage faire déloger l'usurpateur. Toutes les tentatives restaient sans résultait. Tout à coup la manœuvre change, l'assaut est suspendu ; le siège est converti en blocus: quelques braves hirondelles surveillent l'ouverture, et chacune des autres apportant sa becquée de mortier, le nid se trouve enpeu d'instants muré commela fatale prison d'Ugolin ; les cris des vainqueurs continuent d'intimider le moineau et l'empêchant de tenter
une sortie, la consolidation du mur fut bientôt complète etlusurpateur puni. On comprend ce que ce fait suppose d'énergie, d'union, de subordination, d'esprit social employé à la défense commune, à l'intérêt général.
Quand ilfautémigrer, les hirondelles se rassemblent sur des points convenus d'avance ou déterminés par l'influence de celle dont les autres reconnaissent la supériorité. Après de longs discours qui occupent des journées entières, on part, et l'on part en troupe, comme le plus grand nombre des oiseaux voyageurs, avec la même discipline : ce qui prouve des conventions, des grades, des magistratures, au moins du genre de celles auxquelles les peuplades sauvages obéissent dans leurs expéditions. Ona dit que le signe principal auquel elles reconnaissent lanécessitéde quitter un pays est le peu d'élévation du soleil d'automne. Les oiseaux sont, en elfet, très-sensibles à la lumière.
Toussenel , observateur passionné des oiseaux , avoue ne pas avoir été témoin de ces faits, mais il rapporte que les hirondelles de la cathédrale de Paris donnèrent, en 1 842, à l'occasion des obsèques du duc d'Orléans, une preuve remarquable d intelligence et de respect pour les cérémonies du culte. Comme on avait tapissé de tentures noires tout Texlérieur du portail où elles nichent sur les épaules et les mitres des saints évêques qui festonnent les arcs des ogives, elle^ trouvèrent le moyen de pénétrer à travers cet obstacle, par les interstices des draperies et elles gardèrent, pendant toute la durée du service funèbre, un silence religieux.