CORBEAUX, PICS, ÉTOURNEAUX ET RAMIERS
Le corbeau n'inspire certainement pas beaucoup rVintérét. Sa robe noire, son air lugubre, ses instincts destructeurs, son penchant au vol lui ont valu bien (les injures. D'autre part, son hypocrisie ne lui a jamais attiré beaucoup d'amis. Tantôt il imite le chanl du coq, miaule comme un chat, aboie comme un chien, ou reproduit le son delà crécelle pour effrayer les oiseaux qui pillent les champs de blé.
Il est susceptible d'entendre un peu le latin. Tel était celui du docteur J. Franklin, Jaco (c'était son nom) il prononçait distinctement le mot aqua; mais il préférait le vin à l'eau. Un jour, dit le docteur, ma ménagère posa un verre de vin rouge sur la table; en un instant, l'oiseau se le versa tranquillement dans Testomac ; je veux dire qu il plongea son bec dans la précieuse liqueur et qu'il le huma goutte par goutte. Lorsque ma ménagère, craignant qu'il ne brisât le verre, le retira, l'oiseau lui vola à la figure dans un véritable accès de fureur. Si vous placez trois verres sur la table, l'un plein d*eau, l'autre de bière et le troisième devin, il laisse les deux premiers et ne s'adresse qu'au verre de vin. On peut en conclure, dit le savant docteur, que les oiseaux ne sont pas tellement liés au régime diététique conseillé par la nature, qu'ils se montrent insensibles aux perfectionnements de la cnisine et aux trésors de la cave.
Batgowki a cité un lait qui prouve leur intelli-
^ence et Ipur discipline, fit avec quelle sagacité ils juffent la naluie du danger auquel nos armes les exposent Un chêne touflu et très-élevé, éloigné dea liabitatioua, !>er\ait la nuit d'asile à un ^raiid nombre
de corbeaux. On les voyait s'y retirer tous les soirs. On y va deux heures après le coucher du soleil, par une nuit assez claire et on lâche sur l'arbre un coup de fusil chargé de gros plomh. Les corbeaux partent, mais aucun d'eux ne Tuil liorizonlaleinent ; lous, au contraire, s'élèvent en ligne presque perpendiculaire, comme une gerbed'arlilice.Leur calcul unanimeavait été que le coup de fusil partant du pied de l'arbre et pouvant être suivi d'un second sur ceux qui auraient filé, l'intérêt commun élait de se mettre en hauteur, irs de portée, dans une direction oîi les branches luvaient les garantir et intercepter la vue ; et ils ne immencèrent à se disperser qu'à une très-grande été- Talion et choisirent un autre domicile.
Dans, le jour, lorsque la troupe s'aiialtatl et se reniait dans les champs pour chercher sa subsistance,
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quatre ou six éclaireurs restaient toujours en l'air, volant doucement de côté et d'autre, observant ce qui se passait et chargés d'en donner avis. Les^ éclaireurs étaient relevés d'heure en heure.
La peur rend prudent, et le danger excite singulièrement les facultés intellectuelles. Les pies, les étourneauX) les ramiers comme les corbeaux savent parfaitement reconnaître si l'homme qui vient à eux n'est porteur que d'un bâton, ou s'il est armé d'un fusil. Dans le premier cas, ils se laissent approcher ; dans le second ils semblent très-bren calculer la distance, et s'éloignent presque au moment où le chasseur va se servir de son arme.
Du reste, si les oiseaux de proie savent si bien éviter les coups de l'homme, c'est un fait également remarquable que la précision avec laquelle ils tuent leur victime d'un seul coup de bec. La mort violente entre dans l'économie du règne animal; mais tout en condamnant certains oiseaux à servir de victimes aux autres, la nature a voulu leur épargner, au moins en partie, les horreurs d'une souffrance prolongée.
Faire vite, c'est l'humanité du bourreau.