‹ L'intelligence des animauxChapitre 22 sur 38 · LA PERDRIX · texte numérisé non relu

LA PERDRIX

La perdrix n'est pas une forte tète assurément, mais lo dévouement maternel est si exalté chez celte pauvre bête, qu'elle trouve dans son cœur les phis grandes ressources de rintelligence. Je ne connais pas d'union mieux assortie que celle des perdrix. Le màlo, une

fois apparié, est aussi tendre, aussi fidèle que sa compagne. Tous deux s'aiment à cœur-joie, sans crainte et sans calcul. La mère pond jusqu'à quarante-deux œufs, qu'elle couve avec un acharnement sans égal * pendant vingt-quatre jours, et qu'elle a soin d'étager dans un ordre parfait, de manière à répartir également sur tous la chaleur de son corps.

Pendant tout le temps d'incubation, le mâle, mari modèle, se tient près de sa compagne avec une sollicitude, un bonheur, une sorte de ravissement admirable, toujours prêt à Paccompagner lorsqu'elle se lève pour aller chercher de la nourriture.

Une fois les petits éclos, il partage avec la mère les soins de leur éducation ; ils les mènent en commun, nous dit Buffon, les appellent sans cesse, leur montrent la nourriture qui leur convient, et leur apprennent à se la procurer en grattant la terre avec leurs ongles.

Il n'est pas rare de les trouver accroupis l'un à côté de l'autre, et couvrant de leurs ailes leurs petits poussins, dont les têtes sortent de tous côtés. Et alors, si le chien du chasseur a flairé la pauvre nichée, s'il approche trop près, c'est toujours le mâle qui part le premier en poussant des cris de détresse qui trahissent bien sa douleur et qu'il ne fait entendre que dans ce cas de péril extrême.

11 ne s'en va pas loin, il s'arrête à trente ou quarante pas, il espère que tout n'est pas perdu, que peut-être le chien aura pitié de sa chère famille. Mais non, le chien rivalise de cruauté avec son maître. Alors l'amour paternel ne se contient plus, le pauvre oiseau

ir,o nv. i.'iNTKi.r.iCEscE chez i,rs animaux. ^ ne songeant pasà sa faiblesse, revient sur le chien en Itatlaiit (les ailes, Quelquefois après s'être présenté, il prend la fuite, mais il fuit pesamment et en traînant l'aile comme pour attirer l'ennemi par l'espérancfî.

d'une proie facile ; et fuyant loujours assez pour n'être poiotpris, mais pas assez pour décourager le chasseur, il écarte de plus en plus la couvée.

La Fontaine attrilmc cette manœuvre intelligente à . la mère.

Quand la perdrix

Voit ses ])etits En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle Qui no peut fuir encor par les airs le trépas, • Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile, Attirant le chasseur et le chien sur ses pas, Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ; Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille, Elle lui dit adieu, prend la volée, et rit De rhomme qui, confus, des yeux en vain la suit.

Si Buffon accorde au mâle rintelligence, que la Fontaine reconnaît à la mère, le grand naturaliste dit que la femelle part un instant après le mâle, s'éloigne beaucoup plus et toujours dans une autre direction ; à peine s'est-elle abattue qu'elle revient sur le champ en courant le long des sillons, et s'approche de ses petits qui se sont blottis^ chacun de son côté, dans les herbes ; elle les rassemble promptetnent et avant que le chien, qui s'est emporté après le mâle, ait eu le temps de revenir, elle les a déjà emmenés fort loin, sans que le chasseur ait entendu le moindre bruit.

Plus nous étudierons les animaux, plus nous découvrirons en eux de dévouement et de manifestations intellectuelles.

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