LE CHARDONNERET
On sait avec quelle habileté les chardonnerets font leur nid, mais voici une preuve de leur intelligence. Un jour, un couple de chardonnerets avaient niché sur une branche qui était trop faible pour leur ser-
vir de soutien. Lorsque la couvée fut éclose, les parents s'aperçurent que le poids de la famille croissante était trop considérable pour la branche. Cette dernière allait céder. Dans ces conjonctures et pour sauver le nid daine chute imminente, ils eurent Tidée d'entrelacer dans la branche pliante une autre branche plus forte qui était à côté. Enfin, ils consolidèrent le tout au moyen d'une petite baguette qu'ils avaient ramassée. N'est-ce pas là de Viritelligence?
Tousse nel raconte qu'il y eut, sous le règne de Louis-Philippe, dans une petite ville de l'Oise, distante de 12 lieues de Paris, un chardonneret dont l'intelligence dépassa la commune mesure et qui jouit très-longtemps, dans son pays natal, d'une popularité méritée. Il appartenait à un entrepreneur de messageries qui faisait deux fois par semaine le voyage de la capitale, et il s'était habitué peu à peu à accompagner son maître en ces expéditions.
Dans le principe, il se bornait à voltiger au-devant de la voiture et à se reposer de temps en temps sur la bâche de Timpériale, où siégeait le patron, et d'où il s'échappait à l'occasion pour causer et batifoler avec les oiseaux de son espèce qu'il rencontrait sur la route. Mais il se fatigua bientôt de la lenteur du véhicule à quatre roues, et peu à peu il s'accoutuma à prendre les grande devants ; à la fin, il allait tout d'une traite annoncer la prochaine arrivée de son maître à l'hôtel de la grande ville, où il l'attendait tranquillement au coin du feu, quand le temps était à Torage et d'où il partait pour voler à sa rencontre, quand l'air était serein. C'était à chaque fois qu'on se séparait et qu'on
IKS OISEAUX, se retrouvait une effusion intarissable de c de félicitations mutuelles, comme s'il y avait dessiècleB qu'on ne s'était parlé.
Ce charmant commerce d'amitié dura phisiciurs années, pendant lesquelles tout citoyen de la ville en question eut chaque jour sous les yeux la démonstration convaincante de cette vérité philosophique, que toutes lesbonnes bêtes ont été créées pour aimer etservir l'homme, et que l'ambition secrète des plus intelligents est de se ralliera lui.
Un autre exemple de l'attachement du chardonneret est rapporté par M. Oscar Honoré, dans son ouvrage : le Cœur des bêles.
Un serin et un chardonneret partageaient la même cage et malgré leur différence d'origine, les jolis captifs vivaient dans la meilleure intelligence, se faisant force caresses, gazouillant et cbanlant n qui mieux mieux : c'était une musique perpétuelle.
Or, un jour pendant que la demoiselle de la maison accrochait un échaudé dans la cage, le canari lui glisse le long de la main, . s'échappe et prend la clef des champs. Aussitôt, le chardonneret d'en vouloir faire autant : mais haltelà I on l'arrête au passage, et c'est du fond de sa prison remise en place, qu'il répond aux joyeux appels
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que, d'un arbre voisin, luiadresse soncamaradeéyadé.
A partir de ce moment-là, le chardonneret cessa de chanter. Relégué dans un coin, pelotonné en boule et la tête cachée sous Thcrbe, il ne voulut plus ni boire ni manger ; ce que voyant, la jeune personne se mil en quête d'un autre canari. Dès le lendemain, elle lui donna un autre compagnon, et l'on crut un instant h l'efficacité du remède, car en entendant voleter le nouveau venu près de lui, le pauvre prisonnier lève la tête, change d'allure aussitôt, il fait entendre un joyeux sifflement; mais Tillusion est de courte durée; il s'aperçoit bien vite que ce n'est pas celui qu'il regrette, et comme la turbulence du remplaçant ^impo^ tune au contraire, il se fourre dans sa mangeoire, reprend sa position première et le lendemain il étail mort.
L'histoire du chardonneret est pleine de traits d'ati . tachement de ce genre, et son intelligence va de pair avec la noblesse de son cœur. Tout le monde sait l'innocence et l'honnêteté de ses mœurs à l'état libre ; le dévouement absolu du mâle à la femelle, l'amour de la famille qui caractérise l'espèce, la grâce et la gaieté de son langage, son talent prodigieux d'architecte, et cependant, l'élude du chardonneret captif est plusintéressante encore que celle du chardonneret libre.
Un chardonneret captif s'étant aperçu qu'un méchant fragment d'échaudé, inattaquable pour cause de dureté et de vieillesse, s'était amélioré par suite de son exposition à une longue pluie, prit, à dater de celte expérience, l'habitude de faire tremper dans l'eau les aliments qu'on lui offrait.
Voici une dernière preuve de Tintelligence du chardonneret. On sait que cet oiseau construit son charmant nid en trois jours. Ce nid est généralement fait de duvet végétal, de crin, de laine et de mousse. Mais ce qui prouve hien que l'oiseau n'est pas seulement guidé par rinslinct, c'est qu'il ne fait pas toujours aveuglement la même chose. On a vu une paire de chardonnerets changer leur nid trois fois en trois jours, au gré du propriétaired'un jardin où ils avaient établi leur domicile. Le premier jour on leur offrit de la laine ; ils s'empressèrent de composer leur matelas de cette étoffe. Le second jour on mit à leur portée de la ouate de colon ; ils jetèrent dehors lalaine et la remplacèrent par la substance végétale. Le troisième jour, on leur proposa du fin duvet qu'ils acceptèrent encore ; mais ils s'en tinrent là finalement.