LE SERIN
Gentillesse. — Tendre amour. — Imagination vive. — Souplesse d'intelligence.
Quel est le sot qui appelle serins les gens sans esprit? Je ne sais pas de physionomie plus animée, d'œil plus vif, de tête plus charmante, plus fine que celle de ce joyeux petit oiseau, dont les formes sont si délicates, les couleurs si douces, les manières si gracieuses, et les pieds si délicats. Tout est gentillesse et vivacité dans le serin. La femelle a je ne sais quoi de féminin. Elle me rappelle la jeune ouvrière à la mise modeste, mais propre et fraîche, et dont les chants cgayent du matin au soir la pauvre mansarde. Comme ils se ressemblent ! Même douceur dans le regard ,
166 DE L'IiNTELLIGENCE CHEZ LES ANIMAUX.
même attachement, même esprit de charité, même consolation dans la misère. L'ouvrière et l'oiseau jettent un rayon d'or et un peu de musique sur les plus pauvres ménages. Tous deux aussi sont doués d'une grande sensibilité, et d'un cœur plein de tendresse et d'affection. Tous deux peuvent mourir de douleur, quand ils sont séparés de ce qu'ils aiment.
Voyez ce que dit Buffon de nos serins favoris , toujours chantant, si familiers, si aimables, si bons maris, si bons pères et en tout d'un caractère si doux, d'un naturel si heureux, qu'ils sont susceptibles de toutes les bonnes impressions et doués des meilleures inclinations ; ils récréent sans cesse leur femelle par leur chant ; ils la soulagent dans la pénible assiduité de couver; ils Tinvitent à changer de situation, à leur céder la place et couvent eux-mêmes tous les jou pendant quelques heures ; ils nourrissent aussi leur^ — s petits, et enGn ils apprennent tout ce qu'on veut leui^ .^r montrer.
Leur cerveau, relativement au poids de leur corp^^ss, u paru plus développé qile celui de l'homme.
L'intelligence de ces oiseaux est vraiment trè^ ssouple. Ils quittent, dit-on, la mélodie de leur chai^^Bl pour se prêter à l'harmonie de nos instruments et l jric nos voix. Ils peuvent siffler et même parler. Ce q~ vi prouve la souplesse de leur intelligence, c'est la C acilité avec laquelle ils peuvent être dressés à dif^Eerenles sortes d'exercice. J'en ai vu aux foires qui fi^S'saient l'exercice avec l'assurance de vieux grenadieK^*' Fée rapporte qu'ils peuvent fournir, à eux seuls, les é fôments d'un spectacle intéressant. Ils feignent de %'<
cevoir un coup de fusil ettoinbent comme foudroyés. Leurs camarades viennent les enlever pour leur rendre les derniers devoirs. Ils devinent des cartes tirées, traînent de petites pièces de canon, font semblant de les charger, puis y mettent le feu ; ils montent la garde, manœuvrent au commandement, posent des sentinelles, etc.
Des perdrix, ajoutent Fée, ont été dressées, mais plus rarement, à faire les mêmes tours.
Un de mes amis possédait un serin et une serine, qui n'ayant rien pour faire leur nid,imaginèrentd'arracher les plumes de leur première couvée pour préparer la couche de la seconde nichée qui allait venir. Au dire de Toussenel, le serin de Canarie cstle plus 'habile, le plus intelligent et le plus infatigable de ^ous les chanteurs. On sait que la femelle chante beaucoup moins, c'est ce qui a fait dire à un malin Poëte :
Par quel dessein caclié la nature bizarre, Prodigue de ses dons, et de ses dons avare.
Voulut-elle priver les mères des serins Du caquet si commun aux femmes des humains ?
LES OIES Vigilance. — Fidélité conjugale.
A voir leur marche dandinante, leur long cou, leur bec bâillanl,les oies semblent gauches, lourdes et maladroites ; cependant elles ne sont pas si bétes qu'elles le paraissent. Leur œil, moins vif que celui de l'aigle, reflète un certain air de dignité et d'intelligence. Il est vrai que ce ne sont pas de fortes têtes, mais elles ont la vue bonne, l'oreille fine, et leur vigilance esl telle qu'on les prend rarement en défaut.
Pendant leur sommeil ou leur/epas, une sentinelle, le cou étendu et la tète en l'air, est toujours là, prête en cas de danger, à donner le signal à la troupe. Avoir sauvé Rome, ce n'est point pour une bêle un signe de sottise. Assurément l'oie est très-fine cl se distinguesurtoutpar des qualités morales.
En Ecosse, une jeune oie avait conçu un tel attacliemont pour son maître, qu'elle le suivait à n'importe quelle distance, même à travers la foule et le tumulte d'une ville. Un jour que ce gentleman descendailune des rues les pi js fréquentées, il entra dans la boutique
LES OISEAtX CALOMMÉS. . 169
d'un barbier pour se faire raser. L'oiseau attendit pa-
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On a dit que les oies ne rc
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1 église par un jars qui la tirait pat la robe avec son bee Lors |uc la y eilte était aas se a son banc 1 oi eau se retirait dans le cimetière pour paître 1 herbe et, loi's que le service était terminé, il reconduisait sa maîtresse à la maison. Un jour, le pasteur allait rendre visite à cette dame, qui était sortie; mais il trouva h fille et lui exprima quelque surprise qu'elle laissât ainsi sa mère s'aventurer toute seule. « Ahl monsieur, répondit-elle, nous ne craignons rien, ma mère n'est pas seule, lejars est avec elle. »
Les oies sauvages sont également douées d'une sa-
gacité remarquable. Leur toI a Ueu sans bruit, et l'ordre dans lequel leur voyage s'accomplit suppose, dit le docteur Franklin, unliaut degré de combinaison et
d'intelligence II ya un arrangement une méthode, un système en ^crtu desquels chaque individu garde son rang et suit le corps d armée avec le moins de fatigue possible. Elleb se pincent sur deux lignes obliques qui forment un triangle, ou sur une simple ligne lorsi]uele bataillon n'est pas nombreux. L'oiseau qui se trouve à la tête du triangle fend l'air le premier, puis il se retire au dernier rang pour se reposer, quand il est faLigué, et les autres prennent sa place •
par ordre de tour. C'est ce que nous avons pu observer cette année, en Brie, pour les outardes, qui sont nombreuses dans ce pays.
L'oie paraît être constante dans ses affections. Elle sait aussi s'indigner ; je me rappelle qu'étant enfant, lorsque nous rencontrions des oies, nous n'avions qu'à les traiter de laides pour les faire mettre en colère; elles couraient avec rage après nous, nous prenaient par nos vêtements et nous pinçaient vigoureusement, comme pour nous punir de nos insultes.
DiN DONS
Courage et dévoueinent.
Les dindons n'ont pas l'air plus spirituel que les oies. Leur tête plus petite, leur corps plus lourd, leur chant plus insipide, ne plaident pas en leur faveur. Certaines vieilles femmes généralement grandes,au nez rouge bourgeonné, gourmandes par nature, ivrognes par habitude, grommelant toujours quelques mots de colère inintelligibles, m'ont toujours paru avoir des airs de parenté avec les dindes. Toussenel, qui n'est point de la famille des imbéciles, adonné une excellente description du dindon. « C'est, dit-il, un goinfre de la pire espèce, faisant son dieu de son ventre, et qui se sait si bien destiné à la broche, qu'il prend la graisse de lui-même, et sans qu'il soit besoin d'aider à cette disposition naturelle par aucune opération chirurgicale. Sa voracité extrême est cause qu'il s'étouffe souvent en mangeant ; elle lui a fait donner le
nom de goulu dans les pays riverains de la Loire. 11 porte d'ailleurs tous ses vices écrits sur sa physionomie stupide et n'a pas l'enseigne menteuse. On dit d'un homme bête et méchant qu'il ressemble au dindon ; c'est un portrait flatté ; le lindon est mieux que bête et méchant, mieux que goulu et amoureux transi. 11 est chauve comme tous les viveurs ; il a la face, le front, les joues déshonorées par des grappes de verrues et des chapelets d'excroissances charnues vermillonnées par les excès de table. Ces caractères rappellent la physionomie du vautour, dont le dindon se rapproche par la taille, la couleur, la lâcheté et la voracité. Le vautour est un usurier de haut titre, le dindon un épais mondor, un parvena de finance ; il devait y avoir parenté physique et; morale entre les deux types. Le dindon porte encore au bas du cou un bouquet de crins noirs, evm témoignage de sa fraternité avec le bouc. Ce modèle des gourmands, des ivrognes et des oisifs, a l'humeur irascible comme tous les riches de fraîche date. Vous l'entendez toujours tempêter, glouglouter; vous le voyez toujours rouge ou bleu de colère. »
Après un portrait si saisissant des vices du dindon, qui osera prendre parti pour un être aussi vil? Y aurait-il donc sur la terre un être dépourvu de toute qualité ? Non, il n'y a que Thomme qui voie le mal partout. 11 n'est pas sur terre un animal qui n'ait un bon côté. Les gastronomes vous diront que la chair du din-
don est d'une délicatesse extrême ; les philosophes qui plaident en faveur du sexe féminin, vous affirmeront
que la dinde est la plus courageuse et la plus dévouée des mères, qu'elle se laisse mourir d'inanition sur ses œufs plutôt que de les quitter. Les dindons, malgré leur bêtise devenue proverbiale, sont cependant très-rusés. Audubon rapporte qu'ayant l'habitude do percher en troupe sur les branches nues, les dindoos sauvages sont facilement découverts par les chouettet;, dont le vol est silencieux et qui les surprennent assez fréquemment ; mais souvent aussi leur présence est annoncée à toute la bande par le cri de Tun d'eux, 6t à l'instant même ils surveillent les mouvements Je l'ennemi, qui néanmoins a choisi une victime, sur laquelle il se précipite comme un trait. Elle serait in- <lubitablement perdue si, pour s'opposer à l'action des serres puissantes de l'assaillant, elle ne baissait rapi- J^naent la tête en renversant sa queue étalée sur son dos, La chouette ne rencontre plus qu'un bouclier ^ï^cliné, sur lequel elle glisse sans rien saisir que des plumes. Le dindon saute alors à terre et n'a perdu <lUe quelques pennes.
On a cru jusqu'ici que l'amour des enfants était, ehez tous les gallinacés, le privilège exclusif des fe- 'Uelles ; on attribuait ce fait à la polygamie. Et voici ÏUele dindon, qui s'en douterait? va nous fournir ^^He exception à cette règle. Une dinde était en train ^G couver. Le inàle, qu'on avait séparé d'elle, parut ^i malheureux de sa solitude, si abattu, qu'on lui Permit de vivre dans le même endroit que sa compagne, Aussitôt entré, il se coucha près delà dinde. On ^t d'abord que c'était une simple marque d'affection; mais on découvrit bientôt qu'il avait pris sous
lui une partie des œufs, qu'il couvait soigneusement. La servante qui était chargée de soigner les volailles, crut que cette méthode de couver n'aurait point grand succès et replaça les œufs sous la dinde ; mais lemâle ne fut pas plutôt remis en liberté, qu'il en reprit quelques-uns à sa charge, comme il avait fait précédemment. Le maître, ayant observé le fait, résolut de courir les chances de Pexpérience, et laissa le dindon suivre son penchant. Il fit même préparer un nid avec autant d'œufs que le large corps de Toiseau en pouvait couvrir. Le dindon parut enchanté de cette marque de confiance ; il se plaça avec une patience toute maternelle sur les œufs, et se montra si attentif aux devoirs de Tincubation qu'il prenait à peine le temps d'aller à la recherche delà nourriture. A l'expiration du temps habituel, vingt-huit jeunes percèrent leur coque. Le dindon, qui était, à quelques égards, la mère de cette nombreuse couvée, sembla quelque peu perplexe quand il vit une famille de si petits animaux becqueter autour de lui et réclamer sa constante vigilance. On les lui enleva dans la crainte qu'il ne les foulât sous ses grosses pattes ou qu'il ne les négligeât. Il est regrettable qu'on n'ait pas continué l'expérience; il eût été curieux de voir comment le dindon aurait rempli cette seconde moitié de sa tâche.
GRUE ET CANARD A quoi sert l'illusion.
Un gentleman possédait, depuis quelques années, lin ménage de grues ardoisées. L'une des deiïx mourut et le survivant se montra inconsolé. Il allait, selon toute vraisemblance, joindre sa compagne, lorsque le maître fit apporter, dans Toisellerie, une grande glace. L'oiseau n*eut pas plutôt vu son image réfléchie, qu'il se plaça devant la glace, fit sa toilette en lissant ses plumes et donna des signes de contentement. Le plan eut un succès complet. Le mâle rccotivra sa santé, reprit ses esprits et vécut encore plusieurs années. L'oiseau se figura-t-il que l'image qu'il voyait dans la glace était l'ombre revenue de celle qu'il pleurait? ou bien était-ce seulement une diversion à la solitude ?
Il existe dans les Indes une grue gigantesque (arrfew argila)^ qui partage avec les chacals Toffice d'inspecteur de la voirie publique.
Il n'est pas jusqu'au canard, dont la voix nasillarde et discordante dénote peu d'intelligence, qui cependant ne montre à l'occasion une rare intelligence. Voici ce qu'un de nos plus éminents naturalistes a entendu raconter par une personne digne de la plus entière confiance :
« Une jeune dame était assise dans une chambre, près d*une cour où s'ébattaient les poules, les canards et les oies. Un canard entra, s'approcha -
d'elle, saisit du bec le bas de sa robe et la tira vivement. Distraite, elle le repoussa de la main. Il insista. Un peu étonnée, elle prêta quelque attention à cette pantomime inaccoutumée, et il lui parut que le canard voulait l'entraîner dehors. Elle se leva, il s'empressa de marcher devant elle. De plus en pins surprise, elle le sui\it et il la conduisit jusqu'au bord d'un bassin, où elle aperçut une cane qui avait la tête prise dans la porte d'une écluse. Elle se hftta de dégager la pauvre bcte, et la rendit au canard, ({ui, des ailes et de la voix, témoigna tout le contentement que lui causait la délivrance de sa compagne. »
LES MAMMI FÈRES
Nous voici arrivés à la classe des animaux qui, par ur organisation comme par leur intelligence, se ipprochent 1c plus de Tliomme. Les mammifères postdent un squelette osseux, intérieur, articulé ; c'est la lionne vertébrale, point d'attache et centre de rayonsment de tout l'organisme. Ils possèdent aussi un îrveau dont les hémisphères sonttrès-développés,un leur à deux ventricules et deux oreillettes, des pouions pour respirer Tair, pour oxygéner le sang, et ûmuler tous les organes et en particulier le cerveau, eur cavité thoracique contient les poumons et le œDr, qui sont toujours séparés de la cavité abdomilale par un diaphragme complet; leurs globules anguins sont de forme circulaire.
Leurs organes des sens acquièrent une grande HîrfectioD, même dans leurs parties accessoires : ûnsi, il y a des paupières distinctes dans la plupart les espèces^ une conque auditive et d'autres disposiions qui ne se retrouvent pas chez les ovipares. La )ouche est pourvue de lèvres charnues, excepté chez e» monotrèmes, et le corj)s est habituellement cou* ert de téguments particuliers.
Les mammifères ont tous ciiifi sens, mais d'étendue différente. Ainsi, les espèces qui se tiennent, comme le chamois, le bouquetin sur les montagnes et dont la course est rapide, vagabonde, ont une vue presbyte, et voient mieux de loin que de près ; au contraire, les races pesantes qui peuplent les vallées, telles que les cochons, les rhinocéros, voient mieux de très-près; ceux dont les yeux sont trop sensiblesàla vive lumière, offusqués de Téclat du jour, ne sortent que de nuit, comme les chauves-souris, ou même se cachent sous terre comme les tatous et les hérissons. Les peuplades les plus faibles, étant par cela même plus timides, font plus d'usage de Touie pour éviterle danger : le lièvre, le lapin, la gerboise, les souris et les autres rongeurs tendent Toreille au moindre bruit pour fuir, tandis que les races puissantes ou courageuses, le lion, les tigres, les chats, les lynx, dont la vue est perçante, même pendant la nuit, ont des oreilles courtes et l'ouïe faible , la force d'un sens compensant d'ordinaire la faiblesse de Tautre.
Chez les carnivores, le sens du goût devient un appétit ardent, sanguinaire; il faut aux herbivores une délicatesse de ce sens assez grande pour distinguer la plante qui doit nourrir de celle qui empoisonne.
Ainsi, dit Virey, la nature approprie la constitution de chaque individu à la destinée qu'elle lui donne sur la terre; si elle prive de dents les tatous, les pangolins, elle les couvre de cuirasses ou d'écaillés; si elle a rendu faibles et presque sans défense le hérisson, le porc épie, elle change leurs poils en une forêt de dards acérés, et ces animaux n ont qu'à se rouler
. en boule épineuse et ils sont inattaquables; si la nature dénie aux espèces herbivores des dents fortes ou des griffes crochues, elle arme la tête chez les ruminants de cornes menaçantes; enfin, elle donne à de timides rongeurs, soit l'industrie de se cacher sous terre, comme la marmotte, le lapin, le rat, soit Tagilité de sauter d'arbre en arbre, comme Técureuil, soit la vitesse de la course et d'immenses gambades pour fuir, comme aux gerboises, au kanguroo qui bondissent commodes sauterelles. Les vigognes n'ont aucune défense, mais si l'on veut les frapper, elles lancent sur leurs ennemis une salive acrimonieuse et dégoûtante. Les putois, les mouffettes, les coasses exhalent, lorsqu'on les poursuit, des vapeurs empestées et si exécrables, qu'elles font quitter prise à leurs ennemis les plus acharnés; enfin, parmi tous les animaux, les uns épouvantent leurs persécuteurs par des hurlements affreux, comme les singes alonates, d'autres déroutent leurs ennemis par une foule de ruses, de soins prévoyants, et savent se ménager ou des asiles sûrs ou d'obscures retraites.
Les plus petites espèces, outre qu'elles sont plus fécondes en nombre et se propagent plus souvent, sont aussi plus robustes et plus vives à proportion que les grandes espèces. Avantqu'un éléphant ou une baleine se soit seulement retourné, un lérot, une souris auront fait cent mouvements ; la petitesse des membres donne plus d'unité, de solidité au corps ; des muscles plus courts se contractent plus aisément, tout mouvement est plus rapide et plus fort que chez les animaux
très-Tolumineux.
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Les mammifères forment la classe intermédiaire, par laquelle les autres animaux se rapprochent de nous, et ils groupent les espèces inférieures autour de l'homme. En effet, la famille des singes parait vouloir s'élever jusqu'auprès de l'espèce humaine, et se tenir ainsi sur les marches du trône. D'autre part, les chauves-souris, les polatouches et d'autres espèces ({ui voltigent, semblent appeler les oiseaux vers la classe des mammifères ou du moins les représenter; de même les tatous , les pangolins, quadrupèdes couverts soit de cuirasses, soit d'écaillés superposées, semblent se rapporter aux reptiles, tels que les tortues et les lézards ; tandis que les mammifères amphibies, comme les veaux marins ou phoques, les vaches marines, les cétacés tenant de la nature des poissons, paraissent se lier à cette grande et nombreuse classe d'animaux aquatiques.
Ainsi, dit Yirey, les mammifères sont le nœud auquel se rattachent les diverses classes supérieures du règne animal, comme au type le plu§ parfait, et comme au premier anneau de la chaîne de gradation de tous les êtres animés , placés immédiatement aprèij rhomme. Comparons, en effet j aux
mammifères les diverses classes. L'oiseau citoven
des airs a reçu un tempérament vif et chaud, délicat et sensible; toujours gai, pétulant, volage, il est plein de fougue et d'inconstance comme le milieu mobile qu'il parcourt, mais les poissons, peuples froids des ondes, sont, d'un caractère insouciant, apathique, à cause du ramollissement de tous leurs organes ; ils ne s'oecupenl que des besoins les plus matériels. Toute
leur vivacité s'épuise en efforts physiques pour nager ; leur vêtement écailleux, les soustrayant aux impressions, les empêche de sentir, de perfectionner leur intelligence. Leurs communications de sentiments ou d'idées sont toujours arrêtées, refroidies par le liquide qui les sépare. Le quadrupède, au contraire, se tenant dans un milieu également éloigné des hauteurs de l'atmosphère et des profonds abîmes des eaux, marchant en possesseur et en maître avec l'homme souverain sur la terre, semble tenir aussi le milieu entre les extrêmes. Il n'a ni l'ardeur, ni la pétulance de l'oiseau, ni la stupidité brute du poisson, ni la lourde apathie du reptile qui se traîne dans la fange; mais fixé sur un sol ferme et sec, son naturel a reçu aussi plus de consistance et sa charpente plus de solidité. La démarche du quadrupède n'a point la rapidité du vol ni la prestesse de la nage du poisson ; mais elle n'a pas la lenteur pénible de la tortue et des reptiles; sa vitesse modérée permet plus facilement aux sens d'agir, aux*facultésde se développer.
D'ailleurs, toute la série de ces mammifères ne représente qu'une longue suite de dégradations de la structure propre de l'homme. Le singe considéré, soit dans sa forme extérieure, soit dans ses organes internes, paraît un homme dégradé : membres, squelette , muscles , veines , nerfs , cerveau , estomac et principaux viscères sont presque absolument semblables aux nôtres, soit dans la structure générale, soH jusque dans les ramifications des moindres raisseaux. Il semble donc, par rapport à nous^ un être ébauché, quoique parfait dans son es-
pèce. La même nuance de dégradation s'observe en descendant du singe à la chauye-souris, de celle-ci au paresseux, au quadrupède Carnivore et à toute la série.
Le moindre volume du cerveau et surtout des hémL sphères, le moins grand nombre de circonvolutio rendent aussi Tanimal plus brute ou plus bête, effet, le singe lui-même et les quadrupèdes se coik :v bent vers la terre, leur museau s'allonge, tout cïm.ez eux tend à accroître les appétits, les penchants des sens ; ils ne songent qu'à satisfaire à leurs désirs.
Les quadrupèdes sont de tous les animaux les plus capables de nous comprendre, non pas seulement à cause de leur organisation, mais parce qu'ils sont plus susceptibles d'être domestiqués. L'oiseau garde déjà moins de rapports avec nous; car quelque familiarité, quelque intelligence qu'on suppose au perroquet, au serin apprivoisé, la qualité du chien, du castor, àe l'éléphant, l'emporteront toujours. Plus un animal bien organisé approche de nous, plus il- peut nous comprendre, plus nous pouvons développer son intelligence; cela est surtout vrai pour les mammifères.
Néanmoins, l'action de l'homme sur la domesticité des animaux est limitée à leur sociabilité. Il n'est pas une seule espèce devenue domestique qui naturellement ne vive en société; dotant d'espèces solitaires que r homme n'aurait pas eu moins d'intérêt, sans doute, à s'associer, il n'en est pas une seule qui soit devenue domestique, et, chose singulière, la sociabilité, chez les animaux, ne dépend ni de l'intelligence, car la brebis stupide vit en société, et le lion. Tours,
LES M.VMMIKEHES. 185
le renard vivent solitaires ; ni de l'habitude, Ciir 1p long séjour des petits auprès des parents ne l'amène pas. L'ours soigne ses petits aussi longtemps et avec autant de tendresse que le cliîen, et cependant l'ours est au nombre des animaux les plus solitaires. Frédéric Cuvier établit trois états distincts parmi les animaux : celui des espèces solitaires, les cliats, les martres, les ours, les hyènes, etc., celui des espèces qui vivent en famille, les loups, les chevreuils, etc.; et celui des espèces qui Torment de véritables sociétés, les castors, les éléphants, les singes, les chiens, les phoques, etc.
C'est à l'étude de ces sociétés que s'est attaché Frédéric Cuvier. Il suit les progroa de l'animal qui naît au milieu de sa troupe, qui s'y développe, qui, à chaque époque de sa vie, apprend de tout ce qui l'entoure à mettre sa nouvelle existence en harmonie avec les anciennes.il montre dansia faiblesse des jeunes animaux le principe de leur obéissance pour les anciens quiont déjà ta force, et dans l'habitude d'obéir une fois prise par les jeunes, la raison pour laquelle le pouvoir reste au plus âgé, quoiqu'il devienne ii son tour le plus faible. Toutes les fois que la société est sous la conduite d'un chef, ce chef est presque toujours, en effet, le plus âgé delà troupe. M. Flourens pense que cet ordre peut être troublé par des passions violentes. Alors l'autorité passe à une autre ; et après avoir de nouveau commencé par la force, elle se conserve ensuite de même par l'habitude. Il y a donc, dans la classe des mammifères, des espèces qui forment de véritables sociétés j et c'est de ces espèces seules ajift
r homme tire tous ses animaux domestiques. Le dieval devenu, par la domesticité, Tassocié de rhomme, l'est naturellement de tous les animaux de son espèce.
Le mouton que nous ayons éleyé nous suit ; mais il suit également le troupeau au milieu duquel il est né. 11 voit dans l'homme, selon l'expression de Frédéric Cuvier, le chef de la troupe. L'homme, d'après M. Flourens n'est pour les animaux qu'un membre de la société ; tout son art se réduit à se faire accepter par eux comme associé ; car, une fois devenus leur associé, il devient, bientôt leur chef, leur étant aussi supérieur qu'il l'est par TintelUgence. D ne change donc pas Tétat naturel de ces animaux, comme le dit Buffon, il profite, au contraire, de cet état naturel. En d'autres termes, il avait trouvé les animaux sociables, il les rend domestiques ; et la domesticité n' est ainsi qu'un cas particulier, qu'une simple modification, qu'une conséquence de la sociabilité.
Tous nos animaux domestiques sont de leur nature, des animaux sociables. Le bœuf, la chèvre, le cocbon, le chien, le lapin, etc., vivent naturellement en société et par troupes.
Le chat n'est point domestique, il n'est point asservi, il n'est qu'apprivoisé; de même l'ours, le lion, le tigre, peuvent être apprivoisés, mais non domestiqués. L'influence de l'homme fait d'un animal sociable un animal domestique, mais d'un animal solitaire il ne peut faire qu'un animal apprivoisé.
M. Flourens rattache la domesticité à l'instinct sociable des animaux. Mais d'où vient cet instinct socis-
ble ? Par quoi est-il déterminé? Evidemment, par l'organisation. Lés animaux qui jusqu'ici ont résisté à la sociabilité sont évidemment ceux chez lesquels Taninaalité est le plus développée, qui sont le mieux armés pour assurer leur existence et défendre leur vie. Et, si le développement de Tintelligence semble n'entrer pour rien dans la faculté sociable, il n'en est pas ïHoins certain que Thomme ne peut tirer parti de la domesticité qu'autant que Tanimal est intelligent.
Il y aurait intérêt à dresser le phoque à.la pêche, ^aîs la plupart des didelphes, des édentés, des rongeurs, ont l'intelligence trop bornée pour que "homme puisse en tirer de grands avantages. Nous 'appellerons ici que le degré de l'intelligence des Mammifères est relatif au développement des hémisphères cérébraux.
Les hémisphères des rongeurs n'ont pas de circonval- '^tîons; ceux des ruminants en ont; ceux des pachydermes en ont davantage, et ainsi, de plus en plus, dans *^s carnassiers, dans les singes, dans les orangs.
Les hémisphères des rongeurs n'ont qu'un lobe, ^Ux des ruminants en ont deux ; ceux des pachydermes en ont trois; et, à plus forte raison, ceux des carnassiers, des singes et. des orangs et de l'homme.
Quant à rétendue totale des hémisphères d'avant en ^^ière : dans les rongeurs, ces hémisphères ne recou- ^^^oi pas les petites éminences appelées tubercules î^adrijumeaux ; dans les ruminants, ils les recou- ^^ent;dans les pachydermes, ils atteignent le cerve- ^^^, ils recouvrent tous le cervelet dans les orangs, et *^ïï8 rbomme, ils le dépassent.
Tout en faisant ces remarques sûr le sii&gi tiel de Tintelligence, n'oublions pas que toi autres fonctions réagissent sur la fonction céi
Nous allons commencer l'étude dePintelligc mammifères par ceux qui possèdent un cerveai développé. Puis, nous remontrons successivem qu'à ceux dont les facultés intellectuelles se i chent le plus de celles de l'homme.
s rongeurs o
its, deux longues dents de devant tranchantes à chaque mâchoire, et des molairee, en général, au nombre de trois ou quatre. Un espace vide, comparable à 'a barre des chevaux, sépare leurs incisives de ieuTs molaires.
Le nombre des genres de cet ordre est Irès-considé- Table et l'on n'y connaît pas moins de quatre cents espèces. Tels sont les écureuils, les marmottes, les castors, les campagnols dont les ondatras font partie, les rats, les gerboises ou rats sauteurs, les spalax, qui sont aveugles, les batliyergues ou rats taupes, les porcs-cpics, les échimys, les agoutis, les cobayes ou cochonsd'Inde et les caliiais.
Les lièvres et les lapins sont aussi des rongeurs ; mais ils diffèrent des précédents en ce qu'ils ont, en arrière de leurs incisives supérieures, une paire de dents plus petites et d'une autre forme. Ce caractère Ke retrouve chez les lagomys, petits rongeurs des régions alpines, aujourd'hui étrangers à l'Europe occidentale, mais qui y ont vécu pendant les premiers temps de la période quaternaire,
192 LE L-lSTEI.I.lflESCE HllKZ LES ANlMArX.
On trouve, aux environs de Paris, des débris fossiles de ces rongeurs associés à ceux des raarmoUes, de spermophiles, de castors, de hamsters, animaux aujourd'hui détruits dans la même contrée, mais qui \ pullulaient alors avec certaines espèces qui s'y soni seules conservées comme les iérots, les campagnolsei les mulots.
Les rongeurs sont généralement timides et destinés à ronger la plupart des substances végétales. Leur taille est généralement petite, à l'exception du cabiai, qui est grand comme le cochon; leporc-épic, le castor, la marmotte, le lièvre et le lapin sont au nombre d?» plus grandes. Ils ont les pattes postérieures et génêlalement le train de derrière plus fort quecelui de devant ; ils courent et sautillent rapidement ; ils ont le museau plus ou moins arqué, la gueule médiocrement ouverte, et la lèvre supérieure ordinairement fendue en long, disposition très-visible dans le lièvre.
L'ouïe est généralement fine. La longueur des oreilles est proportionnée aussi à l'usage qu'ils doivent en faire pour leur conservation. Les fouisseurs en ont de très-petites ; ceux qui vivent au bord descaux ctqni nagent fréquemment comme le castor et le rat d'eau, ont l'oreille courte, arrondie et peu mobile ; les raU et les souris, les lapins et les lièvres, animaux qui échappentau danger par la fuite, lesont,3u contraire, très-développées.
Leur tète est toujours plate et arquée en dessus, d'avant en arrière ; leur cou est généralement court et toujours soutenu par sept vertèbres.
Leurs yeux sont placés sur les côtés de la tétc et plus ou moins développés selon les habitudes de Tanimal. Ainsi, chez les lapins, les lièvres, les polatouches et les loirs, ils sont gros et saillants ; chez les écureuils, les rats et les autres espèces diverses, ils sont d'une dimension médiocre ; chez les campagnols et les taupes, qui passent une partie de leur vie sous terre, ils sont très-petits ; chez la spalax, qui ne sort jamais de son habitation souterraine, ils ne sont que mdimentaires.
Quant à leur cerveau, il est moins bien conformé que chez tous les autres mammifères.
Il est facile de l'ensemble de Torganisation de ces animaux, de déduire le degré de leur intelligence qui est également moindre que celle des ruminants, des pachydermes, des carnivores et des quadrumanes. Vue cause qui ralentit le mouvement intellectuel d'un certain nombre de rongeurs, c'est la variabilité de leur température.
L'activité vitale et aussi l'activité intellectuelle dépendent en grande partie de la régularité avec laquelle s'opère la fonction de la nutrition. Une alimentation appropriée aux besoins de l'accroissement des organes et à leur entretien ; des phénomènes de combustion s'exerçantdans toutes les parties du corps, l'élaboration des principes de nature plastique et leur transformation : telles sont les principales sources de la chaleur et de la vie chez les mammifères. Cettechaleur, la vie la développe et, à son tour, elle est indispensableàTexercice des fonctions, et, par conséquent, à celles de la fonction cérébrale.
Certains rongeurs se rapprochent des reptiles par rabaissement qu'ils éprouvent dans leur température quand arrivent les froids. Aussitôt que la température < commence à baisser d'une manière sensible^ et plu&e particulièrement lorsque la nourriture va leur man — quer, les loirs et les marmottes restent alors engour- dis. Leurs fonctions s'exercent à peine, mais elles n^^ sont pas complètement suspendues ; cependant, la cii culation s'est beaucoup ralentie et la combustion respiratoire a perdu Une grande partie de son intensil Une marmotte qui, dans son état d'activité, bru
I^^^IQS de carbone par heure et pour chaque kil <
gramme de son poids, n'en brûle plus que 0«',04(^ ; 0*',048, c'est-à-dire, la trentième partie, lorsqu'&nie est tombée dans le sommeil hibernal. Aussi, la teizB. pérature du corps de ces animaux s'abaisse-t-^I/e d'un nombre considérable de degrés. Spallanzani soi/tient même qu'une marmotte n'a plus du tout hesoia de respirer et^que Ton pourrait la plonger dans un gaz délétère sans la faire périr. Ce ralentissement dam/a circulation, dans la respiration, dans la calorification amène nécessairement un ralentissement dans l'acti* vite cérébrale, mais ce phénomène est l'exception parmi les rongeurs, et nous allons voir que l'intelligence se rencontre encore assez développée chez ces animaux.
Quant aux sentiments affectifs, ils ne sont pas trèsremarquables.
Les espèces purement herbivores, timides et craintives, n'ont point d'armes, elles trouvent leur salut dans la fuite. Les animaux dont l'alimentation est
ïKnixte, animale et végétale, les rats, par exemple, sont f d'une férocité très-redoutal>le.
Je ne sais yraiment pas pourquoi Toussenel a rangé le rat parmi les bétes à détruire. Le rat est essentiellement un animal domestique, il aime la vie de famille, il affectionne la demeure du pauvre, et il préfère de beaucoup aux palais de nos rois la chétive masure aux murs de boue et d'argile. Ses mœurs sont patriarcales ; sa longue moustache blanche, ses sourcils proéminents, son regard vif et pénétrant, ses babitudes sournoises lui donnent une physionomie à la fois fine et respectable.
L'histoire du rat setrouve associée à toutes les épopées historiques du genre humain ; cet animal a suivi les armées, les grandes expéditions maritimes. Toutes les hordes envahissantes ont amené à leur suite un rat particulier. On peut ainsi retrouver, dans les différentes variétésdecettecréature, la succession desraces I liumaines qui se sont établies à la surface de chaque territoire.
Quelques années après la fatale période de 1686, alors que l'aristocratie anglaise prit sur elle de disposer de la monarchie héréditaire pour défendre ses intérêts, arriva sur les côtes de ta Grande-Bretagne un vaisseau venant d'Allemagne; ce vaisseau apportait deux objets d'importance ; une dynastie, et un rat, \e
rat brun, qui est devenu un véritable fléau pour la Grande-Bretagne, où il a dévoré toutes les autres races de rats.
Le rat, comme le barbare, est un fléau que IKen envoie aux nations civilisées pour les avertir et les punir de leurs égarements. Si cela est, je demande à Toussenel pourquoi il veut qu'on détruise cet animal si utile. D'autant mieux que, de l'aveu même de Tauteur de VEsprit des bêtes^ le rat a été chai^ plus d'une fois de l'exécution des sentences divines et qu'il occupe à ce titre une place importante dans les fastes de l'humanité. C'est le mulot d*Égypte, dit-il, qui détruisit l'armée de Sennachérib ou d'un autre en dévorant pendant la nuit toutes les cordes des arcs ettoutes les courroies des boucliers assyriens. Pline, ajoule-t-il, a consacré un chapitre entier de son huitième livre à raconter les cités détruites par les ravages desbétes.Lcratajoué, avant et depuis Pline, un rôle immense dans l'histoire de ces bouleversements. On sait le sort de cet archevêque de Mayencc qui fut arraché de sa tour, traîné jusi* qu'au milieu du Rhin et noyé par une bande de rati suscités par Dieu même, et qui ne se retirèrent satia* faits, dit l'histoire calviniste, qu'après avoir faitdiapftraitre à coups de dents, des tapisseries saintes, le nom et l'image de l'impie.
Malgré ces témoignages, peu rassurants, de l'avidité du rat et de son goût pour la chair humaine, on cite des exemples d'un véritable attachement de ces animaux, non-seulement les uns pour les autres, quoique souvent ils se dévorent entre eux, mais encore pour
rhomme. Le rat n'est point insensible aux bons traitements et il s'attache aux personnes qui le nourrissent et le caressent. Demandez plutôt aux prisonniers. Du reste, les rats sont d'habiles et intelligents ouvriers, ils se construisent des cabanes, dont les unes plus petites ne sont habitées que par une seule famille; les autres plus grandes en contiennent plusieurs. Leur intelligence se montre surtout dans le choix du lieu même où ils s'établissent. Us bâtissent leurs loges dans des marais, ou sur le bord des lacs et des rivières, qui ont beaucoup d'étendue et dont le lit est plat, où par conséquent l'eau est dormante, et où, enfin, le terrain produit abondamment des plantes dont les racines sont convenables à leur nourriture. Ils choisissent les endroits les plus élevés de ces terrains pour construire leurs loges, afin que les eaux puissent s'élever sans les incommoder; si leur loge est trop basse, ils l'élèvent, et l'abaissent si elle est trop élevée ; ils la disposent par gradins, pour se retirer d'étage en étage, à mesure que l'eau monte : lorsque cette loge est destinée à sept à huit rats, elle a environ deux pieds de diamètre en tous sens, et elle est plus grande proportionnellement, lorsqu'elle en doit contenir davantage: il y a autant d'appartements qu'il y a de familles. Tous ces actes sont empreints d'intelligence.
En voici d'autres encore. On sait avec quelle habilité les rats savent nager. Ils traversent des rivières pour aller chercher dans les maisons et les jardins des provisions et ils ne manquent jamais de repasser l'eau au point du jour, de peur d'être surpris.
200 ni; l.'lNTET.T.IGENnE ClIEK l.RR ANIH.VUX.
Un autre trait prouve encore la finesse de cet animai. Une tribu de rats avait fixé sa résidence près du chenil où demeurait une meute de eliiens de cliasse. La nourriture de ceux-ci leur était servie dans d'étroites auges et les rats avaient l'habitude de venir partager le diner des chiens qui, dressés à la chasse du renard, dédaignaient les vils rongeurs, mais ceux-ci, ne voyant aucun danger, arrivèrent en si grand nombre et dévorèrent si bien la pitance des chiens, que le maître du chenil résolut de détruire ces maraudeurs. En conséquence, il perça un trou dans le mur, à l'extrémité de chaque auge, et plaça dans cette ouverture un canon de fusil bien chargé, de manière à balayer tous les rats du même coup. A l'heure habituelle du <iiner, il distribua les Jomestiques devant toutes tes armes à feu ; puis après avoir soigneusement verrouillé les chiens dans leur dorloir, il donna le signal habituel, fit mettre la nourriture dans les auges et se retira du chenil, bien déterminé à attendre que les rats fussent assez engagés dans la citadelle pour les exterminer tous avec une seule décharge.
Il attendit avec patience, il attendit longtemps; mais pas un seul rat ne parut. Après avoir laissé la nourriture environ une heure sans rien voir venir, il lAcba les chiens, qui se précipitèrent aussitôt sur leur diner. A peine avaient-ils commencé leur repas que les rats se montrèrent, et, comme s'ils avaient U conscience d'êlre gardés parles chiens, ils reprirent leur place habituelle Jans les mangeoires. Ils n'avaient jamais dîné d'un si bon appétit.
L'intelligence du rat est telle, que celui qui a
'<iliappé à un piéger s'y laisse rarement reprendre, ^* autres exemples prouvent encore cette intelligence. Le docteur Franklin raconte que, quand les rats ^^ sont introduits dans un vaisseau, tout va bien pour ^\jix aussi longtemps que la cargaison est à bord et Qu'ils peuvent se procurer cet objet de première né- ^^ssité, l'eau. Mais si Peau est trop bien gardée contre 'ours entreprises, ils ont recours, pour se la procurer, ^ un expédient extraordinaire. Par une nuit pluvieuse, ^Is viennent boire sur le pont : on les voit même alors Monter dans les agrès pour recueillir Peau qui se trouve entre les plis des voiles. Sont-ils réduits à l'extrémité, ils attaquent les tonneaux de liqueur spiritueuse et ils s'enivrent alors tellement, qu'ils sont incapables de regagner leur domicile. Les rats qui logent à terre rongent de même les tuyaux de métal qui, dans les cabarets, conduisent les boissons alcooliques du tonneau au comptoir. Toute la race a l'oreille très-fine pour saisir le bruit que font les liquides en coulant. C'est, sans aucun doute, la difficulté de se procurer de l'eau qui les engage, dans plusieurs cas, à abandonner un vaisseau, du moment que ce vaisseau touche la terre. Dans de pareilles occasions, ils gagnent le rivage à pied sec, si la chose est possible, entreprise qu'ils exécutent alors en passant un à un le long des cordes qui amarrent le bâtiment. Si pourtant tout moyen d'exécuter le passage à pied sec leur manque , ils n hésitent point à nager. C'est par de semblables moyens que, se trouvant à terre, ils s'introduisent dans un vaisseau.
Leurs habitudes envahissantes sont si bien connues
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DE l,'INTRl,LI(iENCE <:ilEZ LES ANIMAUX.
des marins, que c'est chez ces derniers une habitude commune, quand ils entrent dans un port, d'emmancher un balai dans les câbles: les pointes des
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branches de bouleau arrêtent alors la marche de wf quadrupèdes nautiques. On ne tarirait pas si l'on voulait citer tous les exemples connus de l'intelligence des rats.
On sait, du reste, que cet animal a donné lieu i\ une légende polonaise, dans laquelle on raconU; que le roi Popiel, qui empoisonna ses oncles, fil
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;tcr leurs cadavres dans un lac. Ces cadavres roduisirent une énorme quantité de rats, lesquels e jetèrent ensuite sur Popiel, sa femme et ses cnints. Aucun moyen ne put arrêter la fureur de ces ats ; en vain les serviteurs eurent-ils recours aux rmes et au feu ; en vain toute la famille de Popiel hercha-t-elle un refuge sousTeau; les rats la pouriuivirent partout et finirent partner Popiel et les iieus dans le château de Kruszwic.
LifeVRES ET LAPINS
CoiiiiiMint le bfnn a^-il été amené à se creuser une retraite? -- Amour de la propriété. — Respect à la vieillesse.
Le lièvre, auquel la nature a donné des sens moins as qu'à beaucoup d'autres animaux , a recours , •rsqu'il est chassé, à des ruses capables d'exciter la lousie d'un renard. Le lapin, plus faible que le lièvre, inonce une intelligence bien plus étendue. Un chien )urant prend une lièvre à la course ; mais les bons pins mettent les meilleurs chiens sur les dents. Ils int courir les lièvres devant les chiens en leur lieu et lace, et ils vont par un crochet, décrit à propos, abriter et grignoter quelques plantes en attendant ur retour.
Le lapin se creuse une demeure, se choisit une com-» igne, vit en société. Ses intérêts ne sont pas seule^ ent concentrés dans sa famille, ils s^étendcnt à toute la publique souterraine, à tous les êtres de son espèce li ont avec lui des rapports de voisinage. Lorsque ^ lapins sont sortis du terrier pour se repaître, ceux
Wl lit L'INTELLIGENCIJ CHEZ LES AMHÀLX.
d'entre eux que l'expérience a accoutumés à l'inquiétude, partagent toujours leur attention entre le repas qu'ils font et les dangers qui peuvent survenir. S'ils
lU font courir les
se croient menacés de quelque surprise, ils sonnent l'alarme aux environs en frappant la terre avec tes pattes (le derrière et les terriers retentissent au loin de ces coups redoublés. Toute la peuplade se presse ordinairement de rentrer ; mais si quelques lapins plus jeunes et plus imprudents ne cèdent pas aux premiers avertissements, les vieux restent, en frappant
toujours et s'exposant eux-mêmes pour la sûreté publique.
Georges Leroy fait remarquer que la disposition qui porte les lapins à se creuser un terrier n'est pas purement machinale, puisque ceux qui ont été longtemps domestiqués manquent absolument de 'cette industrie. Ils ne s'en avisent que quand la nécessité de garantir leur faiblesse du froid et du danger les a forcés de réfléchir sur les moyens d'y pourvoir. « Ce n'est donc pas toujours eu vertu d'un instinct supérieur. en soi, ajoute ce savant observateur, que nous ▼oyons quelques espèces faire des choses qui annoncent plus de sagacité que n'en montrent quelques autres* Il parait certain que si le froid ou d'autres inconvénients ne faisaient pas plus souffrir le lapin que le lièvre n'en est incommodé, cet animal, qui se creuse un terrier, n'en prendrait pas la peine. On fait peut-être honneur à son industrie de ce qui n'est dû qu'à sa faiblesse. Mais lorsque le besoin a conduit une espèce d'animaux à une découverte de cette nature, ce premier pas fait, il doit en résulter un^ foule d'idées successives qui élèvent cette espèce fort au-dessus des autres. »
Travailler de concert à se loger et habiter ensemble, c'est un nouvel ordre de choses qui devient bien fécond pour des êtres sensibles, errant autrefois sans demeure. « 11 est impossible, dit Georges Leroy, que l'idée de propriété ne naisse pas du sentiment de la peine qu'a causée le travail joint à celui de son utilité, et que la cohabitation n'établisse pas des rapports de voisinage. L'idée de propriété est certaine chez les
lapins. Les mêmes familles occupent les mêmes terriers sans en changer, et la demeure s'étend lorsque la famille augmente. Ils prennent yn intérêt vif et courageux à tous ceux dé leur espèce. La yieillesse et la paternité sont fort respectées parmi eux. »
Par ce qu'on voit, il est vraisemblable que, si Ton pouvait juger de l'économie domestique, on y trouverait autant d'ordre qu'on croit en remarquer parmi les abeilles.
Georges Leroy attribue aux besoins des animaux, à leur sensibilité, aux développement de leurs sens , leur industrie, leurs actes intelligents. Sans doute, le besoin, la sensibilité, les sens sont de véritables excitants de rintelligence, mais encore une fois, sans le cerveau, il n'y a pas de mémoire, pas d'idées de rapport, pas de raisonnement, pas d'intelligence possible chez les vertébrés.