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LE CHIEN DU POLICEMAN

11 y a quelques années un policeman avait été tué à Kingstown dans des circonstances mystérieuses. La justice informait. Un petit chien actif et fureteur, appartenant à la race de l'épagneul, rôdait chaque jour autour (le la chambre de la victime, entrait, sortait cl semblait prendre à l'enquête des magistrats un intérêt tout personnel. On admira la conduite de l'animal, et undes juges d'instruction demanda à Tun des officiers de la sûreté publique : « A qui appartient ce chien ? — Oh ! répondit Tofficier ne le connaissez-vous point? J'aurais cru que tout le monde connaissait Peeler, le chien de la police. » Le juge s'informa de l'histoire de Tépagneul. Voici cette histoire:

Il y a quelques années, le pauvre petit Peeler avait tenté l'appétit d'un énorme chien du mont Saint-Ber-

nard ou d'un terre-nouye, le géant, je poumÛB dire l'ogre de sa race. Le malheureux épagneul courait grand risque d'être dévoré et de servir de déjeuner à Sa Majesté canine le Gargantua des neiges, lorsqu'un policeman intervint, et, d'un coup de son bâton, abaissa le fort et releva le faible. Depuis ce temps-là, Peeler a conçu une reconnaissance sans limite pour les hommes de police. Où ils vont, il va ou pour mieux dire, il suit. Il monte la garde avec eux et charme par sa présence l'ennui des longues factions — ou bien encore, il aide ses amis à arrêter les perturbateurs du repos public. Peeler s'est constitué luimême inspecteur de police en chef; il va d'une station à une autre, et quand il a visité un district de la ville, il continue sa ronde dans les quartiers voisins. On le voit souvent entrer au chemin de fer deKingstown, monter dans un i??agon de première jclasse et se rendre àBlack-Rock. Là il visite la station de police, continue son tour d'inspection jusqu*à Boosterstown, attend le passage du convoi et se rend ailleurs pour observer les habitants. S'étant assuré par ses propres yeux que tout est en ordre, il retourne par un autre train du soir à Kingstown.

De même que Peeler a ses attachements, il a ses antipathies. Il existe surtout un homme pour lequel il éprouve une répufçnance extrême ; un jour qu'il le rencontra dans un wagon, il descendit et attendit le train suivant, préférant souffrir un retard d'une demi-heure plutôt que de subir une pareille compagnie. Sa partialité pour les hommes de police est extraordinaire. Toutes les fois (ju'il rencontre un homme en habit de con-

stable, il exprime sa joie en dansant et en marchant à côté de lui. 11 devine même quelques-uns de ses amis et les aborde jusque sous Thabit bourgeois. Mais il faut pour cela que ce soient de vieilles connaissances. Ainsi recherchés par l'animal dévoué, les gardiens de la ville de Londres ne le traitent pas avec moins de courtoisie. Partout où va Peeler, il reçoit d'un côté une croûte de pain, une petite tape d'amitié sur la tête, une caresse sur le dos; Peeler aime les policemen durant leur vie, il ne les oublie pas après leur mort. On le vit dernièrement assister au convoi de Daly, le policeman qui fut tué à Kingstown.

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