LE CHIEN DU DÉCROTTEUR
Autres exemples
Les gentlemen anglais ne sortent guère sans être bien peignés et bien cirés. Un d'eux, étant venu à Paris, passait sur un des ponts de la Seine, lorsque ses bottes, qui étaient parfaitement cirées, se trouvèrent injurieusement salies par un caniche. L'animal avait frotté ses pattes sur les pieds de l'Anglais. Celui-ci s'avança, en conséquence vers un homme qui stationnait sur le pont avec une boîte et fit réparer l'outrage qu'avait subi sa chaussure. La même aventure se renouvela le lendemain et les jours suivants. Pour le coup, la curiosité de l'Anglais fut excitée, et cette fois, il aborda attentivement le chien. Il le vit alors se diriger vers la Seine, tremper ses pattes dans la boue que la rivière dépose sur ses bords, puis re-
301 DR l/l^1ELLIGE^CE CHEZ LES A:<IXAri.
monlcr sur le pont attendre là une personne bien propre, liîea cliaiiss«e, bien cirée, sur les souliers (IcHquels il put s'essuyer, DécouTrant alors que h (lécrotteur était le propriétaire du chien, le gentleman l'interrogea finement. Après quelques moments d'hésitation, l'homme avoua qu'il avait dressé son chien à cet exercice, afin de se jtrocurer des pratiques.
a Ah ! monsieur,ajoula-l-il, le commerce vasi mal! ...» ]s gentleman, frappé de la sagacité du chien. Tacheta et l'emmena à Londres. Le nouveau maître, apnV avoir tenu l'animai quelque temps à l'attache, le laissa cfliirir; le chien demeura librement avec lui un on ih'ux jours, puis s'échaiipa. Deu\ semaines après, on le trouva avec son premier maître, se livrant à son an- "ier !<iir un des ponts ilr Paris,
LE CIlIExN. 505
«lulien Scaliger et l'histoire de Montargis nous ont conservé l'histoire émouvante du chien d'Aubrv de
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Montcfidier. Cette histoire, arrivée au temps de Charles V, est devenue si populaire, que nous croyons inutile de la reproduire.
« Tout Paris a vu, en 1660, dit Sonnini, un chien fixé, pendant plusieurs années, sur le tombeau de son maître, au cimetière des Innocents, sans que rien pût l'en arracher. Plusieurs fois on voulut l'emmener, l'enfermer à l'extrémité de la ville ; dès qu'on le lâchait , il retournait au poste que sa constanle affection lui avait assigné ; il y restait malgré la rigueur des hivers. Les habitants du voisinage avaient été touchés de sa persévérance, lui portaient à manger ; le pauvre animal ne semblait manger que pour prolonger sa douleur et donner l'exemple d'une fidélité héroïque. »
A l'époque de la révolution, lors des scènes sanglantes qui se passaient aux Brotteaux, un chien suit son maître, condamné à être fusillé Après l'exécution, le chien se couche sur le cadavre, refuse obstinément de s'en séparer, il repousse toute nourriture et meurt de faim et de chagrin quelques jours après.
Tout le monde sait l'histoire de ce chien français, qui, après avoir vu des mendiants sonner à la porte d'un couvent et recevoir de la soupe, se mit aussi à tirer le cordon pour avoir une ration.
Voici un autre trait d'esprit et de reconnaissance. Un chirurgien rencontre un chien dont la patte était cassée ; il emporte chez lui la pauvre bête ,
SOe DE I.'inTBI.I,IfiENCE CHEZ LES AHIMAIIX
)uî remet sa fracture et lai rend la liberté. Quelqueii mois après, le chirurgien est tout étonné de voir entrer chez lui l'animal qu'il avait soigné, ac-
te cordon. Page SOS.
compagne d'un autre chien qui avait aussi une fracture à la patte.
On connait aussi le dévouement intelligent de ces chiens qui, sur les hautes montagnes des Alpes, vont à la recherche des voyageurs surpris par la neige.
Les religieux du mont Saint-Bernard, habitants hospitaliers de ces hauteurs glacées, et presque inaccessibles, ne manquent pas d'envoyer, chaque jour d'hiver, un domestique, accompagné de deux chiens, à la rencontre des voyageurs du côté du Valais, jusqu'à Saint-Pierre. Les chiens suivent la trace du voyageur qui a perdu son chemin ; ils le trouvent, le ramènent et l'arrachent à une mort inévitable.
Voici un trait d'un chien de Terre-Neuve que nous empruntons au Bulletin de la Société protectrice des animaux :
c( Un individu que, pour son honneur, il vaut mieux ne point nommer, avait un vieux chien de Terre- Neuve dont il voulut se défaire par économie, dans l'année où la gent canine fut frappée d'un impôt.
« Cet homme, en vue d'exécuter son méchant dessein, mène son vieux serviteur au bord de la Seine, lui attache les pattes avec une ficelle et lé fait rouler de la berge dans le courant.
« Le chien, en se débattant, parvient à rompre ses liens, et voilà qu'il remonte à grand'peine et tout haletant sur la rive escarpée du fleuve.
c( Ici même, son indigne maître l'attendait, un bâton à la main.
a II repousse l'animai, le frappe avec violence ; mais il perd l'équilibre dans cet effort et tombe à la rivière. Il était perdu sans ressource, si son chien n'eût été qu'un homme comme lui.
c( Mais le terre-neuvien, fidèle au mandat que les chiens de son espèce ont reçu, et qu'on nomme instinct pour se dispenser de la reconnaissance, oublie.
en une seconde, le traitement qu'il vient de recevoir, et il s'élance dans les eaux mêmes qui avaient failli l'engloutir, pour arracher son bourreau à la mort.
« Il y parvient non sans peine.
« Et tous deux retournent au logis : Pun humblement joyeux d'avoir accompli sa bonne œuvre et obtenu sa grâce, l'autre désarmé, repentant peutêtre. »