BRILLANT
lirillant, autre gloire de la gent canine, a depuis longtemps déjà, raconte l'Indépendance belge ^ cessé de remplir auprès de ses maîtres aucune des fonctions qui constituent ce qu'on peut appeler les métiers de chien. Brillant est monté en grade, il a franchi d'un bond la distance qui sépare la niche de l'antichambre ou de l'office : de simple veilleur de nuit il est passé messager, factotum^ chien de confiance. Un peu d'arithmétique et de littérature, et on eki Tera un comptable, peut-être un secrétaire.
Le matin, maître Brillant, la tête haute et son panier crânement suspendu aux dents, fait sa première visite au boulanger, lequel, sûr de sa bonne conduite et de sa discrétion, s'empresse de lui remettre le pain de ses maîtres. De nouvelles courses attendent, au retour, le zélé commissionnaire qui, toujours muni do
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son panier, se rend successivement, et sur une simple indication verbale, chez l'épicier, chez la fruitière, à l'estaminet, où il apporte une bouteille vide qu'il remporté pleine, après avoir surveillé avec soin l'opération du mesurage et en avoir constaté la moralité. Plus tard, c'est le courrier de son patron, et rien alors n'est plus plaisant et à la fois plus intéressant que de voir Brillant une ou plusieurs lettres à la gueule, dressé sur ses pattes de derrière, au-dessous de la grande poste, une de ses pattes de devant appuyée au mur, et, de Tautre tirant par son vêtement soit un passant, soit le factionnaire, et le priant du geste de jeter les lettres dans la boîte, à Torilice de laquelle sa taille ne lui permet pas d'atteindre.
Et tous ces prodiges de mémoire, de discernement, de raisonnement pour ainsi dire, l'intelligent animal les accomplit dans un ordre quelconque, à toute heure, sans être escorté ou tout au moins dirigé par quelque signe, sans jamais commettre ni erreur ni quiproquo.
MOFFINO
Tout le monde à Milan connaît Vkistoire^ car ce
n'est pas un conte, du caniche Moffino, Ce chien avait
suivi son maître, qui faisait partie du corps d'armée
du prince Eugène Beauharnais, lors de l'expédition
de Russie en 1812. Au passage de la Bérésina, ces
deux fidèles compagnons furent séparés par les glaçons
qui roulaient dans le fleuve, et le caporal milanais
revint dans sa ville natale en regrettant, non pas ses
su DB L'IHTELLIfiBNCS [CHEZ LES iniHADl.
blesBures, mais son pauvre caniche, avec lequel il avait partagé bien des soQffraiiices et bien des misèrea.
Un au s'était écoulé, et le soldat, rentré dans aa racaille, avait pour Eunsi dire oublié l'objet desoo chagrin. Un jour pourtant, les gens de la maison virent arriver le fantôme d'nn animal qui jadis avait dû être un chien, mais qui, à coup sûr, ne mentait plus, ce nom ; c'était quelque chose de hideux, qu'on chassa
sans pilié malgré les cris plaintifs que le pauvre être faisait entendre. A ce moment, l'excaporal revenait d'une promenade en ville et vit s'avancer vers lui, en rampant sur !p sol, ce quadrupède informe qui vint lui lécher les pieds en poussant de sourds gémisse-
ments ; il le repousse alors assez rudement et allait peut-être débarrasser ce singulier visiteur du reste de vie qui paraissait Tanimer, quand, se ravisant, il examine avec plus d'attention certaines marques, certains indices particuliers de cet hôte qui lui fait fête.
n prononce le nom de Moffino^ et voiià que l'animal se relève, pousse un joyeux aboiement et retombe épuisé de faim, de fatigue, et. peut-être, devrait-on ajouter, d'émotion. Son maître, qui l'a enfin recoimu, s'empresse auprès de lui, le secourt, le ranime, le sauve en un mot.
Cette traversée de plus de la moitié de l'Europe, entreprise par un animal qui n'a pour tout guide que son merveilleux instinct; ces fleuves, ces montagnes franchis par un être faible au prix de souffrances terribles, tout cela tenté pour retrouver son maître, n'est-ce point une grande leçon pour bien des hom-. mes?