LE CHIEN PÉCHEUR, OU LE BARBET DES CORDELIERS D'ÊTAMPES
On trouve dans l'histoire d'Étampes les faits et gestes, non d'un chien savant, tel que les Munito de nos jours, dont on applaudit les talents stériles, mais d'un barbet aussi utile qu'ingénieux, et qui, pendant plusieurs années, fut le pourvoyeur adroit du réfectoire des pères cordeliers. Son habileté à pêcher les écrevisses mérite d'être rapportée ; elle a été du reste le sujet d'un poëme latin composé en 1 71 4
nu DE L'INTBiriGEMCE CHEZ LES ANIMAUX.
par Claude-Cfaaries-Hémari] de DanjoiuD, jeune habitant d'Ëtampes, qui a lui-même traduit ses vers latiiis
en vers français. Nons ne citerons tte ce poème que los passages relatifs à la pêche aux écrevisses :
TroÏR hivers écoulés, on lève la barrière Qui dans un Ut forcé ]captive la riyière :
Le fleuve impétueux s'échappe en un moment,
Ta laisse les poissons hors de Ipur élément.
Commo un autre Tantale, nn T voit sur les rWea L'écrevissc cherchant tes ondes fugitives ; Alors chacun «'empresse à prendre pari au gain, El les poissons, ce jour, go pèchent ii la main. Tous profilent du temps ; il n'est pas jusqu'au frërR (Jiii, les bras retroussés, en tunique légère, Ni> cherche l'écrevisse eu ses antres profouds :
Barbet le suit aussi. Barbet fait mille bonds, Et, sans crainte, foulant le bourbeux marécage. Va flairant dans les trous qui sont sous le rivage. L'écrevisse aussitôt le prend pour un appât, Et de sa double serre entr'ouvrant le compas, Par ses crins le saisit; un autre vient ensuite : Le barbet vers son maître à Tinstant prend la fuite. Que vois-je, juste ciel ! s'écria celui-ci, "Barbets en ce pays pêchent-ils donc aussi ?
De la pourpre autrefois ils montrèrent Tusage, L'écrevisse est pour nous un plus grand avantage.
' Il dit, et, sans délai, d'un signe de la main Il lui marque sa route en lui jetant du pain. La fortune à Tenvi, Barbet, te favorise; Tu retournes chargé d'une nouvelle prise.
Qui pourrait exprimer le plaisir, le transport Dont le frère est ravi, le revjovant à bord!
Dans ses bras il le prend, le baise, le caresse; Barbet, h sa façon, répond à sa tendresse.
Et, par reconnaissance autant que par honneur, Se poste à son devoir avec plus de viguour.
On le voit, enhardi, méprisant le danger, Se jeter dans les eaux, sous les flots se plonger. Le frère, plus prudent, prend une gibecière.
En fait à son plongeur comme une muselière :
Le nouvel amphibie, étant ainsi masqué.
Contre un double ennemi ne sera plus risqué.
Mais, pour mieux amorcer l'imprudente écrevisse, Le frère ajoute encore un nouvel artifice :
De certain composé de sympathique odeur Il parfume le poil de Tatlilètc pécheur.
L'ennemi le croit mort, saisit son apanage; Le barbet ressuscite et revient à la nage.
Tel qu'on voit quelquefois du milieu d'un buisson. Le dos armé de traits, sortir un hérisson.
Tel on voit le barbet reparaître avec gloire, Chargé de toutes parts du fruit de sa victoire. Le frère, eu souriant, le décharge aussitôt,
Au fond d'un vaste sac met la pèche en dépôt,
Puis vers un autre endroit à rinstant le renvoyé ^^
Se charger, s'il se peut, d'une nouvelle proye. ';
Il ne Ten quitte point qu'après la quantité
Qu'il juge suffisante à la communauté. \.^
C'est moins pour prouver le génie poétique de notre compatriote que pour démontrer l'intelligence .du chien, que nous avons rapporté l'histoire du barbet des cordeliers d'Étampes, qui n'a eu ni rival ni successeur.