‹ L'intelligence des animauxChapitre 36 sur 38 · LES CHIENS DE BO I S V I L L E - L A-S A I N T-P È R E · texte numérisé non relu

LES CHIENS DE BO I S V I L L E - L A-S A I N T-P È R E

Je terminerai cette étude sur le chien par Thistoiro de deux chiens de chasse beaucerons, qui, à ce titre, doivent avoir place dans mon ouvrage, d'autant phis aussi que cette histoire m'a été racontée par le père Baumer, serrurier d'Angerville.

Un beau matin, le boucher de Boisville-la- Saint- Père, voulant se décarémer, dit à sa femme : « Je m'en vais tuer un lapin. » Sur ce il partit, comme d'habitude, avec son chien et sa chienne. Ces pauvres animaux étaient d'une joie folle, ils sautaient, jappaient, frétillaient, allaient, venaient autour de leur maître. Menaces, jurons, coups de pied, rien ne pouvait maîtriser leur ardeur ni apaiser leurs cris. Le chasseur se dirigeait vers un petit bois situé près du village. Arrivé là, je ne sais pourquoi, il monte sur un arbre, et pour mieux grimper, le pauvre boucher prend son fusil entre ses dents. A peine a-t-il atteint les premières branches, que Tune d'elles, touchant la détente, fait partir le fusil, et l'imprudent chasseur,

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receyant toute la charge, tombe baigné dans son sang. Ses pauvres chiens, tout consternés,leregardent, le flairent, luilèchent les mains, aboient comme pour réveiller, puis se mettent à hurler de douleur. Personne n'entend leurs cris. La nuit arrive, que faire? s'en aller? abandonner leur maître? Un domestique Teût fait; un chien, jamais. Les deux fidèles compagnons, soit pour le réchauffer, soit pour mieux le défendre, se couchent sur lui, et restent ainsi toute la nuit, sans songer un instant ni à boire ni à manger. Le jour, en revenant, les retrouve encore là, immobiles, étendus sur le cadavre, qu'ils gardent religieusement, aboyant tour à tour comme pour appeler au secours. Personne ne venant, l'un d'eux se décide à retourner au village, tandis queTautre restera près du maître. 11 arrive au logis et rassure tout le monde par sa présence. « Quand le chien arrive, disent les gens de la maison, le maître n'est pas loin. » On donne à manger à la pauvre bcte, qui, malgré son long jeûne, mange avec peu d'appétit, elle regarde chacun avec tristesse, puis disparaît. Le maître ne revenant pas, on s'aperçoit de Tabsence du chien. On sort, on regarde si l'on ne verra pas de quel côté l'animal est parti. A ce moment arrive la chienne; on la caresse, on lui donne aussi à manger. Apeine a-t-elle fini qu'elle regarde fixement un des ouvriers de la maison, elle crie, elle le tire par sa blouse, ayant Tair de dire : « Suivez-moi.» On se met en effet à marcher sur ses traces, elle paraît plus gaie, elle s'avance avec ardeur, s'arrête de distance en distance, se retourne, regarile si on la suit toujours, et plus elle approche du bois, plus elle ralentit sa marche, plus elle

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regarde souvent derrière elle. Enfin, onip|Hw^,ta pauvrebéte marche tout doucement, Gtsilencieused arrive près de son maître. Le chien était coucliû i lui, attendant avec inquiétude le retour de sa comd gne. Tous, deux se mettent à lécher leur maître, en chent à l'éveiller comme pour l'avertir qu'on était I

On va.iuformer la justice, elle se rend à l'endroit indiqué, et, la mort constatée, on nnunèue le cadavre dans une voiture; les chiens suivent le cercueil, vés àla maison, ils ne veulent point le quitter; Usé couchent près de lui, et poussent des hurlementsi guhres; on les entraîne avec peine dans une grsagti et, loin de ee taire, ils ne font que pousser des famle-. ments qui déchirent t'ftme. L'infortuné chuseorert enterré. Le »oir on donne la liberté aux chiuw.

Le cimetière de Boisville, comme cenx de village, n'est pas difficile à franchir. Voilà nos pauvres chiens, qui flairant les tombes, arrivent à celle de leur mallfe; ils grattent tant et si longtemps, qu'ils finissent par découvrir le cercueil, sur lequel on les trouve coacbéi le lendemain. On les entraine de nouveau à la granga, on les flatte, on les caresse, on leur donne k manger. On emploie tous les moyens pour les consoler. ' ne peut réussir. Us recommencent à hurler, r toute nourriture, et trois jours après ils meurent de chagrin. Quel meilleur sentiment, nous autres hommes, pouvons-nous opposer à un trait si touchant? '

< Nous aurions pu cîLri' lieaucaup d autres exivnples piicorc if l'iiiipIlif^cG des cliii-ni; mais il Inut se limjlor. MoiismiTi aux niivraupa ilp V. B.-H. Ri'>ïoil fil '!« H. Kmile Richen

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