II PRÉFACE
Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts ; Nul sentiment, point d'âme, en elle tout est corps.
Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.
Ouvrez-la, lisez dans son sein :
Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde ;
La première y meut la seconde ; Une troisième suit, elle sonne à la fin.
Au dire de ces gens, la bête est toute telle....
Aux hypothèses du philosophe, le poëte de la nature oppose les faits. La Fontaine a raison. La question si délicate de l'instinct et de l'intelligence des animaux n'est point du ressort de la métaphysique , c'est une question de faits qu'il faut rapprocher, comparer.
Trois causes principales semblent le mobile de toutes les actions des bêtes : la faim, la continuation de l'espèce , le sentiment de leur propre conservation et de celle de leur postérité.
L'animal, poussé par ses besoins ou ses désirs, met en jeu ses organes, va droit à son but, sans tâtonnement, sans hésitation, et l'atteint par des moyens peu compliqués : voilà l'instinct; il est ce qu'il sera toujours , sûr et fidèle ; partant, il ne se perfectionne pas. Mais , de ce que l'animal n'invente pas au delà de ses besoins , il ne faut pas conclure qu'il ne modifie pas ses opérations, et que l'invention lui soit à jamais refusée. Il y a entre l'homme et les animaux des facultés communes. Nous possédons, comme eux, l'instinct qui agit involontaire-