‹ L'intelligence et la vieChapitre 15 sur 63 · Sully, loe. cit., p · texte numérisé non relu

Sully, loe. cit., p

celui-là. Ses questions se rapportent le plus souvent « à l'origine, à la provenance, à la fabrication de ce qui l'entoure » : il procède en cela comme un petit philosophe. « Maman, demande-t-il d'un air inquiet, qu'est-ce qui fait pousser les plantes? » « La lune a-t-elle donc des ailes pour se maintenir en l'air? » « Papa, est-ce que les poissons peuvent respirer avec leurs bouches sous l'eau? » « Pourquoi ne voyons-nous pas deux choses avec nos deux yeux? » Dites-moi donc, « comment pouvons-nous, quand nous le voulons, mouvoir notre bras ou le garder immobile, tandis que le rideau ne peut bouger à moins que le vent ne le remue1? » Puis viennent d'autres questions plus pénétrantes encore et d'un autre ordre. Quand on explique devant un enfant que Dieu a tout fait, on obtient parfois cette instance : « Et qui donc a fait Dieu? ». La tendance de l'enfant à remonter la chaîne des faits, l'accule à l'existence d'une cause première ; et c'est un mystère qui gêne l'essor de sa pensée. Il voudrait voir ce qu'il y a derrière cette éternité , comme il désire voir ce

1. Question d'une petite fille de quatre ans et trois mois (J. Sully, toc. cit., p. 163).

L'INTELLIGENCE CHEZ L'ENFANT. ~b

qu'il v a derrière la rangée de collines bleues qui forme son horizon. M. Egger en donne un gracieux exemple. Comme une mère disait à son enfant qu'avant le monde il n'y avait que Dieu, il fit cette demande : « Et avant Dieu? — Rien. — Oh! si, il devait y avoir la place où Dieu est'. » Un autre petit garçon à peine âgé de huit ans disait à un prêtre qui était venu voir sa mère : « Mon père, pourquoi Dieu ne tue-t-il pas le diable? Il n'y aurait plus alors de méchanceté dans le monde2. » Question d'une forme naïve, mais qui ne se rapporte pas moins à l'un des problèmes les plus troublants de la philosophie :{.

L'exercice de l'intelligence infantile accuse aussi la présence d'un autre levier intérieur, qui touche de près au précédent et que l'on appelle le principe de finalité. « Rien de vain; tout a un but », disait Socrate avec un certain enthousiasme. Cette croyance d'un ordre si élevé domine aussi chez les enfants. On les entend

1. Observations et réflexions sur le développement de l'intelligence et du langage chez les enfants A.cad. des science- morales, 1879); — cf. J. Sully, l<><-. cit., p. 122,

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