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CHAPITRE III

11 fut un temps où l'on n'entendait parler que d'évolutionnisme. La sensation est au début, au milieu, à la fin : la sensation est tout, comme le Pan des vieux Grecs. C'est de là, et de là seulement, que procèdent par degrés insensibles toutes les manifestations de la vie, si hautes et si riches qu'elles soient : infiniment variée dans son œuvre, la nature n'a pourtant qu'un thème. Voilà le nouvel Evangile que l'on nous a prêché pendant plus de soixante-dix ans.

Il fallait donc que le sauvage représentât l'origine animalesque de l'humanité : il devait être un primitif et qui ne s'élève que d'un degré au-dessus de la hôte. Ainsi le voulait la logique du système.

C'est à faire valoir cette idée qu'ont déjà

travaillé Darwin et il. Spencer^ les deux fondateurs de l'évolutionnisme; et leur exemple a suscité toute une légion d'imitateurs : Fraser, Tylor, Lubbock, et nombre d'autres écrivains ont lutté dans le même sens. La question des « primitifs » est devenue à la mode : il a paru sur leurs croyances et leurs mœurs une littérature considérable, très lourde d'ailleurs et toute systématique. Ne fallait-il pas que l'hypothèse triomphât? Et naturellement, les auteurs qui ont avancé les explications les plus hardies, sont ceux qui n'ont jamais vu la peau d'un sauvage.

J'en donne pour exemple l'étude de M. Lévy- Bruhl sur les sociétés inférieures .

Suivant ce sociologue, le sauvage n'a ni représentations ni concepts. C'est un être purement émotif, complètement à la remorque du milieu qui l'entoure et dans lequel il est comme « baigné ». Il faut que la société prenne un certain développement autour de lui, pour qu'il en reçoive « l'étincelle excitatrice ». C'est alors seulement qu'il se met à raisonner. Voilà d'après ce penseur, l'idée dont il convient de partir, si l'on veut comprendre quelque chose à la vie du

primitif : c'est qu'il ne nous ressemble nullement. Il ne s 'appuie pas sur des principes pour en

tirer les conclusions; il ne va pas non plus du semblable au semblable, comme le veut Stuart Mill. Son état d'âme est unique et ne comporte qu'un nom : il est « prélogique ».

Le problème de l'origine des croyances religieuses ne se pose donc pas au sujet du sauvage ; et pour une bonne raison, c'est que la matière fait défaut. Le sauvage sent, il ne pense pas; par suite, il n'a pas de « représentations qui se posent devant lui comme des objets ». Exclusivement mystique, il est incapable de religion. Ancêtres, béros, génies, divinités : autant de choses qui ne peuvent apparaître que « dans des sociétés d'un type plus élevé » ; « la symbiose » primitive les exclut.

C'est peut-être là ce que l'on a écrit de plus neuf et de plus pénétrant sur la mentalité des primitifs; il faut ajouter qu'on ne trouve rien de plus violemment oppose'1 aux données de l'expérience. Imitez donc, disciple ardent de Comte, imitez Benjamin Constant, qui avait recueilli plus de six mille faits pour renverser la thèse de la divinité du christianisme.

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nents innombrables qui semblent votre hypothèse, dites, ainsi que le leur : « Volte-face ». Et pas un 1e résistera ; ils obéiront comme seul ireux de ne plus sentir la douce [u'on leur imposait.

par en avoir assez de ces philolalisants qui veulent de toute rilos ancêtres aient marché à quatre tmpé sur le ventre. En Angleterre, ice et dans les pays d'Outre-Rhin, duit une réaction puissante pour érité de plus en plus amoindrie ; et *e que la réplique est décisive.

Andrew Lang reconnaissait déjà igion, sous son aspect moral, peut ramener à la croyance en une puisst bonne et qui travaille au règne ; il affirmait que «tous les sauvages lx et que tous ils ont dans le cœur )ère et d'un ami' ». Mais il Contîntes et religion, p. 307-308, Alcan, Paris,

nu ait à dire que, sous l'influence de la mythologie, Tidée de cet être suprême s'est généralement dégradée, qu'elle? s'est revêtue peu à peu de prédicats indignes, qui ont lini par s'identilier avec elle l.

En 1898, A. Lang prend une attitude à la fois plus nette et plus ferme, dans une nouvelle édition de son ouvrage sur Y Origine de la Religion1. Il croit avoir des témoignages irrécusables pour établir qu'il existe une croyance « en un être suprême » chez les peuples les plus sauvages, et cela dans toutes les parties du monde. « Nous allons montrer, dit-il, que les sauvages inférieurs sont aussi monothéistes que certains chrétiens ; ils ont un être suprême, et ils n'assignent pas plus les attributs distinctifs de la divinité à d'autres êtres que les chrétiens ne les assignent aux anges, aux saints ou au diable {. » Ils ne le conçoivent pas comme un esprit, car ces peuples ne possèdent pas la notion du spirituel; à leur sens, c'est un être dont on ne scrute pas la nature, mais dont on peut dire qu'il n'est pas né, qu'il ne

1. Mythes, cultes et religion, ch. xi-xvii. ■i. The Making of religion, Loodon.

!. Ibid., I, 167.

meurt pas, qu'il a fait tout ce qui existe, qu'il a enseigné aux hommes les arts et la morale et qu'il surveille leur conduite du haut du ciel, sa demeure '. Et l'éminent ethnologue apporte ensuite les faits qu'il a recueillis, afin de fournir la preuve de son assertion. Les Fuégiens, pourtant si discrédités, et par Darwin luimême, admettent un être suprême, qui leur interdit le meurtre et connaît toute parole et toute action; lesChonos, leurs voisins croient en un esprit bon qu'ils tiennent pour 1 auteur de tout bien et qu'ils invoquent dans la detresse et les dangers. Ainsi de la divinité chez les Australiens, le peuple le moins civilise qui soit : leur Dammulun, leur Baiamé et leur Mungan-Ngana sont appelés père, maitre et prescrivent le respect de la loi morale *. Ainsi du Cagn de Bushmen; du Puluga des Andamanais * ; ainsi du Dieu des Indiens de l'Amérique

du Nord4.

Comment se fait-il dès lors, demande A. Lang en prenant l'offensive, comment se fait-

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