CHAPITRE III
Les sauvages ont des concepts d'ordre religieux et très élevés par endroits, comme on l'a déjà vu. Mais, en même temps, leur imagination travaille à se représenter cet (.< être suprême » dont la raison les oblige à conclure l'indéfectible existence. Ils se créent une mythologie, comme les Grecs, bien que d'une nature parfois très différente : ils ont une infinité de mythes où leur Dieu devient chaire et os, au risque d'y perdre plus ou moins de sa cristalline essence.
Mungan-Ngana a un fils qui n'est pas né d'une femme, il est vrai, mais qui fut le
premier ancêtre des kurnaïs '. Puluga a toute une famille; il boit et mange; il se met en colère comme un vulgaire Andamanais2.
Quoiqu'immortel, puissant et bon, « Baiamé assiste à des mystères d'initiation dont il vaut autant ne point parler3 », Bunzil a une femme dont il n'a jamais vu le visage. Pour les naturels de la rivière Murray, « c'est un aigle-faucon, doué de facultés humaines et de pouvoirs magiques ». Souvent il a envoyé ses fils pour détruire les mauvais hommes qui avaient tué et mangé des noirs '. Le Cagn des Bushmen est encore celui qui « a fait toutes choses », le dieu en mémo temps qui est « bon et aimable ». Mais ses adorateurs Tout doté d'une histoire assez singulière et dont voici quelques traits. Il a une femme appelée Coti. Un jour, Coti mit au monde un faon; et Cagn en devint très perplexe. Il voulut savoir ce que c'était que sa progéniture et quel en devait être l'avenir. Tout dieu qu'il fût, il ne trouva pas d'autres
la. Lang, The Making..., p. i8l.
•J. YY. SCHMIDT, l>i<- strlIuiiL:.... p. 195.
:. A. Lang, Mythes, cultes et religion, p. 326.
'.. Ibid., p. 321.
moyens, pour se renseigner, que la sorcellerie et les charmes en usage parmi les siens. Une fille de Cagn a épousé des « serpents qui étaient aussi des hommes ». Il avait luimême une dent qui était un charme souverain; toute sa force résidait dans cette dent, comme celle de Samson dans sa chevelure, et il la prêtait parfois à ceux qu'il voulait favo-
riser
« Pour les Fans du Gabon, le Soleil et la Lune, au commencement, étaient mariés : les étoiles sont leurs enfants; ils se nourrissent de feu, et c'est pourquoi ils brillent... Or une fois la Lune, inconstante, déserta le foyer conjugal. Dès que le Soleil s'en aperçut, il entra dans une si violente colère, que les étoiles effrayées s'enfuirent de tous côtés dans le ciel... Et depuis, inlassablement, le Soleil court éperdu après sa famille. Mais celle-ci, sitôt qu'elle le voit paraître à l'horizon, se hâte de se cacher dans les cases d'en haut. Quand il a parcouru toute la partie du firmament qui se déroule au-dessus de nos têtes, il passe de l'autre côté, sans s'arrêter un seul jour. A