‹ L'intelligence et la vieChapitre 31 sur 63 · Mer Leroy, Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Mer Leroy, Loc. cit., p

laire, ou celui de la nier. Et nous avons, dans l'histoire, deux exemples célèbres de chacune de ces attitudes de la pensée une fois en possession d'elle-même.

Le premier nous est donné par les philosophes grecs. Ils ont tous poursuivi le même but, qui a été de débarrasser la religion populaire des éléments plus ou moins dégradants dont elle s'était enveloppée et comme masquée. C'est manifestement vrai du vieux Xénophane, qui a combattu avec tant de vigueur l'anthropomorphisme de son temps. Ce n'est pas moins vrai du pieux Socrate, de Platon qui allait jusqu'à chasser les poètes de la cité après les avoir couronnés de fleurs. C'est vrai d'Aristote lui-même pour lequel la religion était « le respect de l'acte pur a ou l'adoration, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus noble et de plus désintéressé dans les honneurs que l'on rend à Dieu. On en peut dire autant d'Épicure lui-même, bien qu'on l'ait souvent représenté comme un coryphée de l'athéisme. Il admettait l'existence des dieux et il les adorait, bien qu'ils ne fussent pour lui la cause d'aucune espérance ni d'aucune crainte. Il les adorait, parce que tout ce qui

est excellent « a droit à la vénération1 ». Il les adorait aussi, parce que les dieux sont pour nous des modèles auxquels il faut ressembler le plus possible2. En pratique, d'ailleurs, Epicure était fort assidu aux temples. La première fois, dit-on, que Dioclès le vit, il s'écria : « Quel spectacle pour moi ! Je ne compris jamais mieux la grandeur de Zeus que depuis que je vois Épicure en prière devant les dieux3 ».

Le second exemple dont j'ai parlé, est le spectacle d'impiété haineuse que nous présente le xvme siècle. Voltaire se lève; les encyclopédistes forment leur clan; et le mot d'ordre est de courir sus au christianisme. On

peut, si l'on y tient, conserver l'Etre suprême, puisque, pour faire une horloge, il faut un norloger. Mais que l'on délivre la terre des prêtres, des moines et du pape qui est leur chef. Que l'on en finisse avec l'Église, cette

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