‹ L'intelligence et la vieChapitre 40 sur 63 · Ed. J. Simon, Paris · texte numérisé non relu

Ed. J. Simon, Paris

essentielle on vertu de laquelle il appelle autre chose.

Le- mouvement existe, el à chaque instant il est un commencement. Or tout commencement est impuissant à s'expliquer tout seul; et, par suite, tout commencement suppose une cause efficiente.

L'ordre existe, et il est contingent. Donc il est impuissant à s'expliquer par la cause efficiente toute seule; il y faut ajouter l'action de la cause finale, c'est-à-dire de l'intelligence.

Les intelligibles sont immuables; donc ils dépassent tout devenir : il faut de quelque manière remonter jusqu'à Dieu pour en trouver le dernier fondement. C'est ce qu'a vu Leibniz. Mais sa façon d'interpréter la chose ne paraît pas logique de tous points. 11 veut que les possibles soient comme des accidents qui trouvent en Dieu leur dernier sujet d'inhérence. Pourquoi donc, puisqu'ils ne sont ■ternels d'emprunt, mais par eux-mêmes?

La vraie solution, c'est que les intelligibles, considérés dans leur principe ultime, sonteuxmêmes l'acte plein du possible, acte éternel et premier dont la nature n'est, comme le disait Platon, que l'imparfaite et mobile image.

l'iMHI IOEN» I 11 \.\ VIE. v

Il 1 L'INTELLIGENCE ET LA VIE.

Voila donc la porte largement ouverte à cette matrone si longtemps couverte de mépris, qu'on appelle la métaphysique. Toujours invisiblcment présente chez ceux qui travaillaient à la bannir, elle réussit en fin de compte à faire reconnaître son éternelle autorité. Nous avons un moyen d'atteindre ce qui n'est pas donné et môme ce qui ne peut Têtre. Nous avons un moyen d'acquérir des connaissances vraies sur ce qui ne tombe pas dans le domaine de l'intuition. Grâce à ces marques d'insufïisance essentielle que présentent les phénomènes, nous pouvons tirer des conclusions dont la portée dépasse leurs frontières. L'audelà ne nous est pas fermé.

Océan sans borne, a-t-on dit naguère, océan qui vient sans cesse battre à nos portes, mais pour lequel nous n'avons ni barques ni voiles ! Cette métaphore ne vaut que pour ceux qui n'ont pas vu le fond de l'esprit humain et sa manière naturelle de procéder. Nous avons une barque : c'est la raison. Nous avons des voiles : ce sont les exigences essentielles des choses. Et ces voiles, souples comme la vie, sont plus « fortes que le diamant ».

CIIAPITHK VI

Si Ton suivait toujours Les méthodes que doit employer L'intelligence dans la poursuite delà vérité, Terreur n'existerait pas. Chacun serait perpétuellement sur de ce qu'il avance. De plus et par Là même, nul ne serait tenté de dépasser les limites de son propre esprit : ce qui ne se présente pas toujours, il s'en faut beaucoup, même chez les penseurs les plus heureusement doués. J'insiste sur ce point, qui a sou importance.

N'est-ce pas de quelques-unes de ses dernières pièces <[ue Corneille faisait le plus grand cas ? Je me souviens aussi (l'un grand

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artiste du second Empire, Jean- Dominique Ingres. Il faisait des croquis superbes, admirables de naturel et de vigueur; mais, en même temps, il avait la prétention d'être un excellent violoniste. On venait voir ses chefs-d'œuvre; il recevait avec bonne grâce ces visites flatteuses. Mais, la collection une fois parcourue et rapidement, il ajoutait tout d'un coup : « Attendez, vous n'avez encore rien vu ». Puis, il allait chercher son instrument favori et se mettait à racler. C'était à faire fuir les moins difficiles. On sortait en grommelant quelques félicitations, assaisonnées du plus malicieux sourire. F. Brunetière, le célèbre conférencier, avait un travers analogue. Ce fier dogmatiste ne redoutait rien. Il demandait quinze jours pour réfuter Renan; il n'en fallait pas plus k ce profane en exégèse, pour voir le fond d'une œuvre où l'auteur avait pâli des années entières, lisant de vieux livres, déchiffrant des parchemins, organisant peu à peu sa pensée assez fluide, mais très fine. C'est avec la même assurance que le jouteur bien connu se jetait à l'occasion dans le domaine de la philosophie qu'il n'avait pas étudiée. N'a-t-il pas écrit un petit livre sur /'//-

tilisation du positivisme, dont la doctrine naïvement empruntée à Comte est faite tout simplement, non pour défendre le christianisme, mais pour en ruiner les bases rationnelles ? M, Faguet lui-même, cet esprit si judicieux, si délié et si fin, n'a pas toujours résisté au désir de parler de ce que l'on n'entend pas bien. Sans doute, ses dix commandements reproduisent encore les qualités supérieures que tout le monde s'accorde à lui reconnaître. Mais comme on sent qu'il est sorti de sa spécialité ! L'analyse des idées est superficielle, incomplète, par là même illogique en maint endroit ; aussi quelle désolante conclusion que celle de tout ce travail! Rien n'est terrible comme un littérateur qui se met à philosopher, sinon peut-être un mathématicien qui, d'emblée, tourne le dos à son tableau noir pour crier à son publie : « Avez-vouslu Baruch?» (Ut est-ce qu'un dogme ? voilà un article qui est venu tout d'un coup troubler le monde chrétien; ii y a produit l'effet d'un obus lancé d'un aéroplane ou d'un zeppelin. Oue contientil doue de si surprenant? Rien, en somme, qui résiste àl'examen. La gratuité des assertions théologiques que l'auteur jette à ses lec-

leurs étourdis de tant d'audace, n'a d'égale que son incompétence en histoire de la philosophie. Encore la sent-on plus encore qu'elle n'est affirmée. Quel dogmatisme débridé, dans ce négateur de tout dogme! Vraiment, je regrette que la philosophie n'ait pas une langue à elle, comme les mathématiques; elle y éviterait bien des profanations. Leibniz, ainsi qu'on le sait, avait eu l'idée d'une algèbre des pensées humaines, où les problèmes philosophiques se seraient traités comme les autres, Modo calculi. Il est malheureux qu'il n'ait pas réussi dans son projet. Ce serait le vrai moyen de tenir les esprits téméraires au seuil du temple de la sagesse. J'estime que rien n'est plus difïicile ni plus long que l'éducation métaphysique. C'était d'ailleurs le sentiment de Platon lui-même.

Le chemin de l'intelligence n'est donc pas une route en plaine, où l'on n'a qu'à marcher devant soi; l'on y trouve de longs tunnels, des précipices et des pentes abruptes. Le pèlerinage du savoir a ses dangers; et c'est là ce que je voudrais esquisser rapidement.

U.s DAXGEHS.

Le premier péril, le |)lus constant et le plus difficile à éviter, c'est L'orgueil intellectuel.

« L'amour-propre, dit la Rochefoucauld, rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes...

Rien n'est plus impétueux que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites. Ses souplesses ne peuvent se représenter; ses transformations passent celles des métamorphoses et ses raffinements ceux de la chimie. Il vit partout, il vit de tout; il vit de rien, il s'accommode des choses et de leur privation '. » Quand on croit l'avoir vaincu et pour Ta voir déporfillé de tout ce qu'il a, c'est alors qu'il triomphe. Il se glisse sous le manteau du moine et le voile de la religieuse; d'autant plus susceptible et plus tenace qu'il a pris le masque du désintéressement. L'amour de soi, c'est l'océan d'où sortant toutes nos passions <•! où elles vont se perdrt

!. Maximes, p. 80-82, éd. L, Umé-Maitin, Paris, 1822

Cet indéracinable caméléon est le plus grand ennemi du « chercheur d'être »• Il devient chez lui le sentiment de sa valeur intellectuelle ; et une fois perché si haut, il dirige de sa retraite, et le plus possible sans se faire voir, le cours de toutes ses pensées.

Ce mal sévit dans notre siècle de décadence morale, il s'affirme partout : c'est, à l'heure actuelle, la marque dominante de la méditation philosophique.

Qu'est-ce que la vérité? Problème dont on se soucie fort peu, du moins d'ordinaire, quoi qu'on en parle beaucoup. La vérité se porte toujours bien. Il s'agit pour chacun de faire entendre « sa petite musique », de se servir de son talent, comme d'un moyen, pour se créer un nom :*la question n'est pas de pousser les idées, mais de se pousser soi-même. Par suite, il importe avant tout de ne rien dire de ce que les autres ont déjà dit, ou du moins de l'exprimer tout différemment; le point capital est d'apporter du nouveau. On abandonne donc la voie commune et l'on se jette dans les sentiers à travers les landes, afin d'y cueillir un bouquet de fleurs exotiques dont le rare parfum provoque l'attention.

Ce n'est pas que l'on s'avoue toujours à soi-même ce crime de lèse-vérité. Mais l'amour-propre ea\ le plus ruse des hypocrites. Il intervienl du Coud de sa coulisse et t'ait de la raison l'avocate de sa cause. Il triomphe alors, et sans se montrer dans sa laideur naturelle. L'apparence du bien lui suftit. N'est-ce pas ainsi qu'on est arrivé à ne voir dans Pascal qu'un défenseur de la « certitude du sentiment », à faire de cet immortel représentant de la raison un précurseur du (( modernisme » philosophique? N'est-ce pas de cette manière que l'on a converti le superbe intellectualisme de Platon en un simple jeu de vaines subtilités? N'est-ce pas aussi par cette voie tortueuse que l'on a réussi à se persuader que l'essence de l'être est de devenir et que, par suite, l'intelligence, qui porte sur le fixe, n'a pas de prise sur la réalité? On « sollicite •> doucement et les faits et les idées, on émaille sa logique en détresse de quelques métaphores brillantes qui marquent l'entrée ou la sortie d'un tunnel. El le tour est joué : le public croit, il est sous le charme. C'est le but que Ton voulait obtenir, bien que plus ou moins inconsciemment.

Cotte sorte de philautie est très funeste à ceux qui s'en trouvent atteints : elle 1< tâ domine de plus en plus et finit par <;n faire ses esclaves et ses victimes, surtout si leur succès s'élève jusqu'à la gloire. Allez donc dire à certains représentants de la philosophie moderne que la vérité se trouve peut-être dans le christianisme, que peut-être, s'ils suivaient loyalement le cours de leurs idées, ils iraient s'agenouiller aux pieds d'un prêtre. Et vous sentirez, à leur explosion de révolte, tout ce que leur cœur, sans qu'ils s'en rendent bien compte, renferme de secrète adoration de soimême. La vérité! La vérité! Mais ils en ont peur, mais ils la fuient, et parce que, si elle venait à dessiller leurs yeux, il faudrait rabattre leur indomptable superbe. Eh quoi! Renoncer à tout un passé de gloire, s'exposer par un retour incompris à la risée d'un public qui vous soutient de son estime et de ses applaudissements! Non, non, la chose est impossible.

Mais cette obstination, si grave qu'elle soit de sa nature, n'apparaît encore que comme un fâcheux accident, si l'on considère les conséquences sociales que peut avoir l'orgueil

intellectuel. De là vient cette nuée de doctrines extravagantes, plus ou moins romantiques que nous voyons régner autour de nous et qui forment comme notre atmosphère; de là vient de a tintamare de cervelles philosophiques » dont on nous rabat les oreilles. Si nos grandes doctrines traditionnelles ont perdu leur crédit, si tons les principes sont par terre} si Ton ne peul plus rien avancer dont le contraire ne nous paraisse également valable, si l'anarchie des idées est à son comble, nous le devons surtout à cette foule de gens qui travaillent du cerveau parmi nous et dont la tendance dominante est de se préférer eux-mêmes à Tordre des choses. La racine du mal n'est pas dans la logique de l'objet, mais bien dans celle du sujet, qui ne consent jamais à se perdre de vue, qui s'aime trop pour aimer la vérité.

M faut donc réduire cet ennemi intérieur, a la fois si tenace et si subtil, ("est la condition de tout progrès réel sur la route dn savoir. Et le meilleur moyen d'y réussir nous est Indiqué par les Pères de l'Eglise, ces grands

connaisseurs d'âmes. « Voulez-vous, dit saint Augustin, saisir la vérité et la rendit; votre? Ne prenez pas une voie différente de celle qui a été préparée par Dieu, à qui la faiblesse de nos pas est connue. Or la première voie est l'humilité; la seconde est l'humilité; la troisième, l'humilité. Et aussi longtemps que vous m'interrogerez, je répondrai la môme chose ' . »

Pascal a repris cette idée à laquelle il ajoutait également une importance capitale. C'est ce qu'il veut faire entendre dans un langage un peu brusque, lorsqu'il prescrit au libertin de « prendre de l'eau bénite », et qu'il ajoute : « cela vous fera croire et vous abêtira ». Il ne faut pas voir dans ces paroles un trait de scepticisme, comme on pourrait le croire et comme l'ont cru certains philosophes. Rien n'est plus éloigné de l'auteur des Pensées. Par cette sortie imprévue, Pascal nous indique simplement, comme remède à notre superbe, un de ces actes héroïques qui sont l'abdication complète du moi et nous retournent tout entier : « Humiliez-vous, raison impuissante » ;

1. Èp. CXVIII, à Dioscore, n° 22, col. 442, éd. Migne. Paris, 1842.

et vous serez redressée; par là même, vous verrez Dieu. C'est l'orgueil quia tout perdu; il faut donc d'abord qu'il soit anéanti.

Bien mystique, me direz-vous; bien mystique, ce langage. Oui, niais en même temps, langage profondément philosophique. Et c'est encore à l'école de Pascal que nous pouvons nous renseigner sur ce point. L'Humilité nous apprend à reconnaître notre vraie place dans « la police de l'univers », à ne pas nous mettre au-dessus des lois qui dirigent le mouvement du monde et lui conservent son « éternelle jeunesse ». L'humilité implique la préférence de l'ordre; et dès lors, on voit son importance morale, « Pour connaître les choses divines, il faut les aimer » ; « c'est par la charité qu'on entre dans la vérité ». Mais quelle est la porte de la charité elle-même? L'humilité. Pour être un vrai philosophe, il faut se renier soi-même.

ni

Un autre danger que court l'intelligence, c'est ce qu'on peut appeler la peur du mystère ou mystériophobie.

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Notre raison veut voir : c'est son office naturel; et, quand elle ne voit plus, elle se choque et s'irrite contre l'obstacle qui lui barre

la lumière. De là une tendance à nier tout ce qu'on ne comprend pas.

Cette inclination sévit plus ou moins chez tous ceux qui se demandent le pourquoi des choses. Mais, depuis Descartes-, elle a pris un empire considérable. N'affirmer que ce qui est « clair et distinct », rejeter de son esprit tout ce qui ne revêt pas ce caractère : telle est la loi qu'ont suivie d'innombrables penseurs, inspirés du Discours sur la méthode ; et la génération n'en est pas encore éteinte. Ils ne sont pas rares parmi nous, ceux qui soutiennent que l'inintelligible n'est pas, et parce qu'il ne peut être.

Rien cependant n'est plus contraire à la raison, que de nier les limites de notre raison. De quel droit affirme-t-on que l'horizon de notre savoir est aussi la frontière de l'être, lorsque nous savons si peu de choses, lorsque nous constatons par l'expérience que le moindre atome est encore pour nous un nid d'impénétrables mystères ?

Je trouve, dans Y Emile de Rousseau, un

passage où la naïve et colossale audace de cette affirmation est bien mise en Lumière,; et

le trait me parait d'autant plus utile à mentionner, que le caractère distinctif <lu psychologue uY Genève ne consiste pas précisément dans la justesse. « Supposons, dit-il, un sourd qui nie l'existence des sons, parce qu'ils n'ont jamais frappé sou oreille. Je mets sous ses yeux un instrument à corde dont je fais sonner l'unisson pnrun autre instrument caché ; le sourd voit frémir la corde ; je lui dis : c'est le son qui fait cela. Point du tout, répond-il : la cause du frémissement de la corde est en elle-même; c'est une qualité commune à tous les corps de frémir ainsi. Montrez-moi donc, reprends-je. ce frémissement dans les autres emps, ou du moins sa cause dans cette corde. Je ne puis, réplique le sourd. Mais parce que je ne conçois pas comment frémit cette corde, pourquoi faut-il que j'aille expliquer cela par vos sons? C'est expliquer un l'ait obscur par une cause encore plus obscure. Ou rendez moi vos sons sensibles, ou je dis qu'ils n'existent pas. »

Les rationalistes ressemblent à cet homme dont nous parle Rousseau : ce sont des sourds

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en métaphysique. Mais on peut pousser plus loin les conséquences de leur principe.

— Nous ne comprenons pas ajoutent-ils : donc nous attendons pour nous rendre que la lumière se fasse.

Mais qu'ils nous disent donc, ces fiers adorateurs de la raison, s'ils comprennent ce que c'est qu'une idée, ce que c'est qu'une image, ce que c'est qu'une sensation, ce que c'est qu'un mouvement. Qu'ils nous disent s'ils comprennent en quoi consiste la possibilité de la pensée elle-même, ce soleil qui pour nous éclaire tout le reste. Toute pensée est double, puisqu'elle enveloppe un acte qui perçoit et une chose perçue ; d'autre part, toute pensée est triple, puisque ces deux termes se ramènent nécessairement à l'identité d'un même sujet. Or, je ne sache pas qu'un mortel ait jamais expliqué cette trinité de la terre.

Bien plus, et pour toucher à ce qui fait comme le levier de toute science naturelle, en quoi consiste donc le couple causal? Voici le foyer d'un maréchal ; il est chargé de charbon et traversé d'une barre de fer. On fait partir une étincelle ; le charbon brûle et le fer rougit. Les déterministes ont-ils mieux

compris que les autres ce qui rend possible le passage du combustible à l'état de combustion, ce que c'est que la combustion ellemême et la manière dont elle produit son effet qui est de rougir le fer? 11 y a là trois faits qui nous sont donnés, dont nous avons l'intuition, mais qui demeurent résolument réfractaires aux prises de l'intelligence.

Le mystère est notre grand familier; il le devient d'autant plus que l'on réfléchit davantage : c'est par excellence le familier du philosophe. Le mystère est partout, au commencement, à la fin et au milieu de la connaissance humaine. Car, si le lien logique nous est connu comme une exigence essentielle des choses, le fond ne nous en demeure pas moins inaccessible : il ressemble à la nuée des Hébreux; il est lumière d'un côté et ténèbres de l'autre. Il faut accepter le mystère, ou bien rester la bouche close, comme cet homme que Louis Mercier nous représente dans son Lazare le Ressuscité, dont la multitude innombrable des morts attendait l'oracle de la délivrance et qui avail les lèvres cousues.

« L'idée claire et distincte » : ce principe, tant de fois appliqué, renferme donc une

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