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Pascal, Pensées

I/AYEMK DE L'INTELLIGENCE. 22]

ou ne peut « croire à un Dieu qui rend ses oracles à Rome ». «Restons assurés, disait-il à un moment donné, restons assurés que Rome est notre ennemie, et qu'elle nous fera tout le mal qu'elle pourra. Nous pouvons régler sur une telle conviction nos paroles et nos actes, sans pour cela nous départir de la charité chrétienne. Il nous faut traiter avec Rome, comme nous ferions avec un ami atteint de folie... car en vérité c'est une Eglise qui ne se possède plus. Elle abonde en nobles privilèges, en titres légitimes ; mais elle ne sait plus se servir de tout cela en faveur de la religion, rusée, obstinée, entêtée, méchante, cruelle, dénaturée comme le sont les fous... D'ellemême elle ne garde plus que le nom, et nous devons la traiter comme si elle était le démon qui la gouverne1. » On n'est pas plus nerveux, ni plus vert ni plus complet : tout le venin de l'Anglicanisme passe et circule dans cette page.

Mais ce qui dominait chez Xewman, c'était l'amour de la vérité. Un jour qu'il était malade en Sicile et couché sur un lit de souffrance,

1. Prophetical office <>[ the church, Lect. III. 100-102, Rivinsion cl Parker : London, iN

il dit aux quelques amis qui l'entouraient : « J'ai conscience de n'avoir jamais péché contre la lumière. » Ces paroles nous révèlent tout un côté de cette grande Ame. Il avait étudié par le menu la doctrine des Pères 1 ; il connaissait également cette Eglise d'Angleterre qu'il voyait prêcher et vivre sous ses yeux. Et c'est de la comparaison de l'une et de l'autre que lui vint l'éclair libérateur. Il prit enfin sa décision et fut rempli de cette « paix » et de cette « joie » dont Pascal avait déjà parlé. « O toi, dit-il de l'Eglise Romaine, toi que j'ai longtemps cherchée, que j'ai trouvée bien tard, désir de mes yeux, joie de mon cœur, vérité après tant d'ombres, plénitude après tant d'avant-goûts, ô toi, mon foyer après tant d'orages. Venez donc à elle, pauvres voyageurs; car c'est elle, et elle seule, qui peut vous dérouler le secret de votre existence et le sens de votre destinée 2. »

D'où vient donc au juste la conversion de Newman? Qu'a-t-il vu de si décisif dans sa

1. Ern. Dimmet, La pensée catholique dans l'Angleterre contemporaine, p. 85-87; Paris, 1906.

2. J. Guibert, Le réveil du Catholicisme en Angleterre au xixe siècle, p. 145 : Paris, 1907.

longue comparaison de L'Eglise Komaine et du protestantisme.' Deux faits surtout.

Il y a dans la montagne de l'infini toute une série de grands phares dont la lumière bienfaisante éclaire la route des humains, et sans lesquels personne ne voit plus dans quel sens on doit aller. Il l'aul à tout prix que ces flambeaux directeurs soient défendus. Or, seule l'Église infaillible est assez ferme et assez forte pour jouer ce rôle protecteur. Il n'y a pas d'autre rempart contre les variations incessantes et toujours plus négatives de la raison y.

La seconde question qui préoccupait Newman, c'était celle de la hausse de moralité que doit produire autour d'elle la véritable Eglise. L'Anglicanisme, il l'observe lui-même, n'avait pas de saints qui fussent de son cru ; et son rayonnement social ne se traduisait point par un surcroît sensible d'amour du bien2. Au contraire, quelle innombrable phalange de saints, dans l'Eglise Romaine!

quelle somme de dévouement elle a dépensée à la diminution des misères humaines, au pro-

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