Id., loc. cit., p
dedans, il dîne, le bâton dîne aussi. (La surface de l'eau ressemble assez, dans la photographie, à une nappe blanche devant laquelle le Pécheur et le mât seraient attachés . Le bâton est là pour battre le bébé... qui s'est caché, sa grand'mère va le prendre, il y a aussi une pelle (rame).
On répète l'expérience vers le 37e m.; et voici les réflexions que Ton obtient : « il y a un bateau, un Monsieur... il rame... une petite fille est tombée, sa maman la prend... c'est tout ». La description est plus courte, mais déjà moins fantaisiste
Écoutons maintenant A 5 ans : « C'est un pêcheur, il ruine... Non, il ne rame pas, qu'est-ce qu'il fait?... Ça (l'armature du file l , c'est le pied du bateau. Là, deux bébés, un noir. Celui-ci tire l'autre ».
Enfin, S (6 ans et 6 mois : C'est un pécheur... il tient... un poisson... Il est pauvre, ce Monsieur; alors, pour avoir du poisson, if prie... Et ça, que c'est (Réponse : le filet . Alors lui, avec cette corde, il le fait remonter le long de la voile (du mât), il prend le poisson et le met dans le bateau... Et ceux-là, ils jouent avec des fleurs... mais il n'y a pas
Jl L'INTELLIGENCE ET I. A VIE.
de fleurs au bord de la mer ! ou alors c'est des fleurs de mer que Veau a jetées. »
Tels sont les faits observés : voyons maintenant ce qu'ils signifient au point de vue logique. Parmi les jugements précités, il y en a de généraux ; il en est aussi de particuliers : et c'est le plus grand nombre.
Les premiers contiennent évidemment deux concepts : le sujet et par suite le prédicat.
Les seconds ne présentent pas le même caractère; mais leurs deux termes ne sont pas concrets l'un et l'autre.
L'enfant A dit en face du pauvre pêcheur : ce bébé est noir. De quelle manière est-il parvenu à former ce jugement? Il a dû faire d'abord une sorte d'analyse rationnelle, pour distinguer dans la totalité physique du sujet le prédicat qui l'affecte : du tout qui est noir, il a dû séparer mentalement la noirceur. Puis, procédant par voie de synthèse, il lui a fallu réunir ces deux termes l'un à l'autre. Or comment s'emploie ici le second de ces termes? Il n'est point compris en tant qu'il existe dans tel temps et tel lieu; mais en tant qu'il a telle essence. Il n'intéresse le jugement que par sa qualité, considérée en dehors de toute condi-
tion individualité : c'est un véritable concept.
L'activité conceptuelle de l'enfant se révèle aussi, et sous un mode plus formel encore, lorsqu'il introduit le verbe dans ses phrases. Le verbe, en effet, contient des désinences qui marquent le temps et la personne ; il contient également soit une passion soit une action que ces désinences circonstancient. Or ce sont là deux sortes de concepts, et des plus abstraits que l'on puisse trouver. C'est sans doute la raison pour laquelle le verbe apparaît en dernier lieu dans les phrases de l'enfant.
« Nous parlons métaphvsiquement », disait Claude Bernard. Cette formule profonde est vraie de l'homme; elle l'est aussi de l'enfant, et pour la même raison.
Du jugement au raisonnement il n'y a qu'un pas. Et ce pas, l'enfant le franchit très vite, sous l'influence du besoin qui le possède de connaître les gens et les choses.
L'enfant raisonne surtout par analogie. Il remarque d'abord entre les objets qu'il voit certains traits de ressemblance qui frappent
li; L'INTELLIGENCE ET LA VIE.
son imagination on qu'il croit lui être utiles ; puis il conclut de là que les autres choses qui présentent aussi ces traits de ressemblance, appartiennent à la même classe de phénomènes. Un petit garçon de trois ans croyait que toutes les grenouilles, les souris, tous les oiseaux et les papillons avaient des noms qui leur avaient été donnés par leurs mères1. Quand l'enfant a assez d'expérience pour savoir que certaines choses peuvent être à la fois vues et touchées, il croit que tout ce qu'il voit est tangible et substantiel. Il essaie de toucher les ombres, les rayons du soleil dansant sur le mur et les formes peintes dans les
images.
Une petite fille d'un an et onze mois prenait dans ses mains les rayons du soleil et les mettait sur sa figure. La même petite fille, un mois auparavant, exprimait le désir de laver de la fumée noire. C'est aussi la même enfant qui grondait le vent d'avoir ébouriffé sa mère; et sa croyance dans la réalité visuelle du vent était si forte qu'elle demandait à sa mère de la tenir en