Ce mot sera plus amplement expliqué par la suite
orienté en sens opposé à celui vers lequel se tend la main droite.
Elle me paraît faite pour accomplir les fonctions opposées à celles de la main droite et elle me-semble puissante dans l'exécutionde ces actes qu’elle accomplit mieux que la main droite ne pourrait le faire.
La main complèmentaire.
On peut admettre que par rapport aux propriétés inhérentes à l'orientation des attitudes, l’adaptation des deux mains est infiniment mieux appropriée dans le maniement des instruments à archet que dans celui du clavier.
Chez les violonistes, les faces dorsales des deux mains sontorientées, en sens opposé, c'est-à-dire que la face dorsale de la main droite est orientée vers en haut, celle de la main gauche vers en bas. Chez les pianistes, c'est la face dorsale des deux mains qui reste orientée vers en haut et il en résulte une maladresse notoire de la main gauche, provoquée par les rapports antiphysiologiques inévitables de ses attitudes.
Il se pourrait que la main gauche n'ait été considérée comme une main qui ne sail pas que parce qu’on ignorait ses véritables aptitudes. A vrai dire, ce n’est sans doute pas elle qui ne sait pas, c'est nous qui ne savons pas; car lorsque nous la trouvons maladroite, nous cherchons généralement à l'utiliser comme une main droite, c’est-à-dire à rebours de ses véritables aptitudes fonctionnelles.
Nous voudrions exposer ici brièvement cette aptitude des deux mains, à prendre des attitudes com-
plémentaires et à exécuter des mouvements complémentaires, supposant que la faible estime dans laquelle nous tenons notre main gauche est destinée à disparaître un jour pour faire place à une appréciation plus juste, plus complète, de La valeur des deux mains.
D'après mes impressions personnelles, il semble que cette idée d’infériorité de la main gauche provient d'une impuissance d'orientation de ses attitudes et de ses fonctions; les aptitudes différentes des deux mains leur donnent une prédisposition si évidente à se compléter qu'on pourrait reprocher à chacune d'elles d’être adroite, orientée d’un côté et maladroite orientée de l’autre.
La sensation verticale complémentaire des deux index.
Voici par quels procédés on peut arriver à constater les déviations en sens inverse quise produisent dans l'attitude des index droit et gauche, sous l'influence des changements d'orientation des deux mains.
La face dorsale de ma main droite étant, ainsi que l’avant-bras, étendue en position horizontale, je maintiens les quatre doigts légèrement recourbés, assez rapprochés, mais isolés les uns des autres en appuyant le bout de la phalangette de l'index, afin de donner plus de fixité à l'attitude de ce doigt, sur le bout de la phalangette du pouce.
C'est dans cette position que, par rapport à l’alignement horizontal de la face dorsale de ma main droite, la courbure de l'index, ne déviant ni à droite ni à gauche, parait strictement verticale. On peut
DE ENRMENETER rer
admettre que la rectitude géométrique perçue dans ces rapports, constitue une des bases de l'adresse de la main droite.
Mais précisément cette attitude perçue rectiligne quand elle est orientée d’un côté, subit, orientée de l'autre, une déviation involontaire. Quoi que je fasse pour maintenir des rapports en apparence invariables dans les attitudes des doigts, dès qu’au lieu de tourner la face dorsale de la main droite vers en haut, c’est au contraire la face palmaire que je tourne dans ce sens, je vois mentalement, en fermant les yeux, l'attitude de l'index dévier par une inclinaison à gauche. Sans doute, par le renversement des attitudes, les adaptations musculaires profondes se transforment de façon à provoquer des différences de rapports invisibles pour les yeux, mais qui sont perçues par la pensée, dès que, fermant les yeux, on ne regarde que mentalement.
La même géométrie rectiligne exacte et les mêmes déviations se produisent dans la main gauche avec cette différence que les déviations sont perçues avec une inclinaison vers la droite et qu'elles se produisent seulement lorsque c'est La face dorsale qui est orientée vers en haut.
On peut donc admettre que si cette rectitude géométrique, perçue dans les rapports des attitudes, constitue une des bases de l'adresse de la main droite, elle doit favoriser de même l'adresse de la main gauche.
Par rapport aux attitudes des doigts, nous n’avons donc pas une main adroite et une main maladroite, mais une main adaptée à ce qu on veut lui faire faire
et une main qui ne l’est pas. La preuve que notre main droite n’est pas dans de meilleures conditions vis-à-vis de la main gauche que celle-ci vis-à-vis de la main droite, c'est que si l’on renverse la position en mettant la face dorsale en dessous, elle aussi ne peut plus retrouver la verticalité de son index recourbé. L'équilibre manuel est désagrégé. D'après ces observations, on pourrait admettre que les aptitudes des quatre doigts gauches correspondent à un équilibre cérébral supérieur dès que leurs extrémités sont.orientées vers en haut, et que les attitudes des quatre doigts droits participent à ce même privilège, mais seulement lorsque leurs extrémités sont orientées vers en bas.
Le toucher contraire el l'écriture en miroir.
Sous l'influence de certaines conditions physiologiques ou psychologiques il s'effectue, comme on le sait, une écriture en miroir dans la main gauche; cette faculté d'écrire en sens inverse s'explique, comme jai pu m'en rendre compte, si l'on admet
que l'existence de la main complémentaire entraine
nécessairement l'existence d’un toucher contraire ou complémentaire.
On peut dans ce cas supposer que les signes de notre écriture normale et ceux de l'écriture en miroir se résument à un seul processus fonctionnel à tendance contraire. Ce phénomène fonctionnel complexe est rendu analysable, si deux mains, dont la sensibilité tactile est très développée, combinent
leurs attitudes et leurs fonctions de la façon suivante :
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Séparées par une planchette interposée, les deux mains sont maintenues d'abord croisées, de manière à ce que la main droite, tenant une plume dont la pointe est orientée vers en bas écrive sur la planchette en se déplaçant de gauche à droite, tandis que la gauche, tenant une plume dont la pointe est orientée vers en haut, écrive en dessous de la planchetle en se déplaçant de droite à gauche.
J'ai pu, sous l'influence de cette inversion des attitudes et de la représentation constanie de l'inversion des pressions et de la direction des signes tracés, me représenter avec une intensité extrême simultanément l'écriture normale par pressions descendantes exécutées avec la main droite et l'écriture en miroir par pressions ascendantes exécutées avec la main gauche.
Dans cette conscience nouvelle qui se formait à travers le processus contraire de mon activité mentale, j'ai reconnu que non seulement mes deux mains agissant à travers un appui horizontal semblent rester en corrélation l’une avec l’autre, de façon à provoquer la sensation de réaliser par des signes en sens inverse yne image indivisible, mais que corrélativement, la vue de cette image s’effectuait par une faculté de vision à direction contraire. Car à travers ces représentations tactiles inverses, se formait une propriété visuelle nouvelle: je pouvais diriger mon regard de façon à voir simultanément de bas en haut et de haut en bas, comme s'il voyait à travers le corps horizontal interposé, ou comme si ce corps cessait d'exister.
En somme, dès que notre pensée s'identifie avec
cette double orientation des pressions qui nous permet de réaliser, par des fonctions qui nous paraissent inverses, une image unique quoique non superposable, nous sentons que, par une matière interposée la circulation peut aussi peu être interrompue entre nos pressions tactiles inverses qu'entre ces deux visions mentales inverses.
Par la facilité extrême avec laquelle je me représentais ces caractères opposés, Je me suis rendu compte que la faculté de la main gauche d'agir vers en haut, complète celle de Ja main droite d’agir vers en bas et que moi-même sous cette influence je pensais, j'agissais mentalement en deux sens avec plus de conscience que je n’agis habituellement dans un seul sens. Je suis arrivée ainsi tout naturellement à admettre que ces deux sens n'en forment réellement qu'un seul, mais qu’on ne le connait qu'imparfaitement.
Il faut dire que si, sans l'avoir appris, je pouvais ainsi diriger ma pensée en deux sens, il s’en suivait que sans l'avoir appris, Je pouvais, non seulement lire en dirigeant mon regard de bas en haut et de haut en bas, mais en le dirigeant simultanément de droite à gauche et de gauche à droite. Pendant que j'écrivais, je lisais effectivement non seulement les deux écritures avec une égale facilité, comme si elles m’étaient également familières, mais, vues de droite à gauche ou de gauche à droite, de bas en haut ou de haut en bas, je les confondais en une seule éeriture normale.
Si les deux images se superposaient d’une façon si absolue dans ma conscience (tout en n'étant réelle-
ment pas superposables quant aux mots tracés), que l'appui interposé entre mes deux mains disparaissait sous l'influence des signes non divisibles tracés par les deux plumes, c'est que dans ces conditions tous les sens au moyen desquels nous orientons nos actions manuelles n’en forment qu’un seul, dont la compréhension nous reste cachée.
Evidemment, on ne peut arriver à cette superposition visuelle intense de ce que nous appelons deux images inverses, sans attribuer à la sensibilité, à la pensée et au regard des forces qu’on ne leur connaissait pas, forces qui semblent en quelque sorte seulement appelées à nous révéler la véritable sensibilité, la véritable pensée, Le véritable regard.
La pénétralion des pressions en sens inverse et la superposilion parallèle des représentations visuelles.
J’ai constaté que sous l'influence de cette position complémentaire où à travers une planchette interposée, les pressions s’exercent vers en haut avec les doigts gauches, vers en bas avec les doigts droits, mes sensations tactiles, se pénètrent de façon à ce que l’image linéaire de chaque doigt fait apparaître dans ma pensée plus nettement l’image linéaire du doigt correspondant de l’autre main. Cette concordance est en rapport avec l'unification qui se fait dans les sensations tactiles doubles, dans la vue double, dans la pensée double. Dans cette action complémentaire les deux hémisphères cérébraux semblent déployer une force égale, leurs activités semblent se pénétrer comme les pressions des deux
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mains. [ n’y a plus qu’un cerveau, comme il n’y a plus qu’une main et cinq doigts. Car effectivement, tandis qu’à travers l'appui transversal, les pressions des doigts complémentaires se pénètrent en direction opposée, au contraire l’ordre de succession des doigts et les images linéaires des pulpes se superposent parallèlement comme si les deux mains ne formaient réellement qu’une seule main.
Mais dans cette image unifiée double, nous voyons qu’il existe une inversion totale entre le toucher de cette main complémentaire et le toucher musical.
Le toucher contraire et le toucher musical.
Dans le toucher musical, les pressions des deux mains ont, par rapport à l’enfoncement des touches, une direction parallèle, tandis qu’au contraire, ce sont l’ordre de succession des doigts et les images linéaires des pulpes qui s'échelonnent pour les doigts correspondants en sens opposé, symétriquement. Donc, les phénomènes auditifs provoqués par le toucher musical proviennent d’une adaptation sur un seul plan (le clavier) du toucher contraire, dont les pressions se pénètrent.
Ces pressions des doigts complémentaires seraient en somme, à celles du toucher musical, ce que l’androgyne de Platon est par rapport à l'être humain soi-disant divisé.
Un jour, peut-être, construira-t-on des claviers à double face, d'ici là, le toucher musical ne peut pas être considéré comme une vérité absolue, mais comme une vérité adaptée à une réalité incomplète : le clavier. On peut admettre que la nécessité de
poser les deux mains sur un seul plan, en dirigeant les pressions des doigts seulement vers en bas, désagrège l’unité fondamentale par laquelle nos deux hémisphères cérébraux sont destinés à se perfection-
ner sous l'influence réciproque de l'orientation de
leur activité. Le clavier à double face serait pour le développement de nos deux hémisphères cérébraux un aide autrement puissant que le clavier actuel.
Mais il est incontestable que, malgré cette désagrégation qui se produit par tous les mouvements exécutés sur un plan, l’art consiste précisément à évoquer par cette activité cérébrale, fatalement incomplète, des rapports identiques à ceux qui se produiraient s’il y avait unité d'images linéaires et superposition complémentaire des doigts; c’est-à-dire qu'il faut apprendre à agir comme si chaque main était mentalement complétée par une main conjointe fictive. Ù
La représentation mentale simultanée des doigis complémentaires.
J'avais constaté autrefois que si je cherchais à me représenter simultanément, par exemple, mes deux index maintenus rapprochés, je sentais, pendant cette tentative d’unification de la pensée, mon regard se déplacer, allant d’un doigt à l’autre, d’où je concluais que j'étais réellement incapable de me représenter simultanément les deux doigts.
Depuis que je cherche à développer directement mon cerveau droit à l’aide de la nouvelle orientation communiquée aux attitudes et aux mouvements de ma main gauche, non seulement j'arrive