CHAPITRE PREMIER
Or se souvient que les troupes anglaises étaient débarquées en grande partie au “Boutde-l'Ile” d'Orléans, le vingt-sept juin.
Le lendemain, les Français lancèrent sept brûlots contre la flotte ennemie groupée sous l'ile. Mais on y mit le feu trop tôt. Arrêtés à temps par les Anglais et remorqués loin de
la flotte, ces brûlots, sur lesquels on avait |
d'abord beaucoup compté, se consumèrent tranquillement près du rivage de l'ile d'Orléans (1)
Trois matelots, dont l'histoire autait dû nous conserver les noms, formèrent enwuite l’audacieux projet d'aller brûler le vaisseau amiral. Par une nuit noire, ils s'embarquèrent sur un canot préparé à cet effet, et parvinrent, après
avoir mis en défaut la surveillance des senti-
nelles anglaises et s'être glissés inaperçus
entre Les nombreux bâtiments de la flotte, à |
s'accrocher au vaisseau de l'amiral, Mais la fatalité se servit du vent pour éteindre leurs mèches qu'ils ne purent jamais rallumer,
Malgré ces premiers échecs à notre résistance, Wolfe ne gagnait guère de terrain.
Placé, d'un côté, en face de la ville qui ne présentait à ses attaques qu'un roc escarpé couronné de bouches à feu, arrêté à droite par la longue et formidable ligne du camp de Beauport, le général anglais, ne voyant aucune prise pour saisir au corps 80h ennemi, pensa qu'il lui fallait alors recourir aux moyens détournés et violents,
Dans le but de forcer les Canadiens à se débander pour aller protéger leurs propriétés, ik
(1) En lounnt le courage et le sang-froid déployés par les marins pnglais qui remorquèrent le plus formidable de ous pr lots loin de leur flotte, Knox met le bon mot qui suit dans la bouche de l’un de 661 brave tuatelats : Dem-me, Jack, did'st thee ever take hell in tou before? Journal de John Knox, I vol. p. 350.
fit, d'abord, débarquer une partie de son monde
à la Pointe-Lévi,avec des pièces de siêge afin
de procéder au bombardement de la capi-
| tale. Puis il lança divers détachements en
| campagne avec ordre de ravager tous les éta-
| blissements de l'ile et des deux rives du fleuve en bas de Québec,
Ces instructions furent d'autant mieux 0x6- | cutées qu'il ne restait dans nos campagnes que | des vieillards, des femmes et des enfants poux | faire face aux Anglais.
| Ces braves soldats observèrent la consigne | avec une ponctualité toute britannique. Is | ne laissèrent partout derrière eux que cendres | |
et ruines. Après avoir coupé les arbres fruitiers, ils brûlaient, avec les granges et les habitations, les grains qu'ils ne pouvaient enaporter; quant aux bestiaux, les maraudenrs les traînaient à leur suite ainsi que les femmes dont ils#e pouvaient saisir.
C'est ainsi que dans l'espace de plus de | vingt lieues, les paroisses situées sur la rive | droite et au-dessous de Québec, jusqu'à la | Rivière-Ouelle, furent incendiées et dévastées, | La Pointe-Lévi, Saint-Nicolas, Sainte-Croix { et bien d’autres paroisses subirent un pareil soit, de même que l’île d'Orléans, la baie Sainé- Paul, la Malbaie et Saint-Joachim. (1}
Mais les Canadiens, qui avaient fait d'avance : le sacrifice de tout ce qui leur éfait cher, restant fidèlement à leur poste, Wolfe fit passer, le 9 juillet, de l'ile d'Orléans à l'Ange-Gars dien (2) où il établit son quartier général, le
1) “We burned and destroyed upwards of 1400 fine farm houses, for we, during the siege, were “ masters of a great part of their country; 40 that it “is thought it will take them half a century to re- “ cover the damage.” À Journal ofthe empe ob Di à the river St, Lawrence, &e., paris dans le Vew- For pan du 31 Décembre 1759, M. Garneau, Hisé,
u Canada,
2) Un assez fort détachement anglais restait capendant sur l'ile pour garder la batterie, lss magasins ot l'hôpital que l'ennemi y avait établis, Voyes le journal de Knox, 1 vol:, pages 317 et 321.
très-grand nombre de ses troupes qui occupèrent la rive gauche de la rivière Montmorency.
De cette position, l'ennemi. qui avait, une artillerie considérable, se ri6 à battre de revers le camp français dont la gauche s’appuyait sur la rive droite du Montmorency.
M. de Lévis y commandait, Il fit élever aussitôt des retranchements pour mettre ses troupes à l'abri des projectiles. On y montait la garde tout comme à la tranchée devant une place qu'on assiége. Ensuite le chevalier fit reconnaître et fortifier les gués de la rivière Montmorency, dont il confia la défense à M.
de Repentigny, qui commandait six cents hommes,
Après quoi on attendit l'ennemi,
Dans la nuit du douze juillet, les batteries anglaises de la Pointe-Lévi, composées de cinq mortiers et de dix gros canons, ouvrirent leur feu sur Québec.
Mais M. de Montcalm ne bougea pas. Il avait remarqué, aux hésitations de l'ennemi, l’indécision des plans du généralanglais, et le vainquéur d’'Abercromby jugea qu'il valait mieux, pour la cause française, attendre patiemment les ennemis au camp de Beauport.
Telles étaient et la position des ennemis et la nôtre le soir du quinze juillet, au moment où nous engageons le lecteur à nous suivre au camp français.
Nous avons déjà dit que la gauche de notre camp s'appuyait sur la rive droite du Montmorency. Trois mille cinq cents miliciens du gouvernement de Montréal, commandés par MM. Prud'homme et d'Herbois, qui recevaient les ordres immédiats du chevalier de Lévis, défendaient notre aile gauche depuis l’église de Beauport jusqu’à la chûte.
Au centre, c’est-à-dire entre la rivière et l'église de’ Beauport, se trouvait le quartier &énéral de M. de Montcalm. Le marquis y commandait en personne cinq bataillons de réguliers, formant deux mille combattants, qui avaient pour chef le brigadier Senesergues.
Quatre mille trois cent quatre-vingts miliciéèns des gouvernements de Québec et des Trois-Rivières, sous les ordres de MM. de Saint-Ours et de Bonne, défendaieñt notre droite, qui occupait la Canardière et venait s'arrêter au pont de bateaux. Le colonel Bougainville en avait le commandement,
Enfin, denx millo deux cents combattants, dont quatorze cents soldats de la colonie, quatre cent cinquante sauvages et les trois cent cinquante hommes de cavalerie sous les ordres de M. de la Roche-Beaucourt, formaient un corps de réserve sur les hauteurs 1e Benuport, et en arrière du centre de notre armée, M. de Boishébert avait été mis À la tête de ces réserves. (3)
C'est là, sur les derrières de l’armée fran.
çaise et au milieu de ce corps de réserve, que nous nous arrêterons le soir de la seizième journée de juillet, ou dix-huit jours après les événements qui ont rempli le dernier chapitre,
Deux hommes, Beaulac et Lavigueur, assis dans l'ombre sur un tronc d'arbre renversé,
mere
(8) Voit lea œuvres de MM, Garneau et F'erland et de Mémoire sur Les affaires di Vanada, etc.
contemplent le sombre et majestueux spec.
tacle qui se déroule à leurs yeux.
Auprès d'eux, les tentes dont les feux du bivouac font ressortir hardiment sur le ciel noir les cônes blancs comme sautant de clo-
! chetons pointus, les groupes indécis de çhe-
vaux attachés à des piquets et broutant l'herbe humide de rosée, tandis que leurs cavaliers causent et fument assis au cercle autour des feux, tout ce premier plan sert de repoussoir au reste du tableau,
À leurs pieds, sur la déclivité et au bas des collines, s'étend, depuis la chûte jusqu'à la ville, la sinueuse ligne du camp français, dont l'arc immense se dessine assez nettement au fond de la vallée, grâce à la réflexion des feux
“qui rougit de distance en distance, près du rivage, les eaux calmes du fleuve et de la rivière Saint-Charles.
Plus loin, sur la droite et en dehors de cette traînée lumineuse tracée sur l'onde assoupie, noyées dans la pénombre, s’estompent à. peine eur un ciel sans étoiles, les lignes tourmentées du rocher de Québec et des falaises de la Pointe-Lévi, que sépare le cours plus sombre encore du grand fleuve dont les brunes eaux roulent silencieusement leurs flots profonds entre les deux rives escarpées.
De minute en minute, et trouant soudain le voile immense, tissu de ténèbres, jeté sur le fond du tableau, de livides éclairs bondissent et roulent comme des tigres de flamme sur les flancs à pic des rochers de Québec et de Lévi. +
Puis tout redevient nuit; et le fracas des détonations de l'artillerie passe en hurlant dans l'air pour aller se briser dans la brume sur les masses géantes des Laurentides, et revient vers la ville en râlant un sourd et dernier grondement, Ces suprêmes ronflements de la canonnade, répercutés par l’écho, se confondent alor&avec les mugissements lointains et graves dé la cataracte du Montmorency, dont les eaux, emportées par un élan terrible, jettent vers le ciel une immense clameur d'effroi en croulant éperdues dans un abîime de deux cents quarante piéds.
A gauche la scène change.
De rougeñtres Jlueurs empourprent d'une teinte sanglante les sommets embrasés de l'ile et de la côte du sud depuis Beaumont jus.
qu'où la vue peut s'étendre en descendant Île fleuve. Ce sont les torches de l'incendie allumée par l'Angleterre pour éclairer les funérailles de la domination française en Amérique.
Selon que le vent souffle avec plus ou moins d'intensité, ces grandes lueurs fauves, enchainées l'une à l’autre dans un vaste parcours, semblent danser sous le ciel blafard comme une immense filée de spectres qui viendraient de sortir d'enfer et secoueraient au ,vent, dans une ronde satanique, leurs vêtements de damme.
Raoul regardait avec une indicible tristesse cette scène poignante de dévastation furienre,
—(O mon pauvre pays! e’écria-t-il én rate.
nant un sanglot qui tremblait dans gd ces mécréants veulent donc t'écraser ous lex
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