‹ L'intendant Bigot [microforme]Chapitre 35 sur 44 · CES · texte numérisé non relu

CES

1) L'église du coliége des jésuites a disparu: elle oacupait l'endroit où s'étend aujourd’hui la disgracieuse halle du marché de la hauto-viile.

(2) Le monastère et l’église des Réoollets n’existent plus depuis 1796, que le feu les à dévorés.

avait cédé sous }& poids des projectiles, on apercevait librement, à travers les déchirures du toit, quelques coins du ciel et surtout une grande gerbe de lumière blanche cs og de la lune

et üescendant jusqu'au parquet, (1) Dans un coin de la chapelle, un vieux moine, agenouillé sur les dalles en désordre, priait dans l'ombre, Sa tète grise, dont le sommet dénudé reluisait sous la lumière de la lampe et sous les pâles rayons de lune qui tombaient de la voûte, re-

gardait vers le ciel, tandis que ses bras étendus s'élevaient en suppliant, A sa figure asc étique où les privations et les ans avaient creusé leurs rides, à l’ardeur de sa prière qui s'exhalait de sa bouche entr'ouverte par l’extase et de son œil inspiré, grâce aussi au jeu de la lumière qui tombait en plein sur la partie supérieure de sa figure, tandis que le reste de la tête et le corps entier se noyaient dans l'ombre, on aurait cru voir le moine en prière, qui posa devant Zurbaran. (2)

Raoul s'agenouilla près de lui et, courbant le front sous la douleur et devant Dieu qui l'affli-

reait si durement, il pria.

—Ste, Anne, heureuse mère de la Vi iorge, DRAM À un ton pénétré, écoutes, je vous prie, la prière d'un malheureux. Rendez la vie à ma chère fiancée, et je fais vœu d'aller, pieds nus, en pélerinage au temple que la piété de ceux qui sont vos obligés vous a élevé sur les bords du grand fleuve. J'y porterai, pour célébrer votre puissante intercession, une lampe d’or dont la lumière témoignera nuit et jour de ma reconnaissance.

Comme il achevait ces mots, la cloche des Ursulines, qui n'avait cessé de sanglotter dans la nuit, finit de se plaindre, etses dernières vibrations vinrent mourir sous la voûte silencieuse de la chapelle, en 8e mêlant avec un soupir sourd et profond poussé par le vieux moine en prière, Raoul erut entendre le râle suprême d'un agonisant,

Il frissonna, se leva et sortit,

À l'instant où il remettait, suivi de Lavigueur, les pieds hors de ka chapélle, une lueur sanglante empourpra soudain le ciel, et la foudre du canon tonna sur les hauteurs de la Pointe-Lévi, tandis que de rauques miaulements déchiraient l'air en traversant le fleuve, et s'arrétaient brusquement au milieu de la ville avec un bruit sourd de murailles qui s6croulaient,

Les Anglais ouvraient de nouveau leur feu sur la place, afin, sans doute, d'anéuntir même jusqu'aux TuInEs

Raoui se sentit repris aussitôt par la manie de la tion, Insensible au. fracas bombes et des obus qui éclataient parfois à quelques pieds de lui, il revint sur ses pas vers la rue Buade, retraversa la grande place et des. cendit la côte de Léry qui s'offrait droit devant lui.

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(1) La description de la ruine des principaux édifices de Québec, telle que donnée ici, est exacte, Jo me guis guidé sur les vues de Québec dessinées après le siège de 1759 par un officier auglais, Richard

ort.

(2) On pent voir l'original de ce tableau du peintre espagnol, au couvent de l'Hôtel-Dieu, à Québec. Mon ami Eugène Hemel vient d'en ter miner une fort belle copie pour M. l'abbé H. K, Casgruin,

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Arrivé vis-h-vis de ‘la ruelle qui porte le nom de l'ancienne et nombreuse famille Couillard, il eut un moment 'd'hésitation comme pour regagner son logis. Mais l'attraction magnétique qui l'entrainait ailleurs étant plus forte, il continua de descendre la côte qu’il tourna à droite et, tout en rallentissant le pas, se dirigea vers la petite maison des remperts, (1)

#% € devant l'habitation de Mlle de Longpré, il s'arrêta, Mais il ne put se décider à entrer et alla s'appuyer sur la palissade qni passait à trente pieds en face de la maison et bordait la cime du roc en descendant vers l’intendance.

+ Lavigueur emboîtait toujours le pas derrière Beaulac, comme l'ombre qui partout sait le corps.

Son front brûlant appuyé entre deux palissades, Raoul laissa ses tristes pensées errer avec ses regards sur la scène grandiose et sombre qui se déployait devant lui.

Le feu des assiégeants était si bien nourri que le sommet des falaises de la Pointe-Lévi, toujours éclairé par le feu de quelque pièce de canon, ressemblait au cratère d'un volcan embrasé par l’éruption. L’'éclair était continuel, et continuels les hurlements des obus et de: briskes, dont la fusée traçait dans l’air une e‘hiose lumineuse, tandis que sur les flots noirs du teuve qui sépare Lévi de Québec, 8e voyait aussi, comme un monvant sillon de feu, la réflexion de cette méme traînée de flamme.

Immédiatement, à cent pieds au-dessous de lui, s’étendait une partie de la basse-ville, où l'incendie n'avait rien épargné, On n'y voyait que des pans de murs écroulés à moitié, et de hautes cheminées qui élevaient vers le ciel leurs grands bras de squelettes, comme dans ia commun élan d'un muet désespoir,

En de certains endroits, le feu, ranimé par de nouveaux obus, se réveillait dans les décombres et rougissait de lueurs intermittentes quelques-uns de ces murs dénudés.

Tel est l’état de mon cœur, pensa Raoul, F1 n’est jonché que dé ruines, et si quelque lIumière y brille encore, ce n’est que la lueur du feu de ma souffrance, réveillée par le souffle infatigable du souvenir. Ah! plût à Dieu que ce projectile me fût destiné |

Et son œil, qui s'était relevé, suivait une bombe qui venait de bonair de la gueule embrasée d'an mortier anglais. Elle montait, montait dans l'air et 86 rapprochait de la ville avec un rugissement de plus en plus rauque Arrivée à l'apogée de gon ascension, elle 8e mit à redescendre en venant droit vers le lieu où se tenait Beaulac.

[Ce serait bien drôle! murmura Raoul avec un sourire amer, tandis que Lavigueur suivait, stupéfait, la marche du projectile.

La bombe arriva jusqu'à eux, en passant toutuiois à vingt pieds au-dessus de leur tête,

(1) La rue Saint-Georges n'était pas encore percée alors, et la batterie de canons qui défendait ie cap, au-dessus de ln rue Sault-au-Matelot, se trouvait dans l’onceinte des jardins du Sémivaire ; de sorts qu'on arrivait à la maison de Mile de Longpré, ou ds he, qu'en tournant à droite le bas de la côte ds

et s'abaitit avec fracas sur la demeure de Mlla de Longpré.

Une forte explosion suivit aussitôt l'écroule ment d’une partie du toit, tandis que d’horri bles clameurs de femmes sortaient de la ruaison,

—Vite! sauvous-les! s'écria Lavigueur en bondissant vers l'habitation,

D'abord frappé de stupeur, Raoul s'élance derrière le Canadien, qui enfonce la porte d'un coup G'épaule, Déjà le feu prend à l’intérieur de la maison, bouleversée et remplie de Ÿ mée et de débris qui volent en éclats.

En deux bonds, Lavigueur saute dans la chambre de Mlle de Longpré, d'où sortent des cris affreux, Raoul court à la grand'chambre déjà toute embrasée, à l'exception du lit de la morte, placé au milieu de l'appartement, et dont les tentures commencent seulement à prendre feu. Raoul enjambe par-dessus les cadavres des deux vieilles femmes qui veillaient auprès du corps et qui ont été frappées à moré par les éclats de la bombe. Il se penche sur son amante et l’enlève dans 8es bras.

A la lueur des flammes rouges qui courent en sérpentant sur les tentures des murailles, il semble à Beaulac que la figure de sa fiancée s’'anime et prend les tons chauds de la vie. Il croit même que les yeux de la morte ont remué, Mais ce ne sont que des illusions produites, sans doute, par la réflexion du feu.

Serrant sur son cœur le corps inanimé de sa fiancée, Raoul s’élance hors de la chambre, mais pas assez tôt, cependant, pour empêcher le feu de se communiquer aux légers vêtements de Berthe.

Tandis qu'il retraverse l’antichambre à la course, et s'efforce, avec une main restée libre, d’éteindre le feu qui mord les bras inertes de la morte, il sent que celle-ci l’étreint convulsivement par le cou.

Surpris, terrifié, il boudit bors de la maïson en jetant un cri d'effroi,

ÀÂu même instant, Lavigueur sortait aussi en toute hâte, emportant dans ses bras Mile de Longpré, saine et sauve, tandis que la servante les suivait affolée.

Voyant que la flamme, qui courait sur les manches de Berthe, menaçait de se commu.

niquer aux vétements de Raoul, Lavigueur déposa Mlle de Longpré à terre ot se mit à étouffer le feu en serrant dans ses mains épaisses les bras de Mile de Rochebrune

Mais, à sou tour, il ne put retenir une 8x mation de terreur,

L'incendie, qui se répandait par toute Ta maison, éclairait maintenant à l'extérieur en jetant ses lueurs sanglantes à travers les fenêtres

Lavigueur put donc voir la jeune fille frissonner par tout son Corps

Raoul, qui la sentait frémir entre ses bras, la regardait avec les yeux hagards d’un homme qui se sent devenir fou

Soudain, Berthe étendit les doux bras, ouvrit les yeux et poussa un profond soupir en murmurant ces mots :

…Mon Dieu! où suis-je donc ?

[ile n'est pas morte!

{ile vit encore! s'écrièrent Les spectageurs de vette scène étrauge.

Baoul était tombé à terre sur son genou droit, tandis que sur l'autre, à demi soulevé, reposait la tête de Mile de Rochebrune, dont le corps était étendu sur le sol. Avec une anxiété impossible à décrire, Beaulac suivait, sur la figure de son amante, les progrès de la vie qui revenait,

—Berthe! c'est moi, Raoul, ton fiancé, disait-il à demi-voix, en berçant douceme nt la jeune fille, comme pour ne point l’effrayer par an trop brusque réveil.

—-Raoul! murmura d'une voix si faible que <e n'était qu'un souflle, la jeune fille en se soulevant un peu la tête. Raoul! oh! merci, Seigneur!,,,, Et lui, cet homme ,,,, Bigot ..., est-il parti ?

—Est-ce donc vrai? mon Dieu! vous me l'avez rendue! s'écria Beaulac en levant les yeux au ciel, Puis inclinant son visage rayonnant sur celui de sa fiancée |

—Ne crains rien, mon ange, tu ne cours aucun danger, Cet homme n'est plus ici.

—Je t'aime, Ô mon Raoul! disait Berthe, qui 8e soulevait en le regardant avec des yeux étranges.

—#t moi donc! Oh! si tu savais,,,, Berthe!

Bur les joues brunies du jeune homme roulaient de grosses larmes,

Mlle de Longpré ne savait si elle devait s’évanouir.,

La servante frappait dans les mains de Berthe et l’'appelait joyeusement par son nom,

Lavigueur, qui croyait dormir, se donnait de grands coups de poing dans l'estomac pour se réveiller.

L'incendie, cependant, étendait ses ravages et de longues trainées de flamme passaient au travers du toit, qu'elles léchaient de leurs langues altérées de destruction.

La maison ne fc. bientôt plus qu'un brasier.

Berthe, qui n'avait eu conscience de rien depuis qu'elle avait perdu connaissance dans le ruë Couillard, ne comprenait rien à ce désastre qu'elle contemplait avec un étonnement intraduisible.

Craignant que ces émotions diverses n'amenassent une catastrophe chez la jeune fille, si faible qu'elle ne pouvait se soutenir seule,

taoul se hâta de dire à Mlle de Longpré :

Venez chez moi; je vous abandonne ma maison, Je trouverai facilement ailleurs un logement,

Puis à Berthe, qui lui montrait la maison en feu, et l'interrogeait de son grand œil noir, il ferma la bouche avec un baiser en lui disant :

Pas maintenant, mon ange. Demain, je te dicai tout, quand tu seras plus forte.

Et soutenant dans ses bras Mlle de Rochebrune, fléchissante à chaque pas, Raoul, suivi des autres acteurs de cette scène palpitante, reprit le chemin de sa maison, aux lueurs de l'incendie qui montaient jusqu’au ciel,

Dans la ville, le tocsin sonnait partout, le feu prenait en maints

Au lecteur étonné, pour le Lavigueur Mile de Long

car ndroits, moir pré,

autant que

et nous devons

maintenant uue explication de la brusque r&surrection de notre héroïne,

Sortant À peine d'une longue maladie, lorsqu'elle rétait échappée du vaisseau anglais,

Berthe, encore bien faible, avait eu à surmonter trop d'émotions et de fatigues, dans la nuit de son évasion, pour que son organisation, extrèmement nerveuse, n'en ressentit pas un terrible contre-coup.

Brisée en outre par la course à franc-étrier qu’elle venait de faire sur le cheval de Beaulac, elle se trouvait dans un état de prostration extraordinaire, lorsque, pour comble de malheur, elle avait inopinément rencontré Bigot dans la rue Couillard, La vue inattendue de cet homme, qu'elle avait tant de raisons de haïr et de craindre, avait produit sur elle l'effet d'un coup de foudre,

La commotion nerveuse fnt telle que sans perdre toutefois la vie, elle fut instantanément saisie de cette torpeur de tout son être qui ressembie tant à la mort et connue sous le nom de catalepsie,

Dans les attaques très-fortes de cette affection apyrétique, disent les médecins, le malade perd tut à fait le sentiment et l'entendement, tandis qu'une roideur, comme tétanique générale da système musculaire, empêche tout mouvement, En ce cas encore, la circulation et la respiration sont presqu'insensibles, ce qui explique, dit Grisolle dans son traité de pathologie interne, que quelques cataleptiques ont pu être enterrés vivants.

On sait que la catalepsie éclate surtout à la suite d’une vive émotion de peine, de haine et de frayeur, ou après des fatigues produites par des excès de travail.

L'attaque, qui dure quelquefois plusieurs jours, se manifeste plus souvent chez les femmes que chez les hommes, et les personnes extrèmement nerveuses y sont plutôt sujettes,

Il n’y a donc rien d'étonnant que, ramenée ainsi chez elle dans une condition si semblable à la mort, Berthe eût été considérée comme trépassée par Mile de Longpré et les bonnes vieilles femmes qui avaient enseveli la jeune fille.

La malheureuse enfant, dont les funérailles devaient avoir lieu le lendemain matin, allait donc être enterrée vivante, lorsqu'une bombe était venue miraculeusement tomber sur la po: tite maison des remparts. Le choc nerveux produit chez Mlle de Rochebrune par l’exypiosion soudaine du projectile, avec l’action irritante, sur ses bras et ses épaules, du fou qui avait produit l'effet d'uu puissant sinapisme en ré-

‘eillant la sensibilité engourdie, avaient enfin tiré la jeune personne de cet affreu. sommeil cataleptique.

Le lendemain soir, 15 septembre, dans le boudoir d'une maison de la rue Couillard, uno päle jeune fille, à demi couchée sur un canapé, causait avec une vieille dame ; celle-ci se chauffant es pieds sur les chenets, près d’un bon feu qui flambait joyeusement sous le manteau d'une immense cheminée.

Il y avait déjà quelque temps que ces deux dames conversaient entre elles, lorsqu'un je officier entra après s'être fait annoncer,

A la vue du nouvel arrivant qui, botté et 6p ronné, portait en outre une forte époe

ombat dont le bout traïnait lourdement parquet, la jeune fille ne put retenir un } cri de surp douloureuse,

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…— Mon Dieu! Raoul, où allez-vous donc ainsi armé en guerre? s'écria-t-elle,

Beaulac s'inclina d’abord devant Mlle de Longpré, puis vint s'asseoir auprès de Berthe dont il baisa respectueusement la main amaigrie,

—Mais répondez-moi donc! reprit Mile de Rochebrune avec un accent anxieux.

—-Berthe, dit le jeune homme, qui sentait une larme trembler sur ses paupières, soyez courageuse, Sachons tous deux accomplir un nouveau sacrifice afin de bien mériter le bonheur qui nous attend sans doute, après tant d'épreuves,

—Que voulez-vous donc dire, Raoul? Mais n’en avons-nous pas assez fait déjà de sacrifices ? À quelle autre épreuve nous faut-il donc être soumis maintenant ?

—Nous devons nous séparer pour quelque temps en ore.

Vous voulez m'éprouver, n'est-ce pas, Raoul? Ne prolongez pas plus longtemps, je vous prie, cette plaisanterie cruelle, Je ne suis pas encore bien forte, voyez-vous.

Et la pauvre enfant lui jetait un regard triste comme celui de la dernière rose blanche au dernier jour d'été,

—Une telle plaisanterie, Berthe, serait trop déplacée pour que j'en eusse un instant c\uçu l'idée, Pauvre ange, le fait est malheureusement trop vrail Je dois vous quitter ce soir pour rejoindre ma compagnie.

—Mon Dieu! mon Dieu! Raoul!

Et Berthe se mit à pleurer.

Beaulac s'agenouilla devant elle, prit ses deux petites mains dans les siennes, et d’une voix caressante comme celle de la jeune mère à son enfant:

—Voyons, mon amour, soyez raisonnable.

Je me trouve éloigné de ma compagnie sans congé d'absence et sans qu’il soit possible d'en obtenir un. D'ail'eurs, ce n’est pas dans des circonstances aussi graves que celles où nous sommes qu'un Eomme d'honneur doit déserter son poste. Je ne m'étais décidé à rester dans la ville que pour vous accompagner à cette dernière demeure dont, grâce en soit rendue au ciel, un miracle vous a tirée. Maintenant que vous m'êtes rendue, il me faut songer au devoir et retourner immédiatement au poste où mon pays et mon roi m'appellent, J'ai dit immédiatement: car dans un jour ou deux, il me serait impossible de quitter la ville queles Anglais cerneront sans doute complètement,

Berthe lui avait retiré ses mains et sanglottait entre ses doigts blancs qui cachaient à moitié son visage,

—Mais qu'allons-nons donc devenir, seules

i dit-elle au milieu de ses larmes: Pourquoi ne pas nous amener ave YQUs ?

—[L'état de fuiblesee dans lequel vous êtes encore, ma chère Berthe, remd la chose impraticabl I me va falloir endurer bien des fatigues avant de rejoindre l'armée

…#t affronter bien des périls, Raoul. S'il allait vons arriver malheur! Mou Dieu]

Ecoutez, Berthe, il 11e semble que le ciel doit ôtre lassé de mous éprouver par la souf france et que ce sacrifice est le dernie 1

15 demande. Je crois aux pressentiments,

et tout me dit, cette fois, que nous nous rever: rons bientôt, et pour ne plus nous séparer,

Mlle de Rochebrune écartn ses jolis doigts de devant son visage et essaya de sourire,

Mais soudain, la pensée d'un nouveau malbeur venant l'obséder encore, son front se rem brunit et d'une voix tremblante elle s'écria :

—Qui, donc en votre absence, Raoul, me défendra contre les horribles obsessions de cet homme, vous savez qui ?

—Bigot! Rassurez-vous, Berthe ; il est ren du à Jacques-Cartier avec l'armée, Si, cependant, il avait laissé des instructions à ses gens pour vous molester en mon absence, vous seriez vaillamment défendue par un brave milicien qu'une jambe de bois dispense de service actif et qui a cependant encore assez bon bras et bon œil pour vous protéger contre toute la valetaille de l'intendant, Cet homme, qui m'est tout dévoué, se tiendra continuellement armé dans l’antichambre, à côté d'ici, On lui va dresser un lit, et il devra veiller sur vous, nuit et jour, comme sur la prunelle de son œil, Quant à Bigot lui-même, je l'observerai de près au camp, et je suis asssez dans les born<s grâces de mon commandant, M. de la Roche-Beaucourt, pour être charge d'une mission quelconque afin de suivre Bigot s’il vient jusqu'ici.

—Mais que deviendrons-nous, Raoul, si la ville vient à être prise d'assaut ?

—C'est impossible, ma chère Berthe. Québec ne peut plus tenir et capitulerait plutôt sans combat; son petit nombre de défenseurs, le manque de vivres et de munitions rendent toute résistance inutile si la ville n’est pas im médiatement secourue, Une capitulation honorable mettrait les habitants à l'abri de toute injure de la part des assiégeants. Mais je suis convaincu que M. de Lévis va venir sous peu de jours, avec l'armée, à la rescousse de la capitale. Maintenant, quant à ce qui est des vivres, j'avais eu soin d'en pourvoir ma demeure avant le siége, Vous trouverez des pro visions de toutes sortes dans ma cave pour au moins deux mois. Seulement, vous voudrez bien excuser le peu de variété dans les mêls que vous fournissent les provisions d’un pauvre assiégé. Comme vous avez tout perdu, Mlle de Longpi* et vous, dans l'incendie qui à dévoré votre maison, et que désormais nous ne devons plus faire qu'une seule et même famille, vous trouverez dans mon secrétaire quelques milliers de francs qui vous aideront à subsis. ter, si mon alsence se prolonge plus longtemps que je ne le désire, Enfin, quand e serai de retour, nous ferons reconstruire, si vous } désirez, votre maison des remparts.

En ce disant avec un sourire, Raoul écarta doucement les petites mains qui lui cachaient la figure de sa fiancée, et l'embrassa tendrement sur le front en murmurant à son oreille :

Allons, sèche bien vite ces méchantes grosses larmes, ou je vais les boire, là, sur tes beaux yeux

Assise à l'écart, Mlle de Longpré se gardait bien de troubler le délicieux babil des deux

uvres amants et souriait silencieusement à leur bonheur

La noble jeune fille, habituée depuis longtemps aux grands sacrifices dont son père lux

avait donné un 8i héroïque exemple, ne proftra plus aucune plainte,

Le reste de la soirée s’écoula comme nn éclair.

Sur les dix heures, Raoul se leva, pressa sa fiancée sur son cœur et sortit en se demandant avec angoisse s'ils se reverraient jamais.

Une heure après, il parvenait à s'échapper avec Lavigueur et galoppait, avec un nouveau cheval, sur la route de Charlesbourg pour gagner Jacques-Cartier en passant par Lorette afin d'éviter les ennemis,

Deux jours plus tard, M. de Ramesay rendait Québec aux Anglais.

il avait attendu seulement deux journées encore, la ville était secourue par M.de Lévis,qui était descendu dé Montréal en ioute hate et avait rejoint l’armée campée à Jacques-Cartier.

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