‹ L'intendant Bigot [microforme]Chapitre 8 sur 44 · TEAU-BIGOT · texte numérisé non relu

TEAU-BIGOT

pe ete ee ve

aime les plaisirs de la table et ne se veut immiscer dans la critique des petites lesses et misères des autres, de peur qu'on né vienne à découvrir, par un dangereux rapprochement, de plus honteuses turpitudes sur sou propre compte.

L'intendant venait de congédier tous iles serviteurs de peur-qu'ils n'abusassent de qu’'indiscrétion échappée aux convives ay

Son front soucieux trabissait certaine préoccupation intérieure assez forte pour le poursuivre jusque dans les jouissances oublieusés d’un copieux repas. ai

Pensait-il aux difficultés que la vènue des nouveaux événements militaires allait jeter sur sa voie déjà fort embarrassée, ainsi qu'à l'orage qui déjà grondait à son horizon assombri, et qui, venant de la cour, pouvait conte: air dans ses flancs le coup de foudre destiniéà écraser l’intendant infidèle ?

Songeait-il, au contraire, aux moyens à prendre pour se faire aimer de cette jeune fille qu'il avait fait enlever si brutalement le soir même ?

C'était certainement l’une ou l'autre de ces deux pensées qui le préoccupait ainsi, lorsqu'il fut soudaiu tiré de sa rêverie par le bruit d'une assiette qui, après lui avoir effleuré la figure, alla se briser en éclats sur la muraille,

Cadet venait de lancer ce projectile à la tête de Deschenaux.

Voici ce qui avait causé cet esclandre,

Deschenaux, jaloux de la fortune rapide de Cadet, l'avait d'abord raillé sur l'impopularité des immenses levées de blé faites, dans les campagnes, par le munitioruaire-général, levées très-profitables, du reste, avait-il ajouté; pour celui qui était chargé de les faire,

—Et vous, avait répondu Cadet, croyes-vous être en odeur de sainteté auprès des bourgeois de Québec? Outre que vous êtes receveur de l'imposition qu'on a mise sur eux pour lou:

tretien des casernes et que cela sufiit pour vous attirer la malveillancée des citoyens, où ne se gêne pas de dire que vous empochex la moitié des contributions.

—Oh parbleu! la bonne farce! répliqua Deschenaux. Et pensez-vous, mon cher, que l'histoire de ce gros million, à vous compté lors de votre entrée en charge, soit plus édifiante que celle de l'impôt ?

—Mais, dit Corpron, qui intervint prudem.

ment, vous avez dû voir, M. ie secrétaire, le compte-rendu que nous avons fait tenir À M.

l'intendant de l'emploi de ce million. Pourquoi donc vous arrêter à de viles calomnies ?

—Allons donc, mon cher Corpron, lui dit Deschenaux avec un rire cynique, je vous croyais plus fort! Est-ce que nous ne nous connaissons pas tous un peu, hein ? Entre nous cette feinte est ridicule, Aussi soyez certain que malgré votre savant état de compte fait pour aveugler, là-bas, messieurs Les ministres, je sais fort bien quels jolis prélèvements vous avez faits, Cadet et vous, sur ce million de francs avancé au munitionnaire, Mais ce n'est point là la question, Car il est constant, entre nous, que c’est à qui s'enrichira le plus vite parmi tous les fonctionnaires de ge gou-

vernement, qui ne fait que se modele, du

reste, sur celui de Mme de Pompadour, Ce que je veux reprocher à Cadet, c'est qu'il nous compromet tous,

—Æ£t comment cela, 8,.., tognerre ? s'écria Cadet ; ne suis-je pas aussi fûté que vous, par büsard ?

Je serais le dernier à vous refuser les plus

brillantes qualités de l'esprit, dit Deschenaux d'un ton raïlleur, qui ne fit qu'exaspérer Ca- .det. ais avouez que vous vous êtes mis sur un, trop haut ton. Le peuple, qui crève de faim, s’indigne de vous voir une table aussi fastueuse que celle que vous tenez, avec, en outre, valets de chambre, laquais et maître d'hôtel, |

Eh] mille diables ! peu m'importe ce que dit la populace ! Je maintiens mon rang, voilà tout !

Page 1