‹ L'intendant Bigot [microforme]Chapitre 9 sur 44 · Votre rang ? votre rang? Bah · texte numérisé non relu

Votre rang ? votre rang? Bah

.+ Qomment ? mais ne suis-je pas autant et mème plus que vous ?

Autant, je ne dis pas; mais plus..,.!

Pour être né dans la boutique d'un cordonnier, vous faites bien l'important, monsieur le secrétaire |

—O0Oh! 0h! monsieur le munitionnaire-général, lé prenez-vous sur ce ton-là? D'abord. je pc crois pas devoir en céder à un ex-porcher, Puis laissez-moi vous répéter ce bon mot qui courut tout Québec, lors de votre élévation à l'emploi que vous occupez aujourd’hui et que vous n'avez certes pas dû à une instruction laborieusement acquise. C'est étonnant, üigait-on, que Cadet, le boucher, ait su passer aussi vite du couteau à l'épée. (1)

—Bélitre! rugit Cadet, qui saisit une assiatte et la lança au visage du malicieux Desthenaux,

Messieurs ! messieurs! s'écria Bigot. Au lieu de vous griser et de vous quereller, il vaudrait mieux, je pense, aviser au moyens ‘le mous tirer de l'impasse où nous a poussés une administration plus que suspecte. ‘l'andis que vous dormez sur le fruit de vos exactions, je suis seul à veiller au salut de tous.

“ En effet, qui a su, jusqu'à présent, entretenir une sourde inimitié entre M. de Vaudreuil et le marquis de Montcalm, et nous attirer la protection du gouverneur aveuglé?

Qui vous à mis à même, afin de hâter avant la tempête votre retour en France, de réaliser en espèces sonnantes les biens considérables que vous avez acquis en bons sur le trésor ?

N'est-ce pas encore moi, grâce au soin que j'ai pris d'envoyer en France l’aide-major Péan, dont la mission spéciale était de nous expédier ce printemps des navires chargés de mar-

chandises que nous avons vendues au poids |

de l'or ?

—Ce pauvre Péan! interrompit Cadet tou- |

jours à moitié ivre. Il doit s’ennuyer de sa jolie femme qu'il a laissée, sur votre avis, à Québec.

Monsieur Cadet, reprit sèchement Bigot, vous badinez mal à propos, croyez-moi, Pour vous en convaincre, je vais vous lire une

(1) Toutes les allusions faites aux péersonnagis !

de cette scène sont exactement historiques. Voyez jes. Mémonres eur les affaires du Canada,

lettre que j'ai reçue, il n'y a pas longtemps, du nouveau raînistre de la marine, M. Berryer. Bien qu'elle vous concerne, ainsi que ces messieurs, tout autant que moi, je n'ai pas voulu vous en faire part avant ce jour ; car il m'en coûtait de troubler votre sécurité. Rappelezvous seulement que lors de l’arrivée du vaisseau qui, ce printemps, nous apporta de France les prerières nouvelles de la saison, je vous ai tous avertis de vous tenir sur vos gardes, parce que la tempête commençait à gronder.

Ecoutez maintenant ce que m'écrit le ministre de la marine,

Bigot prit une lettre dans la poche de son justaucorps.

Les convives penchèrent vers l’intendant leurs figures anxicuses, et à mesure que Bigot avançait dans 8a lecture, leurs physionomies terrifiées montraient combien les fumées de l'ivresse se dissipaient vite sous le coup des dures vérités contenues dans le foudroyant message du ministre,

# On vous attribue directement, ” disait M.

Berryer dans 5a lettre À Bigot, datée du 19 jauvier 1769, « d’avoir gêné le commerce dans “]e libre approvisionnement de la colonie.

& Le munitionnaire-général ”—Bigot eut soin de “ souligner ces derniers mots dans sa lec- # ture—{{ le munitionnaire-général s'est rendu “ maitre de tout, et donne à tout le prix qu'il “veut, Vous avez vous-même fait acheter & pour le compte du roi, de la seconde et de la troisième main, Ge que vous auriez pu yous “ procurer de 18 première et à moitié meilleur “ marché; vous avez fait la fortune des per- 4 sonnes qui ont des relations avec vous par les 4 intérêts que vous leur avez fait prendre dans “ ces achats ou dans d'autres entreprises ; vous “tenez l'éclat le plus splendide et le plus « grand jeu au milieu de la misère publique.

“ Je vous prie de faire de très-sérieuses ré- “ flexions sur la façon dont l'administration

« présent. Cela est plus important que peut- ‘ être vous ne le pensez.” (1)

Cadet dont il était fait spécialemcze mention dans le message officiel.

Le munitionnaire avait perdu sa morgue, Il était là, le regard rivé sur la table, décontenancé, pâle, défait, stupide.

Les autres convives ne paraissaient guère plus rassurés.

—Pardonuez-moi, chers hôtes, ajouta l'intendant, de vous faire terminer ce repas d’une aussi triste manière. Mais le moment est des plus critiques, et le temps est venu de chercher une planche de salut afin de ne pas sombrer dans le gouffre qui menace de nous engloutir,

“Ily a dans la vie de pénibles étapes où | l’homme le plus heureux doit s'arrêter afin de | bien calculer l'élan qui lui fera franchir avec | succès un précipice inopinément ouvert devant lui par la main de l'inconstante fortune. | |

EEE

A l'heure présente, nous en sommes, tous rendus là, vous et moi; car vous ne dévezs point

(1) Historique,

“ qui vous est confiée a été conduite jusqu'à,

Ê Quand il eut fini de lire, Bigot regarda

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