III. Les Assurances maritimes. IV. La Lutte
contre la Monoculture. V. Les Achats de Grains.
/. — ■ La Crise économique.
Nul ne comprenait mieux que l'intendant la gravilé de la crise que la province traversait. Le roi et les ministres étaient trop loin pour s'en émouvoir. Tourny, qui était arrivé dans sa généralité de Bordeaux avec l'espoir de la mettre hors de pair, constatait tristement que son sort était menacé et qu'il devait commencer par la sauver, avant de penser à la décorer et à l'embellir. 11 s'apitoyait en particulier sur les malheurs de Bordeaux, « de celle ville la mieux disposée pour les grands ports du commerce, qui peut d'ici vingt ans augmenter du tiers en étendue, en habitants, en maisons
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temps ordinaire, hi province ne produisait pas a de grains pour la consommation locale La Guyenne nous épuise pour sa propre subsistance . écrivait, dés le débul <ln \\lli siècle, un intendant <\<- la généralité de Hennés d'où les nts de Bordeaux faisaient venir leurs grains Vers 173(1 le ilcii.il annuel pouvait être évalué à 3H>.250 scliers de Paris Pendant les premières années de I intendance de Tourny, le déficil
ihiiI.i. parce que la production locale l'ut au-dessous de la moyenne La recolle de 171'.' allait de la moitié aux deux tiers de la production normale : celle de 17*13 arriva aux deux tiers : celle de 1744 était médiocre ; celle de 1745 atteignit les Irois quarts; celle de 1746 la moitié el celle de 17 17 le quart h peine. Il faut venir a 175*2 pour retrouver le rendement normal el n I7.">l pour rencontrer une production surabondante '.
La vigne, qui faisait la richesse de la Guiennc, à laquelle les habitants avaient tout sacrilié, coûtait cher cl rapportait peu. En 1742, !>• nui avail été abondant, mais de qualité médiocre. La récolle de 1743 fut du tiers à la moitié de la production normale, celle de 17 11 il<- la moitié aux trois quarts. L'année 1745 lut mauvaise pour la quantité el la qualité. Pour les années suivantes, les conditions lurent un peu plus favorables, mais celle amélio ralion ne servit guère, puisque la guerre suspendait les expéditions.
Le vin avail bei Ire bon el abondant, il resta dan- les chais '.
guerre paralysait le commerce Les corsaires empêchaient l'arrivage des grains el l'exportation des vins. Les navires se ris quaienl bien à tcnler le voyage, mais beaucoup se perdaient. En
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etlre du fi fè\ 1709 le Boisligle I u Benzacai /■'
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septembre 1711. on apprit, par un seul courrier, la perte de 8 vais- >;ni\ représentant un capital de près de deux millions '. fies désastres atteignaient également les propriétaires des navires, les armateurs, les négociants et aussi les viticulteurs H le grand public. Bordeaux, réduil à tourner le ilos ;'i l'Océan, n'était plus dans son rôle et ne pouvait plus vivre.
Tourny qui avail remarqué, '1rs son arrivée, I air morne de sa capitale2, voyail avec peine que la consternation j devenait Ions les jours plus profonde, plus générale. Il écrivait le l"r mars 1745: <■ Tout le monde sait que la mauvaise qualité du vin de 1 74*,? en empêcha la vente; ceux de 1743, un peu meilleurs, auraient été peut-être consommés par l'étranger, si la déclaration de la guerre contre les Anglais ne lût survenue; à l'instant, le commerce se trouva suspendu... Le crédit a disparu avec le commerce; le désordre des affaires a lait naître la méfiance et a resserré l'argent au poinl qu'il est devenu d'une rareté étonnante sur la place 3. »
//. — La Question des Convois.
L'intendant se préoccupa de garantir, dans la mesure du possible,
la sécurité des navires marchands, en obtenant que le roi mîl à sa disposition des vaisseaux de guerre. Dans l'esprit des commerçants du grand port, la marine royale aurait dû, non seulement convoyer les navires en haute mer, mais aussi assurer un service de patrouilles à l'entrée de la Gironde.
La question fut agitée entre Tourny et le contrôleur général, dès la fin du mois de septembre 1743. Dès cette époque, il semblait entendu que des mesures seraient prises, et que la ville de Bordeaux y contribuerait de ses deniers 4. Maurepas, ministre de la marine, offrit un peu plus tard d'affecter un bâtiment à la défense
1. Brives-Cazes. Épisodes du système prohibitif en Guienne. 1725-1752. dans les Actes île l'Académie de Bordeaux. 3' série. 42* année, 1880. p. 268.