IV. — La Grande Détresse Je la Guienne
L'hiver de 1747-1748 compte parmi les plus malheureux don! la Gujenne ail eu à souffrir.
A l'inverse de ce qui se passail à l'automne précédent, ce sont
les campagnes qui surtout pâtissent.
Bordeaux trouve, tant bien que mal, le moyen de snlisisler 3. Les arrivages des grains de la compagnie se font d'ailleurs déplus en plus rares. Ce sont « quelques tonneaux d'eau portés au secours d'une maison que le feu attaque de tous côtés4.» Ces tonneaux ne seraient rien pour toute la généralité, et Bordeaux les arrête encore au passage. Dans la ville la misère est grande : les propriétaires, privés de leurs revenus depuis trois ans, cherchent à emprunter; les négociants, dont les affaires sont interrompues, ne se soutiennent que par le crédit 5; le peuple se presse à la porte des boulangeries; on montre du doigt, on poursuit comme accapareurs les misérables, à mines sombres, qui font des achats de pain trop fréquents 6.
Malgré tout, le pain est bon et le prix n'est pas trop élevé. Qu'est-ce que ces apparences de détresse, auprès des maux très réels qui désolent les campagnes? Libourne, (llairac, Agen,
1. Le 5 décembre 1717, Tourny demande instamment A Machault de rétablir la liberté du commerce des grains.
2. M. Marion en a tracé le tableau dans son livre : Etal des classes rurales au XVIII* siècle, dans la généralité de Bardeaux, p. m. Voir aussi : Bernadau. Chroniques bordelaises, 713', I. xlvii, p. -185 à 190, à la bibliothèque municipale de Bordeaux.
3. Tourny en convenait, quelques mois plus tard, notamment dans sa lettre du 22 juin 1748, adressée au chancelier. A. D., Gir., C 1399.