La direction de Philibert Orry
/. — La Généralité de Limoges.
La généralité de Limoges n'accède aux frontières du royaume par aucun côté; c'est le type de la province intérieure.
Elle t'ail peine à voir sur une carie. Quelle est au juste son unité? En a-t-elle une? Elle semlde Faite de trois morceaux, Angoumois, Limousin et Marche. L'Angoumois esl séparé du reste de la généralité : c'esl une enclave enire les généralités de Bordeaux, de La Rochelle et de Poitiers. D'autre pari, la généralité de Limoges ne s'étend pas sur toute la Marche. Elle comprendrait en revanche tout le Limousin, lequel serait son vrai noyau, sans la Vicomte de Turenne qui entame profondément le Limousin dans sa partie sud.
DO
l\le .1
M l'intendant toubny
I > ; j i > • — ce liant pays, d'accès difficile, les quelques rivières <1< ml le cours supérieur pouvail être navigable onl joué, dans l'activité humaine, un rôle capital. La Vienne, continuée à l'ouest par la ('liarnnlo, si proche d'elle au seuil de Confolens, groupe, vers le nord-ouesl de la généralité, le Limousin, la Marche et l'Angoumois, tandis qu'au sud de la Vicomte, le Limousin, et l'Auvergne en parité rayonnent autour de la Dordogne. Limoges se trouve à peine en Limousin, mais elle est sur la Vienne qui lui facilite l'accès de la Marche, et qui lui ouvre aussi l'Angoumois; c'est la raison qui l'a fait choisir pour la capitale de la généralité. Limoges n'est pas seulement la ville principale, elle est le centre, l'élément d'unité.
En dépit d'ailleurs de l'existence de ce point central, les diverses parties de la généralité gardent leur liberté d'action, et il faudra tous les efforts des administrateurs pour retenir cette généralité de Limoges chez elle, pour l'empêcher de disperser sa vie et son activité vers les régions riches qui l'environnent, vers les pays de la Loire ou ceux de la (laronne, vers Clermont- Ferra nd dont la Cour des Aides étend son ressort au Limousin, vers Paris qui tient Angoulême dans la juridiction de son Parlement ' , et vers Bordeaux dont le Parlement étend son ressort jusqu'à Limoges.
L'Angoumois, placé à la suite du Poitou sur la grande voie de passage, entre le Nord et le Midi, ne présente pas d'affinité frappante avec le Limousin. Angoulême et Limoges sont plutôt concurrentes. Quant aux campagnes qui rayonnent autour de ces villes, elles ne se ressemblent pas. Pour s'en convaincre, il suffit de confronter les rapports des délégués de Tourny : tel, qui est d'Angoumois, parle de prairies arrosées par des fontaines, de terres labourahles assez bien cultivées, de quelques vignobles bien exposés, de l'aisance des paysans 2; tel autre, qui est du Limousin, mentionne des landes stériles privées de toutes communications, sans ruisseaux, sans routes, sans rivières, et naturellement sans commerce et sans industrie ; « le vin y est fort petit et les habi-
1. Cf. état des bailliages et sénéchaussées du ressort du Parlement de Paris. dans A. N , <)' r>10, dépêche ministérielle du '.' décembre l"r.3.
2 Cf. A. D., Charente, C 140, compte-rendu fourni par le subdélégué d Angoulême.
xii ÉRAI
tants \ paraissent très pauvres, attendu qu'il n'j .1 un p
m commerce les bœufs se nourrissent dans les brandes el sont gros comme de petits torins
D'ailleurs, ce Limousin lui même n<- se ressemble pas en \<>\]lieux II faul -li -l 1 u^u.r entre la pénéplaine uniforme du liaul Limousin pays froid, pluvieux, qui verse tant de fleuves ; • el les gradins étages du bas Limousin, • cbarmanl el pauvre pays, dans lequel <>n tourne par des rampes délicieuses, entre des roches pendantes, mousseuses, brunes, richement ombrées el délicate nii'iii festonnées de verdure. Petites cascades pour un fétu, ri\ qui fuit, vive •-< > m im- une couleuvre, au-dessous des peupliers. I n peu de sarrazin, pour vous rappeler que vous êtes au pays de la pauvreté, que Imitr cette beauté «•-I désinléresst 1
Turgol parlail un jour avec quelque emphase des richesses an ciennes de sa généralité de Limoges, de ses grains, de ses \m^. de Bes chevaux, de son bétail, de ses foires prospères el de belles industries \u moment de l'arrivée de Tourny, les cam pagnes sonl surtout riches il>- leur blé noir <■! de leurs châtaignes Les villes conservent i|in'Ic|ii>'> industries : Vngouléme a toujours ses papeteries; Uuffec, ses forges . Limoges el St-Léonard produisent les draps . Tulle ;i déjà -;> manufacture d'armes. La pro vince fait efforl pour pouvoir se suffire, '-t les principaux centres sont assez animés Limoges Bourganeuf, Tulle, I ï i- ï % *- el Angoulême -""t chefs-lieux d'élection, <'t en même temps sièges
présidiaux. Limoges, Tnlle el Vngoulôn ni un évôqui
tagoulême a une juridiction consulaire remuante el I - ■ re Limoges est toute à ses corporations, donl la première csl celle des bouchers Certaines querelles éclataient jadis à loul propos entre la cité et la ville proprement 'lit»1 Chaque moitié de l.i -
I \ h 11 C lit. c pte rendu fourni par un subdélégue de Li
mousin.
.' Voir sur le Limousin es le M Demangcon parus dans
« graphie intitulés Le Relief du Umouêin, 1910, p 120 149; el lu
inns li I im Michslet, r<ii>leau <lr la France, \> !"'• 1 liichelet. Tableau de lu France, p. Il
• I llfred I ■ du haut el ion Limousin m ;
dans le Bulletin de la S icienlifique, hittoriqut que 'If I"
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• iv.iii son subdclégué ; l'une possédail l'abbaye, l'autre gardail l.i calbédrale. Le pacifique Fleùry, en vue de liquider toutes
ces vieilles querelles, venail de p 'voir le même prélat,
Monseigneur de l'Isle du Gast, de l'évêché de Limoges et du prieuré. Au momenl où Tourny arriva, la paix élail ainsi réla" blie, et d'autre pari. Jacques Juge, avocal du roi au p'résidial, commençait une heureuse carrière; son influence conciliatrice allail s'imposer au corps de ville el l'éclairer sur ses véritables intérêts,
/. — L'entrée en Fonction du nouvel Intendant.
Dès son arrivée, le marquis de Tourny déploie la plus grande
activité el prend délibérémenl la direction des affaires, com
s'il élail impatienl de se montrer.
Le 15 décembre 17:*>0. il réunil et il préside déjà une assemblée générale de la commune de Limoges : il a auprès de lui le lieutenant-général de police Roger, des Essards, le procureur du roi, Romanet de la Briderie, le prévôt-consul et les consuls, ses collègues. Les corporations sonl représentées par « les députés des corps el compagnies » el la masse du peuple par « la majeure partie des bourgeois el marchands el autres habitants de la dite ville ». Au lieu de les saisir par lettre, l'intendant a voulu venir raisonner avec ses administrés, au sujet du péril d'incendie qui menace Limoges, avec ses rues étroites el ses maisons de bois. L'assemblée est unanime à approuver les mesures que l'intendant propose '.
C'est un plaisir toujours nouveau pour Tourny de rapprocher les administrés des administrateurs, de rendre leur collaboration Ion jours plus constante el plus étroite, de vivre avec les mis el avec les autres, de se sentir vivre en eux. Il ne se contente pas de frayer avec les grands du pays, comme le comte de Noailles donl il devient l'ami -, ou le marquis de Vassan qu'il représente officielle-
1. A. 1> . ll.uiie \ ienne, registres consulaires de la ville de Limoges, t. iv, délibération dti 15 décembre 1730.
'-'• Voir les lettres échangées par luunn avec le te de Moailles, A. D., Gir.
In future marquise de Mirabeau, -•< 1 1 II. pla sentant du roi dans l«-- cérémoi
puliliqu icux <|ni -mil càlrh Ile
n|ue, .1 I occasion de | resque toutes les solennités, le niarq première stalle «lu chœur «l>- la cathédrale, du côté de I autel el i droite >'i\ enlrnnl audit chœur par !;i porte du miliei
.1 ivait-il plus tard, à la léte du présidial
donl les wienl les stalles suivantes, •pu joignaienl
celh les stalles de l'autre
es par les consuls Ici, toujours a ces c< moi - -'li. il. <-ii habil ordinaire, avec
l'épi .ni ainsi trouvé établi par M <!<• Breteuil el n'ayant
(•••ml voulu inii<'\ er
nd l.i province perdil son gouverneur, le maréchal de Berwick, tombé héroïquement en I7-!I devant la place de Philippsbourg, les consuls 'I'- Limoges songèrent ;i raire célébrer un- rourny, mis au courant, les encourage > entourer
li i érémonic du plus grand éclal II accepte rl'j présider lui-même,
• l'Intendante. I ge pari de l'hrtlel de ville qui a été tendu
de noir ; tous les l''-h- de Limoges veulent rendre hommage au
défunt . la population se presse ;i la suite des autorités La calhé-
lle aussi, tendue de noir; le précieux jubé, voilé de
:•'■, i une barrière sombre entre la nef el !<• chœur constellé
de i . L'intendant cl sa femme sont agenouillés au premier rang \ la lin de la ■ ■ i • : 1 1 « m î • • . Monseigneur l'évêque,
M l'Intendant, Madame l'intendante, les ofliciers du présidial, les
«suis el autres, chacun à son rang, furent à l'offrande, el ;> ht fin du service ils furent dans le même ordre jeter l'eau bénite sur le
ifahjuc
\ I l'évêque seul a le pas sur l'intendant ; mais le mar-