II.— La crise de
\n momenl où Tournj tenta il de réformer la taille, la crise
i nique rendait la vie plus difficile que jamais Commenl faire
comprendre au peuple que la t ; > î 1 1 • - tarifée devail être introduite «'ii
l.i sin, précisément parce que le Limousin était pauvre, et
parce que la famine menaçait d'accroître ses misères? Le public
se laissa aller à pensi r, c e les chanoines 'I Vngouléme, que la
réfor levai! être différée, élanl donnée la rigueur du temps.
Dès I7:'.7. la levée de l'impôt ne \;i pas sans difficulté. Aux «-«•iiliti— ■!•■ la généralité, les quatre paroisses de la terre de Lanquais refusent obstinément de se soumettre a l'imposition du dixième
Pour les réduire, il faut envoyer sur lès lieux deux c pagnies «lu
• I Ba> i' i
I n an plus lard, on annonce un petit n veinent a Saillac, ;'i
la suite d'un nouveau refus de payement. Tournj n'est pas sans inquiétude. • Il esl de la dernière importance, écrit-il, d'arrêter de pareilles émotions, qui pourraient avoir des suites dangereuses '. » La crise se développe, malgré les répressions. Elle s'aggrave i Vngoulômc, plus que partout ailleurs. C'esl le momenl <>ù la famine esl conjurée; les grains de l'intendant, vendus au marché, fonl concurrence à ceux '!<•> paysans. Les mécontents soulèvent le peuple. Trois compagnies de cavalerie vonl s'employer au réla
1 \ vu. étrang., France U' i le chapitre d'Angoulorae au cardinal
de l i.-nrv
\ \if étrang . France 1479. si aoùl : rdinal de Pleur) â l'évéque
d'Angouléme l •■ ■ irdinal se dispensa de répondre d :temenl au chapitre.
3. La terre de Lanquais, conllnanl atu deux généralités de Limogea el de leaux, le controleui - instructions à la fois à Tournj •
intendant de Bordeaux \ n l i il février 1737, lettre -i rournj el 7 mars IT::T lettre è Boucher.
I A. N G 15. lettre du coi .i fourny du 20 juillet i
]S(I l.'i\ rENDAN i roi k.\y
blissemenl de l'ordre. On arrête une vingtaine de perturbateurs. Le calme es) revenu aux premiers jours du mois d'août. Mais la crise n'esl pas terminée, la population reste inquiète; les opérations commerciales ne reprennenl pas loin- cours normal. « Ce qu'il y a de fâcheux, écril l'évêque, c'est que, s'il survient quelque année de disette, il n'y a aucun marchand qui ose s'exposer à acheter ou à vendre des Mes. ce qui serait un grand malheur pour celte pro-
vince
Quand la question des grains perd de son intérêt, celle de la taille attire et relient l'attention. L'opposition saisit avec empressement ce nouvel objet. Le chapitre d'Angoulème fait des émules; les officiers de la sénéchaussée et du siège présidial rédigent des remontrances. Orry intervient avec vigueur. Il donne ordre à Tourny de mander par devers lui le président et le lieutenant général et de leur faire une sévère réprimande 2. Le présidial se soumet ;. Reste à réduire les officiers de l'élection qui ont envoyé de leur côté des mémoires à la Cour des Aides. Fleury juge nécessaire d'exiler à Moulins « le sieur Pigon est qui parait être l'auteur de toutes ces fausses démarches >> '.Pour assurerl'exéculionde cet ordre, l'intendant se rend à Angoulême, en personne. Dans la maison où il descend, il est blessé au cours d'une scène tragique entre les sieurs de la Molière el Duvivier 5. Quelques jours plus tard, il explique aux habitants le but de la taille tarifée et il fait transférer à Limoges les individus arrêtés en juillet ''.
Tandis que l'intendant est à Angoulême, de graves désordres
1. A. Af. étrang. France 1479, leltre de l'évêque d'Angoulème au cardinal de Fleury, 1" août 1739. Sur l'agitation populaire et sur les mesures d'ordre, voiries ordres d'Orry du 22 et du ??> juillet 1739, A. N., G' 56.
2. A. N., (e 56, ir> août 1739, lettre du contrôleur général h Tourny.
3. Au nom du présidial, Baveau de Gival. ancien président, présentait au cardi nal. le 9 septembre 1739, les excuses de la Compagnie. A. AIT. étrang., France 1479
4. A. N., <;T 56, lettre du contrôleur général à Tourny du 12 septembre 1730.
5. Nous regrettons d'être très mal renseignés sur l'altercation i|ui eut lieu en présence de Tourny; ce fait nous est seulement connu par celte lettre du contrôleur géneml à l'intendai I : « Je recuis la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 18 de ce mois sur ce qui s'est passé chez vous entre M de la Molière et M. Duvivier. Je ne trouve rien dans le détail que vous me failo de cette affaire qui puisse vous être imputé, et vous n'êtes qu'à plaindr- d'avoir été présent à une scène aussi tragique et d'j avoir été blessé. » A. N., G: r>(i, 22 septembre 1739. Nous croyons que Tourny était alors à Angoulême.
6. Renseignements fournis par la lettre du contrôleur général adressée à Tourny, le 12 novembre 1739, A. N . G' 56.
I OPf'O.S * l»KS I-ICIMI I i.ll - I sl
éclatcnl à Brive, ■> I autre ! l de la ili Les I. ■< el 7 sep
lerabre, la foule enlève les tabacs défectueux accumulés a l'entre
pôl ; elle maltraite les employés des fermes r/ourn) esl c mis
pour juger I ;ilT;u
La confiance de ses administrés lui est rendue dès que colnmencc trir !<• bruil de son dépai i
I — La question du départ de l'Intendant
\\> lendemain de la famine, on commençail à parler de ce dépari à m. ils couverts el sans grande certitude. C'esl alors que M Juge -.• lii le porte-parole de ses concitoyens pour demander è r/ournj I «• m r la ville de Limoges ^près avoir beaucoup hésité, le marquis finil par serendre aux instances de son ami \ l'égard de mon portrait, lui écrivait-il, je ne m'étais jusqu'ici senti aucun 1 pour le faire faire, mais l'envie que vous avez de le placer dans l'hôtel de ville m'\ déterminera avec plaisir. C'esl flatter mon
amour-propre par l'endroil l<- plus délicat que de i lonner 1 i «■ 1 1
de penser que vous le regarderez el le montrerez un jour à vos descendants, c ne celui de quelqu'un qui vous aimail véritablement el que vous aimiez <l<- même
Cependant l'intendanl se trouva être maintenu à son poste, contrairement à l'attente générale. Quand le bon peuple de Limoges fut bien sûr de le voir revenir, il songea ;i marquer son retour par une manifestation solennelle ["ourny, prévenu, se déroba à ce! honneur trop éclatant. Il répondit à M. Juge qui avail pris convenances Je suis Lrès sensible aux sentiments que la ville de Limoges ■< marqués >ur les bruits qui onl couru ;> mon sujet, el ce sera avec le plus grand plaisir que j'j arriverai vers le 12 ou le 15 • 1 1 ■ mois prochain, mais lis tâché qu'il j eûl de la pari de ses
ittribution a ["oiirny. du 27 septembre 1739 \ \ l 2181 Deu» .■h ITii !• J .In Limousin demandai) des inslrucl
pour désarmer les paysans Cf. A. N O1 137, lettre du ministre de la maison du ■ rourm 18 juin 1T|| On peul penser que cette opération de désarmement
irnj a M. 1740, communiquée pni M Dcmartial a
la Société archéologique du Lii isin cl publi lans li
t. lmii. 1908, p.
182 I INI ENDAN1 I m liW
habitants aucune démarche qui lesmîl ce jour-là en mouvement : c'esl dans leur cœur que je souhaite de trouver l'amitié el non dans ilrs mouvements extérieurs '. »
Autant que la conscience publique se laisse pénétrer, on peul dire quelle vœu du marquis se réalisa. Les administrés du Limousin, sinon ceux d'Angoumois, lui rendirent justice à son époque même, el non pas seulemenl parce qu'il les avail sauvés au moment de la famine ; ils lui furenl attachés pour l'ensemble de son œuvre, comme s'ils mesuraient déjà l'étendue des services qu'il leur avail rendus.
(In connaît l'inscription élogieuse qu'ils gravèrenl au fronton de sa porte. A peine était-il parti, certain sous-ingénieur qui avail travaillé sous ses ordres lui exprimait son admiration pour tous lés grands ouvrages qu'il avait entrepris. De leur côté, Thévenin et Laforest, les deux grands filaleurs, assuraient le marquis de leur profonde reconnaissance. Le premier lui écrivait qu'il n'oublierait jamais ses bontés 2 ; le second abondait dans le même sens : « C'esl à l'honneur de votre protection, lui disait-il. que nous rapportons tout le succès et les progrès de notre manufacture. Nous avons aussi une reconnaissance infinie pour tous les bons offices que vous ave/, bien voulu nous rendre et que nous n'oublierons jamais 3 . »
Avanl même que le marquis eût quitté Limoges, l'opinion s'était prononcée d'une façon assez nette pour qu'un membre du clergé, l'abbé de la C.hataigneraye, prieur du Porl-Dieu. chanoine du chapitre et comte de Lyon, pût écrire à un prélat de ce clergé limousin, si féru dans l'opposition : « Il n'est sorte de bien que je n'aie entendu dire de M. l'Intendant de Limoges 4. »
1. Lettre de Tourny à M. Juge, du 19 juin 174(1. communiquée par M. Demartial et publiée dans le bulletin de la Société Archéologique du Limousin, t. lviii, 1908, p. 573.
2. A. D., Gir., C 956, 23 octobre 1747, lettre de Thévenin à Tourny.
3. A. D.. Gir. C 956, 24 octobre 1747, lettre de Laforest à Tourny.
I. A. D., Haute-Vienne, (j 219, 12 novembre 1711. le! tre à l'évèque de Limoges, publiée par M. A. Leroux, Dernier choix de documents historiques sur le Limousin, Limoges. Ducourtieux, 1906.
i oppi "-1 1 1 ■ ' n i.i - i'in\ m i ..h - i ■» :
! /. La Nomination Je Tourmj à l'Intendance à Bordeaux.
I n<- récompense élail due aux efforts du marquis \ défaut il un poste plus élevé, l'inlendaul ;is;iil commencé par obtenir l'augmentation de sa pension, au mois de mars 17 lu I..- contrôleur général ne manqua pas à cette occasion il'- lui témoigner sa grande estime Sous m- devez pas douter, lui
vait-il, que je n'aie profité avec bien du plaisir de cette
• n de faire valoir m>~ services ! I.'- lendemain môme 'lu
jour où Orrj lui faisait espérer l'augmentation, l'intendant élail
informé qu'elle lui élail acquise. Au lieu de KXW I . ..lui 6000
i|u il allait rece> oii
II fui beureux de l'aubaine, mais il attendait mieux encore. Il aspirait déjà .1 la grande intendance qui lui vint au bout de 3 ans, peut-être i> la suite d'élogieux suffrages que I'- Parlement de Paris se plut à lui décerner Le marquis élail à Paris quand l'affaire se conclut. Le rappel de Boucher, l'intendant de Bordeaux, avait été décidé sans doute ai is de juin 4. Le 8 juillet, Orrj
-ni écrire h lourn} pour lui apprendre officiellement <|ii'il
était i mé ■< la place de Boucher. M Boucher, lui disait-il,
ayant obtenu du Boi la permission <le se retirer de l'Intendance .!>• Bordeaux, S M vous ;i nommé pour lui succéder dans celle Intendance, et je ne doute pas que vous u > donniez '!<• nouvelles
preuves il<- l'application et <lu zèle «iiu- vous avez louj "s marqué
pour le bien du service du Boi Le 15 juillet suivant, le contrôleur général écrivait a Amelol pour le prier d'expédier la Com-
1 A leUre du conlroleui I rournj du 8 mars 1740
2 Cf lettre de rournya U. Juge du 29 mars 1740, communiquée par M. Dcmartial
.logique du Limousin el publ lans le bulUlin de relit Société,
elle explicaUon esl donnée pai Marie de Sainl i hùloriqut
l'oiimy, p. f. \..u- n'avons pu .'il vérifier la ir el nous persistons à croire que la nomination .le Tournj à Bordeaux fui la impense naturelle de ses -cm - ■■ par un ministre qui
le ses plus grands i Le 20 juin • mtroleur général annonça roiluiaccoi
dait une gratification de 10.000 I poui l'aidei a acquitte) les dettes qu'il pouvait Bordeaux V. N., G \ \ i.. u contrôleur général à fourn) duH juillet !..
18 I L'iIS II NDANl rOUBNY
mis-ion destinée im marquis '. Trois jours après, la nouvelle était annoncée dans la Gazette de France2.
La nouvelle commission décernée à Tourny était datée du 15 juillet 1743; elle portait la signature «tu roi el celle d'Amelot. Elle justifiai! la récompense du monarque, par l'énumération des services que le marquis avait rendus à Paris et à Limoges. « Nous étanl l'ail rendre compte, y lisait-on, de vos talents, et de voire amour pour la justice qui vous oui l'ail passer rapidement des charges de Conseiller au Châlelet et en notre Grand-Conseil à celle de Mailre des requêtes de notre hôtel, nous en avons remarqué avec satisfaction le progrès, et la manière distinguée dont vous avez servi près de notre personne et dans nos conseils, nous ayant donné des preuves de votre capacité, nous vous avions précédemment nommé à l'Intendance de Limoges où vous avez si bien répondu à notre attente que nous avons jugé du bien de notre service et de l'avantage de nos sujets de vous désigner pour remplir celle de Bordeaux 3 . »
1. Cf. lettre du contrôleur général h Amelot, le 15 juillet 17(3. A. N., G: 60.