‹ L'Interdépendance du Problème Papetier et du Problème Forestier: Régime particulier des papiers de presseChapitre 151 sur 190 · COMMENT ABOUTIR A UNE INDUSTRIE DU PAPIER NATIONALE · texte numérisé non relu

COMMENT ABOUTIR A UNE INDUSTRIE DU PAPIER NATIONALE

Trois données doivent être considérées comme presque immuables :

1° Nécessité d’approvisionner les besoins croissants de la Presse et du Livre en papier blanc à un prix aussi bas que possible ;

2° Nécessité d'importer un grande partie soit de ce papier, soit de la pâte, soit du bois servant à la fabriquer, car l’épicéa du Nord est irremplaçable présentement dans cet usage ;

3° Nécessité de favoriser, de préférence, la fabrication de la pâte en France, tant au point de vue économique ational qu’au point de vue de la défense du pays.

Sans être contradictoires, ces conditions ne sont pas facilement compatibles. On l’a vu plus haut lorsqu'il s’est agi d’octroyer une protection douanière à la pâte à papier, sans nuire à la diffusion de la pensée française.

Des améliorations partielles peuvent être recherchées :

1° Essayet de limiter notre dépendance vis-à-vis de l'étranger au seul papier blanc pour la Presse et, à l'égard de ce papier, prendre ou maintenir les mesures suivantes :

A) Favoriser l’approvisionnement en bois résineux du Nord, en maintenant le droit de douane aussi bas que possible ; -

C’est le but des mesures douanières (contingent et taxes) propres au bois dans le régime institué à partir du 22 avril 1936.

(1) Primes aux pâtes mécaniques fabriquées avec des bois français accordées pour ramener leur prix de revient quai-usine à celui des bois étrangers dans la même région, compte tenu des frais de transport et des différences dl qualité (Ch. IX, p. 146).

(2) Voir Chapitre IX, p: 146.

B) Favoriser le reboisement en épicéas dans les régions montagneuses de la France qui sont équipées en énergie hydro-électrique et le reboisement en peupliers en plaine.

Il ne faut toutefois pas espérer s'affranchir de la tutelle de l'étranger pour le papier destiné à la Presse et à l’impression du livre.

2° Essayer de produire nous-mêmes toute la matière première et toute la pâte pour les autres catégories de papier et, pour cela :

A) Maintenir une différence douanière entre les pâtes et les papiers destinés à la Presse et les autres.

La dernière modification douanière, comme on l’a vu, a maintenu cette différence effectivement pour le papier et sous forme de dégrèvements pour les pâtes.

B) Augmenter la production des pâtes et papiers de toutes catégories, particulièrement :

a) le papier de paille, susceptible d’un gros développement et dont la fibre courte peut se substituer à nos pâtes mécaniques ;

b) le papier d’alfa ;

c) le papier colonial (paille de bambou et de riz en Indochine, raphia de Madagascar, papyrus en A.O.F.)

4) enfin, et surtout, le papier en pin maritime des Landes.

Jusqu'ici la pâte à papier fabriquée en France provient pour un tiers des épicéas, sapins et trembles, pour un tiers de l’alfa et du châtaignier, pour un tiers du pin maritime. Le tonnage annuel de cette dernière catégorie est de 20.000 tonnes et est produit par cinq usines installées dans la région. Il pourrait être facilement doublé. Il y aurait là un débouché nouveau et important, en France même, pour une région qui voit diminuer ses possibilités d'exportation tant en bois de mines qu’en produits résineux.

Or, comme il a été dit plus haut, si les derniers perfectionnements obtenus permettent de fabriquer un papier Kraft excellent, il y aurait lieu de

chercher à perfectionner la technique papetière dans le but d’obtenir avec le pin maritime, des pâtes comparables aux pâtes de pin sylvestre scandi-

haves.

Ainsi donc, les buts à poursuivre pour assurer la revalorisation du bois français et la réorganisation de la papeterie française sur des bases vraiment nationales pourraient se concevoir de la facon suivante :

Aiguiller la papeterie vers l’utilisation des bois français ;

Lui permettre de les employer dans des conditions économiques normales ;

Libérer le pays du tribut payé à l'étranger pour son approvisionnement de pâtes à papiers ;

Assurer au pays, en cas de conflit armé, des quantités de cellulose et de papier suffisantes.

il est cependant utopique de penser à supprimer F'emploi des bois du Nord, et notamment pour les pâtes destinées à la fabrication du papier journal.

Néanmoins, une bonne politique forestière serait de réduire par le reboisement en essences de papeterie, la quantité de bois et de pâtes importés.

Mais elle est à longue échéance, et c’est à l’Etat et non à l’industrie papetière de financer ce projet.

Tout le monde s’accorde à juger souhaitable le développement des forêts françaises, mais personne ne veut en faire les frais.

Aussi est-il bien difficile de préconiser une politique forestière du papier, sans compter qu’elle est forcément à très longue échéance.

Cependant, certains moyens peuvent être mis en œuvre sans délai :

Absorption par priorité des bois français disponibles ;

Elargissement des utilisations des bois de papeterie feuillus et des pins ;

Augmentation progressive des ressources en bois d’épicéa, par voie de reboisement.

Les deux premiers points de ce programme doivent être facilement réalisés grâce à la dernière convention des celluloses : il suffit, comme nous l'avons vu ci-dessus, d’en tirer le meilleur parti possible pour la revalorisation des bois sur pied qui a été, en définitive, une des raisons d’être de l’établissement de cette convention.

Le troisième implique une politique générale de reboisement, tout particulièrement en épicéa, et pour laquelle l'Etat devra donner son concours.

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