IV. — LE PROGRAMME D'AVENIR LA POLITIQUE GENERALE DE REBOISEMENT
Si, malgré la difficulté et la longueur d’une telle entreprise, il faut améliorer les massifs existants et remplacer par de nouvelles espèces celles qui manquent de débouchés, il est une autre voie, plus large et moins ardue, qui s'offre aux sylviculteurs : c’est celle du reboisement que rend d’autre part souhaitable l’accroissement incessant de la surface occupée par les terres incultes, accroissement qui se poursuit au rythme de 100.000 hectares par an.
Cette abondance de terres en friche offre une occasion unique de procéder à un aménagement rationnel de la future réserve de bois de papeterie en tenant compte des principes suivants : appropriation des espèces à l’altitude, à la température, au régime des pluiés.
Les résultats à attendre de bois aménagés dans de telles conditions setaient, peut-on espérer, capables de rivaliser avec ceux obtenus actuellement avec les bois scandinaves.
L'emploi, en papeterie, de bois provenant de massifs déjà existants dans les montagnes du Massif Central, a donné de bons résultats que l’on peut attendre meilleurs encore pour les massifs à créer.
Ainsi donc, par une politique méthodique et intelligente, la Forêt française pourrait être amenée à offrir à la papeterie, et à condition que son effort porte aussi sur la qualité de ses produits, des quantités croissantes de bois, et peut-être à satisfaire la totalité des besoins de cette industrie.
C'est évidemment un très vaste programme, mais qu’il est possible de réaliser par étapes.
Si, d’ailleurs, l'échéance paraît lointaine, du point de vue utilisation des bois, il est utile de souligner que la mise èn œuvre d’un programme général de reboisement donnera des résultats immédiats qui ne sont pas négligeables. Elle constituera un puissant moyen de résorption du chômage, d’abord pen-
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dant la plantation, puis pendant la gestion des nouveaux massifs. Elle ramènera ainsi dans les territoires reboisés une activité disparue.
D'autre part, ainsi que l’a indiqué M. Barthe à la tribune de la Chambre, le reboisement préservera certaines régions, en particulier celles du Midi et du Sud-Ouest, des inondations qui, récemment encore, ont ruiné plusieurs régions.
C’est donc sans retard que le reboisement doit être entrepris, et il ne pourra l’être qu'avec l'appui total des pouvoirs publics. La loi du 16 avril 1936 est entrée dans cette voie, mais il est nécessaire d'établir un vaste plan d'ensemble pour utiliser au mieux les subventions qu’elle a mises à la disposition de la Forêt française, et rendre à celle-ci la place qu’elle doit légitimement occuper dans l’économie nationale.
LES ENTENTES PAPETIERES
L'utilisation du bois dans la fabrication du papier a élargi les horizons de l’industrie papetière. En lui offrant des réserves pratiquement inépuisables de matières premières elle a permis la création d’usines représentant des capitaux considérables, et organisées suivant les méthodes les plus rationnelles.
Elle a conduit chaque entreprise à se pencher sur l’ensemble du problème papetier et, à l’instar de ce qui s’était fait dans d’autres branches de la grande industrie, des ententes internationales se sont conclues.
Cartel International du papier d'emballage, constitué en 1926 entre Autrichiens, Yougoslaves et Hongrois pour la réglementation des exportations ;
Convention Internationale du papier journal, d’août 1928, entre fabricants allemands, anglais, finlandais, hollandais, norvégiens et suédois pour
l'échange des chiffres de production, de vente, et l'échange des statistiques de capacité de production ;
Convention de 1930 entre Autrichiens, Tchécoslovaques, Yougoslaves pour la réglementation de la vente ;
Syndicat International du carton à toiture établi en 1930 à Varsovie ;
Cartel Européen de la cellulose (fin 1930).
La France est, elle aussi, entrée dans cette voie en concluant, le 4 août 1932, un accord entre les représentants de la Fédération Nationale des Journaux français, les représentants du Comptoir Français du Papier journal et les représentants de nombreuses usines étrangères de papier journal.
Plus récemment encore, en Allemagne, sous l’impulsion du gouvernement du Reich, la fabrication du papier a été réglementée.
Par application de la loi sur l'institution de cartels obligatoires dans l’industrie, du 15 juillet 1933, le ministre de l'Economie du Reich vient d’ordonner :
« Jusqu'au 31 décembre 1936 il est interdit de : » créer de nouvelles entreprises destinées à la fabrication de papier, carton, cellulose, pâtes de bois ;
» agrandir les usines existantes qui s'occupent de ces mêmes fabrications;
» fabriquer dans ces dernières d’autres sortes de papier, carton, cellulose et pâtes de bois que celles qui y ont été produites au cours des deux dernières années ayant précédé la mise en vigueur de la première ordonnance
du 14 mai 1934, à moins qu’il ne s’agisse de catégories de papier non encore fabriquées sur le territoire du Reich ;
» remettre en marche des entreprises ne fonctionnant plus depuis l’entrée en vigueur de l'ordonnance susvisée;
» les contrevenants seraient passibles de la juridiction syndicale des cartels. Les frais de tout contrôle, dont la nécessité se ferait sentir, seront imputés aux producteurs visés, le cas échéant. »
Cette instruction est appliquée depuis le 1° janvier 1936. .
Le ministre de l'Economie se réserve d’y apporter toute dérogation qu'il jugera utile.
Mais la politique des ententes est loin d'avoir été pratiquée en France avec autant de bonheur que dans les autres pays.
Il existe bien des groupements syndicaux. De longue.date, une organisation patronale s'était constituée dans la papeterie ; on peut même dire que cette organisation avait été spontanée : en 1847, soit près de quarante ans avant la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels, le cercle
de la librairie, de l'imprimerie et de la papeterie avait formé un comité
de la papeterie.
En 1864 se forme l’Union des Fabricants de Papier de France, ancêtre du Syndicat actuel des Fabricants de Papier et Carton de France.
Mais il n'existait pas, et il n'existe pas encore, malgré les efforts faits pour aboutir, d'Union générale permettant de régler la fabrication du papier en fonction des besoins du marché national.
Un mouvement important se dessine cependant en faveur des ententes papetières. Elles ont été déjà réalisées sur certains points et à certaines époques. Nous allons passer en revue les réalisations anciennes. Nous insisterons davantage sur les réalisations les plus récentes, et en particulier sur celles qui se trouvent en puissance dans les conciusions du Comité Rist et qui résultent de l’état d'esprit qui a présidé à la signature de la convention des papiers de presse du 18 avril dernier.
Enumérons tout d’abord les principaux groupements :
À Paris a son siège une Fédération des industries et commerces du papier de France. A cette Fédération adhèrent les chambres syndicales. Les grandes spécialités ont des syndicats à Paris : le Syndicat des Fabricants de Papier et Carton, Chambres syndicales du Commerce des Papiers de France, des Fabricants de Cartonnages d’emballage ; des fabricants de papiers peints ; des Fabricants de Cartonnages fins et de fantaisie ; des Papetiers détaillants ; du Papier et des Industries qui le transforment; des Négociants en vieux papiers de France; des Négociants en chiffons; des Fabricants de pâte à papier ; des Négociants et Représentants de pâte à papier. On peut citer aussi, comme ofganisme important, le Comptoir Français du Papier Journal (1).
On observera que la Chambre syndicale du Papier et des Industries qui le transforment groupe, en onze comités, des chambres syndicales des diverses spécialités et qui sont chacune autonomes.
| (1) Le seul qui, de tous ces groupements, ait joué un rôle — dans sa spéan — dans l’organisation de la production, comme nous le verrons plus oin. |
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Le premier organisme intersyndical fut créé pendant la guerre : ce fut un Comptoir d’achat chargé des approvisionnements en charbon des usines du Syndicat des fabricants de papier ; il continua à fonctionner au cours de la période d’après guerre. Plus récemment, dans le cadre des plans Young et Dawes, il a pris part aux contrats prévus pour l'exécution des prestations en nature. F
Mais ce fut une initiative isolée et il devait disparaître avec les causes qui l’avaient fait naître.
Plus durable fut l'institution créée par l’industrie du papier journal : le Comptoir Français du Papier Journal, né le 1° janvier 1930, et destiné à réglementer la production des usines adhérentes et les prix de vente du papier aux journaux.
C'est que, nous l’avons vu, l’industrie du papier journal atteignait déjà le degré de rationalisation qui facilite le développement des ententes. En outre, l’industrie du papier journal est concentrée et les ententes exigent l’adhésion d’un petit nombre d'usines.
On comprend donc que, sous l’influence du Comptoir, des accords de toutes natures aient été signés :
Rappelons notamment :
— L'accord conclu le 4 août 1932 entre les représentants du Comptoir Français du Papier Journal, les représentants des usines étrangères de papier journal (Allemagne, Suède, Norvège, Pays-Bas, Suisse, Grande-Bretagne), les représentants de la Fédération Nationale des Journaux Français.
Il visait la limitation des importations de papier journal étranger en France et la répartition du tonnage entre les différents pays.
— La convention des celluloses et la création du Comité Interprofessionnel des Celluloses.
Et, enfin, les deux conventions qui ont fait l’objet principal de cette étude.
La diversité des groupements, le nombre considérable des usines, la variété des sortes fabriquées, ont rendu plus difficile la réalisation d’ententes papetières entre fabricants de papier ordinaire.
Cependant, un organisme vient de se créer : l'Office des Ententes Papetières (1), dirigé par M. André Monestier, et qui, depuis sa création, recherche les bases d’une entente groupant toutes les industries du papier. IL a déjà réalisé une entente importante et travaille à la réalisation de plusieurs autres.
Des pourparlers engagés depuis plusieurs mois ont abouti à une entente entre les Fabricants français de papier d’emballage dont nous indiquerons les grandes lignes.
L'accord, signé le 28 janvier, par 37 fabriques de papiers d'emballage, représentant plus de 200.000 tonnes, dont la valeur dépasse 350 millions de francs, vise à réglementer la production de cette catégorie de papiers par une répartition des ventes basée sur des « quanta ». Une société à capital variable, au capital initial de 88.250 francs, constituée le même jour par les signataires de l'entente, constituera l’organisme chargé de veiller à l'exécution des accords intervenus entre les intéressés.
Cette société aura, en outre, pour mission de favoriser, par des moyens appropriés, le développement de la vente des papiers d'emballage, de réduire
(1) Office des Ententes Papetières, 23, avenue Victor-Emmanuel-III.