SITUATION D'APRES GUERRE
Elle se caractérise de la manière suivante :
Si la production nationale a augmenté depuis la guerre, elle ne suffit point cependant à satisfaire aux besoins de la consommation française comme avant la guerre.
Désorganisée entre 1913 et 1920, la production s’est rétablie entre 1920 et 1925. En 1925, elle avait rattrapé le tonnage de 1913. De 1925 à 1929, elle est passée de 700.000 à 950.000 tonnes, atteignant ainsi son maximum. Puis elle fléchit de 1929 à 1932, mais, depuis, elle a tendance à se relever nettement.
Toutefois, cette situation est moins brillante que celle d’avant guerre, car, en 1913, l'importation étrangère ne dépassait pas 1/2 ©, de la consommation, tandis qu’elle en représente, en 1932, 20 % ; cet écart est dû surtout au papier journal.
A quoi faut-il attribuer cette situation ?
D'abord l'industrie française du papier est moins rationalisée que celle des grands pays producteurs : Etats-Unis, Canada, Allemagne. La proportion des ouvriers par rapport aux machines y est plus forte.
Ensuite, le régime douanier des papiers institué au cours de la guerre et maintenu au cours des années qui ont suivi, a eu une influence. Il à contribué à une crise de la papeterie française entre la fin de
A ne LM
la guerre et l’année 1928 où une législation nouvelle a équilibré divers intérêts qui s’opposaient. Ç \
Enfin, la dernière raison en est l'avance du progrès de la consommation sur celui de la production. L’accroissement des importations pendant cette période n’a pas été spécial à la France. Aux Etats-Unis, les importations de papiers d’impression sont passées de 137.000 tonnes en 1913 à 2 millions 204.000 tonnes en 1929. En Angleterre, et pour ces mêmes années, de 185.000 tonnes à 385.000 tonnes. Et pourtant, la pro-
duction de ces deux pays en papier d'impression a augmenté.
Signalons, pouf terminer, d’une part, des essais nouveaux d’approvisionnement national en matières premières : pin des Landes, alfa d’Algérie et du Maroc ; d’autre part, l'installation ou l’extension des usines à proximité des sources de matières premières et des centres de consommation — et une indépendance plus marquée vis-à-vis du voisinage des sources d’énergie : — le Massif Landais — les grands ports et les voies fluviales. Les châtaigneraies du Centre sont devenues les grands centres d'attraction de la papeterie française après la guerre.
Avant la guerre, le pourcentage général de la protection douanière éfait de 35 %. Il était le même pour tous les papiers, 10 francs par 100 kilos de papier importé, y compris celui nécessaire à la Presse.
Pendant la guerre, par suite de la désorganisation des industries et de linvasion du territoire, l’on fut amené à faciliter les achats de la presse à l'étranger. Une loi du 14 août 1915 réduisit à un taux insignifiant les droits de douane sur le papier journal et sur les pâtes chimiques et mécaniques.
Rétabli après la guerre, le droit de douane de 10 francs par 100 kilos devint très vite insuffisant. À partir de 1921, il subit des relèvements successifs (décret du 21 janvier 1921, qui porta le droit général à 30 francs ; loi du 6 avril 1926 et décret du 14 août 1926), mais ces relèvements ne s’appliquèrent point au papier de presse et d’édition. En sorte que, au début de 1927, le droit de douane d’avant guerre était encore appliqué à ces papiers, et la dévalorisation du franc avait réduit de 35 % à 5 % de la valeur le coefficient de protection.
À la même époque, le plan Dawes, par le système de prestations en nature, favorisait l'importation allemande. Alors que, dans tous les pays, la production du papier journal avait augmenté, en France, au contraire, elle était tombée de 180.000 tonnes en 1913 à 80.000 tonnes en 1926. Parallèlement, l'importation de papier s'était élevée de 12.000 tonnes en 1912 à 160.000 tonnes en 1926.
Les papiers admis aux droits réduits pouvaient d’ailleurs servir irrégulièrement à d’autres usages que l’impression des journaux (enveloppes, blocs, . cahiers, papiers d'emballage, tickets de tramways, nappes de restaurants).
Une campagne très vive des papetiers français aboutit finalement à un régime destiné à concilier les intérêts de la papeterie et ceux de la presse.
Ce fut la législation résultant de la loi du 2 mars 1928, que nous étudierons avec tout le régime qui en découla, lorsque nous analyserons le régime douanier des pâtes et des papiers de presse.
Ce régime favorisa également le relèvement des industries françaises de pâtes de bois.
Tombée de 140.000 tonnes en 1913 à 90.000 tonnes en 1922, la production française a remonté à 185.000 tonnes en 1931, et ses possibilités sont de l’ordre de 273.000 tonnes (153.000 tonnes pâtes chimiques, 120.000 tonnes pâtes mécaniques). Dans la période récente, des usines ont été construites dans les Landes où le pin fournit une pâte résistante très recherchée pour l’emballage (sacs à ciment). Le châtaignier donne maintenant, non seulement les extraits tannants, mais encore, au second stade, la pâte de cellulose.