PROGRESSION DES IMPORTATIONS
« Cette progression est nettement marquée par la courbe de nos importations ; alors que nos usines de pâtes mécaniques et chimiques se ferment tour à tour, nos importations de pâtes chimiques étrangères sont passées, de 1892 à 1934, de moins de 20.000 tonnes à plus de 400.000 tonnes, si bien qu’à l'heure actuelle c’est 90 % de nos papiers qui sont fabriqués avec des matières premières étrangères. En 1934, en effet, outre ces 400.000 tonnes de pâtes chimiques, nous avons importé 300.000 tonnes de bois de papeterie et 80.000 tonnes de papier, au total environ 900.000 tonnes de marchandises étrangères, représentant plus d’un million et demi de tonnes de bois.
> J'attire, Messieurs, tout spécialement votre attention sur ce chiffre de 1.500.000 tonnes, représentant plus de 3.000.000 de mètres cubes de bois. Il faut le comparer au chiffre de nos importations de bois qui sont l’objet de contingentements suivis de près par tout le commerce des bois. Alors que cette année, il entrera vraisemblablement en France à peine 1/2 million de tonnes de bois contingenté, c’est une quantité trois fois supérieure, au moins, qui pénétrera dans notre pays sous forme de bois de papeterie et de pâte à papier, pesant lourdement sur un marché déjà désorganisé.
> Non seulement ces apports étrangers entravent le développement de notre industrie des pâtes à papier, mais encore les pâtes, les papiers et les cartons étrangers viennent directement concurrencer nos bois et, notamment la caisserie déjà si handicapée. Enfin, nul exploitant ne peut rester indifférent à un pareil engorgement du marché. En effet, lorsqu'il achète une coupe, s’il ne vend pas ses moyens et ses petits bois, il doit reporter sur le gros matériel de
.sciage ses frais généraux, il grève, de ce fait, le produit fini qu’il a déjà du mal à écouler à un prix rémunérateur. Il en résulte alors pour lui un déficit qui, à la longue, risque de devenir mortel.
» Il importe donc au plus haut point, pour toute notre économie forestière, pour le propriétaire, l'Etat, communes et particuliers, pour l'exploitation et pour le scieur, pour le commerce des bois tout entier, d'ouvrir à nos bois résineux de moyenne dimension les débouchés qui leur manquent.
> Il apparaît ainsi jusqu'à l'évidence que nous pouvons et que nous devons le plus tôt possible subvenir à la fabrication de notre papier.
» Dans quelle mesure ?
> Si l’on compare nos ressources disponibles aujourd’hui, soit plus de un million et demi de mètres cubes de résineux, ou autrement dit 750.000 tonnes environ, auxquelles il faut ajouter les bois feuillus, la paille, Valfa, etc. à nos besoins qui sont d’un peu plus de 1 million et demi de tonnes, on voit que c’est plus de 50 % de notre consommation à laquelle nous pouvons déjà faire face, tout en nous acheminant ensuite, par paliers successifs, vers la production de l'intégralité des bois et des pâtes qui nous sont nécessaires. »