L’INTERET GENERAL
> La mise en œuvre d’un tel programme est d'autant plus urgente que l’insuffisance de notre industrie des pâtes a, même au point de vue de l'intérêt général, les plus graves et les plus désastreuses conséquences.
» Quelle est, en effet, la situation actuelle ? En temps de paix, nos importations nous coûtent plus de 500.000.000 de francs pesant lourdement sur notre balance commerciale, alors que nos forestiers et nos agriculteurs pourraient, dès à présent, nous fournir toute la matière première, alors que nos usines
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d'électricité et de produits chimiques n'arrivent plus à écouler leurs produits. Bien plus, nos papeteries, qui étaient réparties dans toute la France au temps où elles étaient liées à nos matières premières, tendent de plus en plus à s'implanter dans les ports. Elles désertent les campagnes et c’est la ruine ‘qui s'implante dans bien des petites villes de l’intérieur, c’est le chômage qui s’installe en permanence au cœur de la France, et pourtant nos régions forestières, et le Massif Central en particulier, ne disposent-ils pas de tout ce qu’il faut pour la fabrication du papier, avec leurs magnifiques ‘sapinières, les eaux si claires, leurs forces hydrauliques abondantes et le tenace courage de îeurs laborieuses populations ?
» En cas de conflit armé, la situation serait plus alarmante encore qu’en temps de paix. Nous n’opposerions aux 1.200.000 tonnes de celluloses allemandes que 100.000 tonnes à peine, quantité tout à fait insuffisante pour faire face même à une faible partie de nos besoins en poudre, sacs à terre et papier. N'est-il pas dans ces conditions paradoxal que nous achetions en Allemagne, chaque année, 80.000 tonnes de pâtes chimiques, contribuant ainsi à maintenir dans ce pays une industrie qui est au premier chef artificielle, puisque l’Allemagne importe les trois quarts des bois de papeterie qui lui sont nécessaires.
» Ainsi, à tous points de vue, nous avons besoin d’une industrie de cellulose.
LA PROTECTION DOUANIERE
« Quels sont donc les obstac'es qui s'opposent à la réalisation d’un programme aussi simple et aussi avantageux : à la base un oubli, ensuite, des habitudes.
>» Un oubli bien compréhensible, d’ailleurs, c’est celui qui a été fait en 1892, lors de la revision douanière, Îles ibois de papeterie sont restés sans aucune protection, quant aux pâtes de bois, encore peu connues, elles ont été considérées comme des matières premières en provenance normale de l'étranger, alors qu’au fond — et cela on ne saurait cesser de le répéter — la pâte à papier constitue une matière semi-ouvrée dont la matière première, le bois, est largement représentée en France. Par la suite, le tarif tout à fait insuffisant auquel avaient été soumises les pâtes à papier a suivi la filière des augmentations proportionnelles successives. La hausse du prix des pâtes qui se produisit après la guerre les fit oublier au cours des premiers rajustements ; elle fit oublier aussi, malheureusement, les lourds sacrifices que, pendant les hostilités, nous avait causés l’insuffisance de notre fabrication française de pâtes. C’est avec la chute de la livre, cruellement suivie de la baisse des cours à l'étranger, par suite, notamment, de la construction nouvelle d’un grand nombre d'usines scandinaves, que la situation des industries des pâtes devint proprement alarmante. De 1930 à 1935, nos usines, devant une baisse de l’ordre de 60 %, se sont successivement fermées, alors qu’au contraire les quantités de bois disponibles augmentaient d’une facon vertigineuse.
> Pour rétablir un état normal, pour assurer à la Forêt les débouchés cellulosiques qui lui font cruellement défaut, il est donc indispensable de faire rentrer les bois de papeterie et les pâtes dans le cadre de la protection qui a été accordée aux ibois sciés, d’une part, et aux papiers, d'autre part. Alors que la main-d'œuvre et les impôts sont, en Finlande, environ un tiers de ce qu'ils sont en France, alors que le charbon et l'outillage y sont deux fois moins chers, comment voudrait-on que se développe chez nous, sans protection, une industrie de pâtes.
> Pour maintenir en activité nos scieries et nos papeteries, nous avons dû recourir non seulement à une élévation de droits, mais aux contingentements et aux taxes sur licences.
> Ce que demandent les fabricants de pâtes à papiers apparaît, en contrepartie, bien modeste :
>» Sur les bois de papeterie, 2 fr. de droits aux 100 kilos et un contingentement ;
> Sur les pâtes, pas même de contingentement et Seulement le relèvement des droits à 20 fr. sur les pâtes mécaniques, 40 fr. sur les pâtes écrues et 60 fr. sur les pâtes iblanchies. »
Ayant mis ainsi complètement dans leur jeu les propriétaires forestiers en leur faisant espérer une revalorisation des produits forestiers (Voir « Nos
besoins et nos ressources en matières premières de papeterie », par B. Navarre), l’Administration des Eaux et Forêts en soutenant une politique générale de reboisement, échelonnée sur une longue période, les Fabricants de Pâtes demandaient à une refonte générale du système douanier des pâtes le rétablissement de « l'injustice créée pour eux par le tarif douanier de 1892, et maintenue depuis lors ».