TROISIEME PARTIR, CHAPITRE PREMIER II
pas d'imposer ces théories aux travailleurs, et la preuve c'est que beaucoup de membres se sont retirés de l'Association ' . »
Duval. qui taisait toujours partie de la Section de l'Alliance, prit la parole pour expliquer son attitude :
« Duval. . . En général, je pense que l'Alliance a quelque raison d'être, je ne suis pas contre les principes que l'Alliance professe ; je ferai toujours volontiers partie de toute société qui veut travailler pour la révolution. . . [Mais] j'ai reconnu bientôt que son admission sèmerait la discorde et la division dans les Sections genevoises, et... [au Comité fédérai] j'ai émis le vote contre son admission. Et je crois toujours que ses membres, s'ils le voulaient, pourraient travailler utilement à la propagande ; mais ils n ont rien à faire dans la Fédération romande, et leur devoir serait de ne pas demander leur admission - . »
Après ces citations, je veux encore noter deux jugements sur les meneurs de la coterie genevoise et sur leur attitude au Congrès de la Chaux-de-Fonds, portés, l'un, par leur compère et ami J.-Ph. Becker, l'autre par le Volksstaat .
Dans son journal le Yorbote, en mai 1870, Becker, racontant la scission qui s'était produite au Congrès, blâma la Section de l'Alliance d^avoir insisté pour son admission dans la Fédération romande ; mais en même temps il apprécia ainsi l'acte des scissionnaires : a Quoique l'admission de l'Alliance soit plutôt nuisible qu'avantageuse, elle n'offrait pourtant aucun danger à la Féilcration, el c'était de la puérilité et de 1 élroitesse soit de
1. Egalité du 30 avril 1870, p;igcs 4 et 5. — Présentées tic la sorte, les critit|ues de Dupleix et de Weyermann ont l'air de porter sira|ilement sur le fait do l'inopportunité d'une propagiinrle anti-religieuse indiscrète. Kn réalité, ces deux délégués reprochèrent i\ l'Alliance de professer une doctrine philosophique immorale et condamnable. V'oici ce que dit notre procès-verf)ai : <> Wcyerninnn, de lienèvo, reproclie à l'Alliance de professer l'athéisme et de vouloir l'aliolition de la famille. Dupleix, de Genève, appuie Weyermann : les membres de l'.Alliance sont des hommes qui ne croient ni k Dieu ni à la morale. » iSoluIdrité du 11 avril ISIO, p. 4.) — Sur l'inulililé d'une prédication philosophique — dont le compte-rendu tendancieux d'< lutine voudrait faire supposer Bakounine entiché — au sein d'une masse ouvrière ignorante, et sur la nécessité d'amener avant tout les exploités à la conscience de la nécessité de la lutte économique, Bakounine avait écrit, dans VRijalilé même, bs fortes pages intitulées c Politique dt; l'Internationale » (reproduites dans \e Mémoire dp la FéilératKin jinassienne, Pièces justilicatives, pages Do et suivantes;. — Dans VEgalité du 23 avril 1870 |p. '2), Outine, revenant sur cetb- discussion, a raillé les athées en les traitant de gibier de guiliolim^ : c El si nous faisions observer, écrit-il, que l'athéisme du 18- siècle fui bien plus grand et plus sérieu.x que celui de l'Alliance, et que pourtant il n'a pas su amener la délivrance du peuple; que le baron millionnaire, Anacharsis Cloots, fut un grand athée, ce qui n'empêcha pas de le guilloLiner comme traître à la l{épubli(]U(> ; et que Ib'bert, inarchaml de [nurneaux, lut aussi de votie Alliance ; il était grand athée et publiait aussi un journal qui s'appelait Fî-ii' Uuchrsnt', et qui lalomniait aussi bel cl bi' n tout ce qui ne lui plaisait pas, et tout cela ne I empêcha pas d'aller embrasser la léte de Clools dans le paneau [sic) de sang ». Le Mémoirt' de la Fédeniliun jurassienne ip. l'ti) a relevé on ces termes celte inepte elucutiralion ; « On le voit, .M. Online, se faisant robespierrisle pour les besoins de sa cause, enveloppe dans la mémo couda uuiation Hakouninc et le Père Duchesne. accusé d'être aussi tle l'.Mliance. en y joignant une inculte ^.'ratuile h la mémoire du pauvre Clools, h^ plus honnête et le plus naïf des révolutionnaires. Qui se serait attendu à voir un journal soi-disant socialiste glorifier Itobespierre d'avoir fait guillotiner la première Commune de Paris I »
2. Egalité du 30 avril 1870, p. ii. — Si Duval faisait (>iicore partie de la Secliiui de l'.Mliance, sa coniluite el celle de Becker moutrèrent qu'ils n'étaient, l'un et laulre, restés membres de cette Section (lue jiour mieux Iravidller a sa de;.tru>-tiou. I.e 10 avril, dans la première asseinldée générale de la Section de l'Alliance qui suivit lo Congrès de la Chaux-de-Kon<ls. Duval essaya, avec quelques allides, il'obtenir que la Section déclarât, dans rintérèl de la concorde, renoncer à faire partie de la Fédération romande ; mais la propi>silion n'obtint que cinq voix. iLe cahier contenant une partie des procès-verbaux manuscrits de la Section de l'Alliance, du 2 avril au 1'' octobre 1870, est aclutdlemenl en ma possession.)
la refuser, soit de (Viire un cas de guerre de son admission par une majorité momentanée, et de se diviser pour cela. »
Quant au Volksstaat, ce fui seulement quatre ans ])lus lard, après la ruine délinitivo d(> l'ancienne organisation ouvrière genevoise, qu'il se décida à porler un jugement sévère sur les « individualités prétentieuses et nulles » à l'iiupéi-ilie des(juelles ce résultat était dû : « Ce sont ces mêmes honmics — lil-on dans le Volksstaat du l'j mars 1874 — Q'^i 0"t montré durant des années, à la tèle de l'ex Fédération romande, leur incapacité administrative ; ce; sont les mômes qui, par levu- folie et leur maladresse, ont amené la rupture avec les socialistes du Jura, et qui ont travaillé ensuite de toul leur pouvoir à la rendre plus complète. » En enregistrant cet aveu tardif, le Bulletin de la Fédération jurassienne (numéro du 22 mars i8;4) le commenta en ces termes : « Ainsi le Volksstaat qui, lors de la malheureuse scission de 1870, s'était fait le prùneur et l'allié des intrigants de Genève, et avait accueilli si complaisamment toutes leurs calonmies contre nous, le Volksstaat fait aujourd'hui son nied c.iilpd : le voilà qui déclare publiquement que ce ne sont pas les .Tura.ssiens qui avaient les torts, mais que la rupture a été amenée par in folie et la maladresse des incapables qui dirigeaient la Fédération romande. Que vont en dire les anciens meneurs du Temple-Unique ? Juste retour, messieurs, des choses d'ici-bas ! »
J'avais déclaré au Congrès, on l'a vu, que je ne faisais pas partie de la Section de l'Alliance : et j'ajoute ici, à ce sujet, quelques explications. Joulvovsky avait apporté à la Chaux-de-Fonds une prétendue liste de membres de la Section de l'Alliance habitant les Montagnes, auxquels il était chargé de réclamer leurs cotisations arriérées. Je figurais sur cette liste. Je lui expliquai que c'était une erreur, que ni moi, ni aucun autre international du Locle n'avions jamais consenti à faire partie de la Section de l'Alliance ; et que, si nous avions déclaré — comme nos amis de Belgique — approuver le programme théorique de cette association, nous nous étions formellement refusés soit à constituer au Locle une Section spéciale de l'Alliance, soit à nous affilier à la Section de Genève. Joukovsky dut rayer de Ï5a liste les noms ioclois. Mais elle contenait aussi les noms de six camarades du Val de Saiut-lmier, Adhémar Schwitzguébel, Adamir Diacon, Eugène Lœiilet, Louis Cartier, Alfred Jeanrenaud, et Henri Lassueur, qui, eux, avaient adhéré à la Section de l'Alliance de Genève le 23 septembre 1869 '. Un fragment d'une lettre écrite par moi à Joukovsky seize mois plus tard, le 11 août 187 1 \ au moment de la dissolution de la Section de l'Alliance de Genève, fait allusion à notre conversation d'avril 1870, et précise ma position et celle de mes amis du Locle à l'égard de la Section de l'Alliance de Genève ; le voici :
Je persiste à ne pas me considérer comme membre de votre Section de l'Alliance, et je suis sur que les amis du Locle en diront autant. Rappelle-toi mon étonnement au Congrès de la Chaux-de- Fonds, quand tu m"as appris que j'étais inscrit sur vos listes. Je n"ai jamais payé un centime de cotisation.
Voici, une fois pour toutes, les faits.
J'ai reçu, je ne sais trop à quelle époque, — en tout cas c'était dans ce fameux hiver entre le Congrès de Bruxelles et celui de Bàle, — des i>rog-rammes de l'Alliance. Je m'en suis servi pour fonder au Locle un groupe secret au sein de Flnternationale ; mais nous n'avions aucunement l'idée de faire partie de votre Section de l'Alliance : nous voulions simplement unir par un lien plus intime les